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Qui blâmer pour le nombre élevé de locaux commerciaux vacants à Montréal?

Avez-vous déjà déploré le grand nombre de locaux commerciaux vacants en marchant dans les rues du Plateau Mont-Royal, de Rosemont–La Petite-Patrie ou d'Outremont? Plusieurs petits commerçants ne peuvent plus se permettre de payer un loyer dans les quartiers en vogue de la métropole. Mais qui faut-il blâmer? Les promoteurs qui font de la spéculation sur leurs locaux vides, ou la Ville qui pratique une taxation considérée comme abusive par certains propriétaires? Explications.

« La vérité va peut-être se situer entre les deux », répond Richard Ryan, président de la Commission sur le développement économique et conseiller municipal du Mile-End, en entrevue au Téléjournal Grand Montréal de 18 h.

« Dans les quartiers centraux ou les artères qui deviennent plus "trendy", plus attractives, la valeur foncière du local commercial augmente énormément. Ça devient un problème, effectivement, car certains propriétaires vont vouloir le double ou le triple [du loyer] », poursuit Richard Ryan.

« On fait beaucoup plus d’argent sur la valeur spéculative d’un immeuble que sur un loyer à court terme », renchérit Glenn Castanheira, consultant en développement commercial.

Cette stratégie commerciale est tout à fait légale. Certains propriétaires n’hésitent pas à garder des logements délibérément vacants pendant quelques mois ou quelques années, en espérant que leur valeur augmente. On parle alors de taux d’occupation artificiel. L’Association des propriétaires de bâtiments commerciaux du Québec (APBCQ) dénombre 25 % de locaux inoccupés dans la métropole.

Conséquence dans ces quartiers, de nombreuses grandes artères se retrouvent avec plusieurs locaux vides, les immeubles se dégradent ou sont la proie des graffitis et des vandales. Cela fait grincer des dents tous les intervenants qui veulent redynamiser ces rues commerçantes.

Petits commerçants contre grosses bannières

Cette spéculation sur les locaux vacants touche particulièrement les commerçants indépendants. Plusieurs d'entre eux ne renouvellent pas leurs baux et mettent la clé sous la porte.

« Il n’est pas rare de voir des baux "triple net plus", c’est-à-dire que le locataire doit payer le loyer, les taxes commerciales, la taxe scolaire et l’entretien de l’immeuble », ajoute Glenn Castanheira.

Franck Hénault, un fromager sur l’avenue du Mont-Royal, a fait ce constat amer. Les petits commerçants ne peuvent pas suivre la hausse des loyers, contrairement aux grandes enseignes qui ont plus les moyens de s’installer où bon leur semble.

« La bonne personne, c’est souvent une grosse bannière parce qu’elle va avoir les moyens de payer », dit-il.

Pourtant, de nombreux promoteurs refusent qu’on leur rejette la faute. C’est le cas de Peter Sergakis, président de l’Union des tenanciers de bars du Québec. Il réfute le fait que de nombreux propriétaires spéculent grâce à leurs logements vides.

« La problématique à Montréal, c’est la taxation abusive de la municipalité », dit-il.

Chose que reconnaît Richard Ryan. « C’est la loi du marché, et la Ville est la première qui en bénéficie avec la hausse de la valeur foncière. »

Agir en conséquence

En 2015, dans un rapport déposé à l’administration Coderre, la Commission sur le développement économique recommandait d’imposer une surtaxe et d’exiger un permis pour les locaux vacants.

Richard Ryan, l'actuel président de la Commission sur le développement économique, entend traiter ce dossier cette année.

À travers le monde, de nombreuses villes ont adopté des mesures pour mettre fin à l’occupation artificielle de locaux. C'est le cas de Paris et Chicago.

À San Francisco, l'administration a choisi d’agir contre l’implantation de franchises au centre-ville en limitant leur nombre.

Avec les informations d'Émilie Dubreuil

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