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Qui sont les invités de la mairesse Valérie Plante?

De Geoff Molson à Alexandre Taillefer, en passant par des représentants de syndicats et d'organismes, ou même des citoyens, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, rencontre chaque semaine plusieurs dizaines de personnes. Ces dernières doivent désormais, impérativement, s'inscrire au registre des invités à l'hôtel de ville, banni par la précédente administration. Radio-Canada a pu le consulter.

Un texte de Julie Marceau et Romain Schué

Rétablir ce registre « pour plus de transparence » était l’une des promesses de la candidate Valérie Plante, lorsque Denis Coderre avait admis, en octobre dernier, trouver « normal qu’on puisse avoir des rencontres privées ».

Cette réaction faisait alors suite aux révélations du journal Métro, qui avait pu consulter une note interne envoyée aux agents de sécurité de l’hôtel de ville, datée de mars 2014 et toujours en vigueur à l’époque.

La note exigeait que ces agents n'enregistrent plus les invités de Denis Coderre et de son chef de cabinet.

Dès son arrivée au pouvoir après l'élection du 5 novembre dernier, la mairesse Plante avait annoncé l’abolition de cette directive et le rétablissement de l’enregistrement de tous ses invités. Dans les faits, chaque visiteur doit donc se présenter aux agents de sécurité dans l’une des entrées de l’hôtel de ville. Après avoir décliné son identité, il se voit ensuite remettre un badge « invité ».

Plante invitée par Molson pour aller au Canadien

Qui rencontre Mme Plante dans son bureau situé au deuxième étage de l’édifice municipal, occupé autrefois par Jean Doré et Pierre Bourque?

On y retrouve toutes sortes de visiteurs. Des hommes d’affaires, des patrons, des journalistes, des animateurs, des représentants d’organismes, des élus, un cabinet de chasseur de têtes ou même un ancien footballeur, Hassoun Camara, venu questionner la mairesse sur sa passion pour le ballon rond, dans le cadre du lancement d’un magazine spécialisé.

De nombreux invités contactés par Radio-Canada ont par ailleurs souligné l'accessibilité et l'ouverture de Mme Plante.

Parmi les personnalités d’affaires rencontrées par la mairesse depuis le début de son mandat : un groupe d’avocats et de relationnistes de la firme Goldwater, Dubé, les PDG d’Hydro-Québec, d'Énergir, de Radio-Canada, de la Caisse de dépôt et placement du Québec et de Via Rail, ainsi qu’Alexandre Taillefer et Geoff Molson.

À la mi-mars, le patron du groupe CH a eu « une rencontre de courtoisie », selon les mots de Dominick Saillant, porte-parole du Canadien, « pour présenter l’entreprise ». « M. Molson en a profité pour inviter Mme Plante à une partie de hockey du Canadien, partie à laquelle elle est allée avec son fils », ajoute-t-il. L'invitation a été honorée le 3 avril.

Du côté d’Alexandre Taillefer, il fut question, à la mi-mars, « d’électrification des véhicules et de projets en cours à la Ville de Montréal », explique le fondateur de la société de placement XPND.

Celui qui préside actuellement la campagne du Parti libéral du Québec confie par ailleurs à Radio-Canada avoir profité de cet entretien pour plaider en faveur des fameux trottoirs chauffants sur la rue Sainte-Catherine, abandonnés cet hiver par l’administration Plante. « J’étais très pour », indique-t-il.

Revendications mises de l’avant

Ces visites sont notamment l’occasion, pour des organismes ou des syndicats, de demander un soutien financier ou de mettre de l'avant leurs revendications. C’est le cas notamment du Comité intersyndical du Montréal Métropolitain (CIMM), qui plaide pour un salaire minimum à 15 $ de l’heure.

Pour calmer des tensions politiques, Valérie Plante a notamment discuté avec les maires des villes liées, après l’annonce de la hausse des taxes. Elle en a également profité pour tisser des liens avec une délégation de la Côte-Nord.

« Ça a été une rencontre extraordinaire qui nous a permis de réaliser qu’on avait beaucoup plus de liens entre la Côte-Nord et Montréal qu’on ne le pensait, explique Yves Montigny, maire de Baie-Comeau. C’était la première fois qu’on avait une ouverture réelle entre la métropole et la Côte-Nord. »

Il arrive également à la mairesse de voir différentes personnes, quelques semaines avant une conférence publique, comme ce fut le cas avec les représentants du Marathon de Montréal ou de 100 Resilient Cities.

Régulièrement, Philippe Schnobb et Luc Tremblay, respectivement président et directeur de la STM, tiennent eux aussi « des rencontres statutaires » avec Mme Plante, dans le but de la « tenir au fait des activités régulières » de la STM, détaille l’organisme paramunicipal.

Des rencontres provoquées par la mairesse

Alors que des citoyens peuvent faire une demande pour rencontrer leur mairesse, par courriel ou par son site Internet dédié, Mme Plante provoque elle-même certaines discussions. C’est le cas notamment avec Caroline St-Hilaire, l’ex-mairesse de Longueuil, devenue analyste politique.

Valérie Plante a invité Mme St-Hilaire après que celle-ci eut fait paraître dans le Journal de Montréal une lettre ouverte destinée à la mairesse de Montréal, dans laquelle l'auteure soutenait que Mme Plante devait « assumer » davantage ses décisions et offrir plus de « transparence » et de « franchise », notamment à la suite de la controversée hausse de taxes municipales.

« Elle voulait échanger, ça tombait à point, j'aime la politique, j'aime ceux qui en font. Je lui ai dit qu’elle avait d'immenses responsabilités. Nous avons parlé de notre parcours. C'était un moment d’échange entre deux femmes, une rencontre super intéressante », révèle Mme St-Hilaire.

Obligation de renoncer à la confidentialité

Si l’instauration de ce registre des invités a été rapidement réalisée – une directive a été envoyée aux agents à cet effet le 22 novembre 2017 –, rendre ce document public n’a pas été aisé.

Malgré plusieurs demandes d’accès à l’information, Radio-Canada n’a pu consulter le registre qu’à partir du 21 février. « Des enjeux de confidentialité faisaient en sorte qu'il était impossible de rendre accessible [plus tôt] la liste des invités », explique Geneviève Jutras, attachée de presse de la mairesse de Montréal.

L’identité des visiteurs était jugée confidentielle, en raison d’une loi provinciale sur la protection des renseignements personnels.

Afin de pouvoir divulguer ces noms, la Ville a donc obligé les visiteurs de la mairesse à remplir un « formulaire de renonciation », avant de pouvoir rencontrer Mme Plante.

« Toute personne qui souhaite rencontrer la mairesse à l'hôtel de ville doit signer le registre et en est informée à l'avance », précise le cabinet de la mairesse.

Seule exception : les « invités protocolaires ». Justin Trudeau, Philippe Couillard ou encore les ministres et maires présents pour différentes annonces n’ont pas à s’inscrire à ce registre. Les échanges entre ces dignitaires et Mme Plante se déroulent par ailleurs dans le bureau de l’ancien maire Denis Coderre, situé au rez-de-chaussée.

Depuis la mise en place de cette procédure, environ 160 personnes ont rencontré Mme Plante entre fin février et fin mai.

Les autres visiteurs exemptés de ce formulaire

Si toutes les personnes souhaitant rencontrer un élu ou un fonctionnaire dans les locaux de l’hôtel de ville doivent s’enregistrer, le formulaire de renonciation ne concerne cependant que les invités de la mairesse. Ainsi, il n’est pas possible de connaître les noms des visiteurs des autres représentants de la métropole.

Cela concerne par exemple les lobbyistes qui pourraient vouloir rencontrer le directeur de la Ville ou des élus membres du comité exécutif. Cependant, ces lobbyistes ont l’obligation d’être inscrits au registre des lobbyistes, comme le stipule la Loi sur la transparence et l’éthique en matière de lobbyisme.

Un agenda bientôt public

Disponible grâce à la Loi sur l’accès à l’information, le registre des visiteurs pourrait bientôt être accessible au grand public. « Nous étudions la possibilité de le mettre en ligne. Différentes options technologiques sont encore à l'essai afin d'assurer le résultat optimal pour la transparence dans ce domaine », assure Geneviève Jutras, porte-parole de Mme Plante.

L’agenda de cette dernière sera quant à lui « prochainement » disponible sur le site de la mairesse. « Nous sommes présentement à finaliser les aspects techniques de celui-ci pour offrir la meilleure expérience possible aux Montréalais, une fois de plus dans un objectif de transparence accrue », reprend Mme Jutras au sujet de cette promesse électorale de Mme Plante.

« Je n'ai rien à cacher »

Évoquant une promesse tenue, Valérie Plante s'est dite « très contente » de voir cette liste être dévoilée. « Moi, je n'ai rien à cacher, honnêtement, a-t-elle clamé. La population avait réagi fortement à l'annonce de l'ancien maire comme quoi c'était correct d'avoir des rencontres secrètes. Ce message, on l'a entendu. La population veut de la transparence, veut savoir ce qu'il se passe davantage. »

L'élue a également ajouté qu'il était « tout à fait normal » de s'entretenir avec toutes ces personnes. « Ça fait partie de la fonction de mairesse de rencontrer différents groupes, différentes personnes qui travaillent à Montréal, qui font évoluer Montréal, qui la font rayonner, qui ont des projets. Ces rencontres sont très bonnes, c’est fructueux pour Montréal », a-t-elle précisé.

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