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Quitter Griffintown en raison du manque d'écoles

Des familles de Griffintown, dans l'arrondissement du Sud-Ouest de Montréal, choisissent de s'établir en banlieue, où les écoles sont en nombre suffisant. Certains dénoncent l'inaction de la Ville, de la Commission scolaire de Montréal et du ministère de l'Éducation dans ce dossier.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Mélissa Boucher vit dans Griffintown depuis plusieurs années. Pour elle, c'était un rêve de vivre près du centre-ville de Montréal et de pouvoir contempler quotidiennement les gratte-ciel de la métropole.

Mais le quartier qu'elle aime tant n'a toujours pas d'école publique, même si le secteur est en pleine expansion et que les tours de condominiums ont poussé comme des champignons depuis 10 ans.

« Le quartier a eu une croissance phénoménale. Il y a eu une évolution, des commerces, des services, mais l'école n'a pas suivi. [...] C'est beau avoir de belles piscines, des parcs et des espaces pour faire courir nos enfants, mais il faut aussi qu'ils s'éduquent. »

Comme plusieurs de ses voisins, Mélissa Boucher songe à quitter le secteur quand sa fille aura atteint l'âge scolaire. « Je pense que je vais suivre mes amis, on va traverser le pont et on va aller sur la Rive-Sud », dit-elle. Elle ajoute avoir vu plusieurs familles déménager au cours des dernières années.

« À chaque fois que les enfants arrivent en âge scolaire, les parents, malheureusement faute d'option pour l'école, décident de quitter le quartier », explique-t-elle.

La seule école primaire de Griffintown est un établissement privé. Résultat : de nombreux enfants sont envoyés dans le quartier voisin, à l'école de la Petite-Bourgogne qui est déjà pleine à craquer.

Cette situation est dénoncée des parents, qui se demandent comment ce quartier a pu voir le jour sans que la Ville, la Commission scolaire de Montréal et le ministère de l'Éducation aient planifié plus tôt la construction d'une école publique.

Isabelle Roy a décidé, elle aussi, de quitter Griffintown et de s'établir avec son conjoint et ses deux enfants à Pointe-Claire, dans un quartier de l'ouest de l'île qui compte au moins trois écoles. La mère de famille en avait assez d'attendre après la construction d'une école primaire qui n'arrivait jamais.

Mme Roy précise avoir fait des démarches auprès des politiciens. « On se rendait compte qu'il n'y avait pas de volonté politique à vraiment construire une école dans Griffintown », dit-elle, ajoutant que le Commission scolaire de Montréal (CSDM) et la Ville se relançaient la balle dans ce dossier.

La responsable du dossier au comité exécutif de la Ville de Montréal, Rosannie Filato, se dit bien consciente du problème. Elle affirme que l'administration Plante n'a pas l'intention de répéter les erreurs du passé. « Il y avait peut-être un manque de vision à long terme, dit-elle. Si on installe des écoles à la pièce, si on n'a pas de vision d'ensemble et si on ne travaille pas avec nos partenaires, c'est ce qui arrive. »

La commissaire indépendante de la CSDM dans Saint-Henri-Petite-Bourgogne-Pointe-Saint-Charles, Violaine Cousineau, estime que la commission scolaire doit agir pour mettre fin à l'exode des familles.

« Il y a une responsabilité de la CSDM de parler assez fort pour se faire entendre. Il ne faut pas continuer à laisser aller les choses [...], laisser des familles découragées quitter le secteur, ça n'a aucun sens, dit-elle. C'est tout de suite qu'il faut prendre les choses en main et autoriser des projets. »

Depuis trois ans, la CSDM cherche à obtenir les autorisations de Québec pour financer la construction de quelques écoles au centre-ville et à Griffintown. Une annonce est attendue en juin.

Des terrains rares et trop chers

Avec le développement immobilier des dernières années et le prix des terrains qui a grimpé en flèche, il est maintenant devenu difficile pour la Commission scolaire de Montréal d'acquérir des terrains.

Selon nos informations, le gouvernement du Québec s'apprête à changer les règles pour permettre à la CSDM de louer des locaux pour y installer des écoles, par exemple dans le centre-ville.

Il n'y a pas seulement au centre-ville et à Griffintown que le manque d'écoles se fait sentir. C'est aussi le cas dans Ahuntsic-Cartierville, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce et Rosemont.

Au total, selon notre compilation, il manque 530 classes au réseau de la CSDM, dont environ la moitié sont présentement en construction et l'autre moitié en attente de financement de Québec.

Depuis 2011, la CSDM a ajouté plus de 230 classes. En moyenne, il faut de trois à cinq ans pour agrandir ou construire une école.

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