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Redécouvrir l'énigmatique Éric Rohmer en 22 films

Le réalisateur français Éric Rohmer a droit à une rétrospective généreuse à la Cinémathèque québécoise jusqu'au 5 février. Pas moins de 22 films donneront l'occasion aux cinéphiles de découvrir ou de redécouvrir la vision singulière d'un virtuose issu de la Nouvelle Vague.

Un texte d'Hamza Abouelouafaa

« Venir voir un film d'Éric Rohmer, c'est être capable de s'éblouir face à des choses extrêmement simples [...] c'est une sensibilité aux détails, le refus du spectaculaire et de la gratuité à tout prix, c'est un cinéma qui nous fait découvrir un émerveillement au monde », dit le directeur de la programmation à la Cinémathèque québécoise, Guillaume Lafleur.

Un homme aux multiples visages

Secret, énigmatique, mystérieux... Les mots pour décrire Éric Rohmer dépeignent un homme obsédé par son intimité.

« C’est quelqu’un qui avait une double vie : une vie de cinéaste et une vie d’homme marié avec des enfants. Son vrai nom est d’ailleurs Maurice Scherer et ses amis l’appelaient "le grand Momo", explique Guillaume Lafleur. La mère d’Éric Rohmer n’a jamais été informée du fait qu’il était cinéaste. Il lui a caché la vérité jusqu’à sa mort. »

Lorsqu’il réalise Ma nuit chez Maude en 1969, il est invité au Festival du film de New York, le premier grand rendez-vous international où il est convié. Voulant passer incognito, il porte une fausse moustache, un chapeau et des lunettes fumées, un déguisement qui étonnera Bob Rafelson, le réalisateur de Five Easy Pieces.

« Il se déguise pour que sa mère ne sache pas qu’il fait des films. L’anecdote est savoureuse : il retire sa moustache dans un taxi avec Rafelson, il la dépose dans un petit coffret et il ne dit aucun commentaire durant tout le trajet. Rafelson en conclut que c’est un personnage énigmatique », raconte Guillaume Lafleur.

Cinéma de la liberté

« C’est un cinéaste de la liberté, mais une liberté acquise, qui va pratiquement avec un vœu de pauvreté. Il ne souhaite pas être pris dans l’engrenage d’un tournage trop onéreux, note Guillaume Lafleur. […] Son cinéma est extrêmement rentable, car ça lui coûtait très peu d’argent à produire. Il détestait dépenser pour rien. Ça va au point où dans Les rendez-vous de Paris, il n’utilise aucun appareil spécifique pour faire des travelings latéraux (rails, chariot, grue, etc.) Il utilise plutôt un fauteuil roulant. Son économie était plutôt excessive. »

La bande-annonce du film La collectionneuse

Des films élitistes?

De longues tirades philosophiques, des scènes bavardes qui s’étendent, des monologues profonds : les reproches que l’on entend chez les détracteurs de Rohmer l’acculent au genre élitiste.

« Malgré tout, c’est un cinéma qui obtient un succès, qui trouve une niche. Il y a énormément de références littéraires, culturelles, musicales. C’est un cinéma qui se déploie avec une multitude de références culturelles, mais en même temps, sur le plan narratif, c’est toujours très enlevant, typiquement avec une intrigue qui se développe autour d’un malentendu, d’un quiproquo, et c’est l’art de la conversation qui soutient ce type de cinéma », défend Guillaume Lafleur.

Ressemblance avec Quentin Tarantino?

Éric Rohmer accorde une place prépondérante aux dialogues dans son œuvre. Guillaume Lafleur y voit des similitudes avec la cinématographie de Woody Allen ou même de Quentin Tarantino.

« Je ne veux pas être provocateur, mais s’il y a un cinéma qui est particulièrement porté par le verbe, c’est bien celui de Tarantino. Ce n’est pas un hasard si le principal exégète de Rohmer en France, Pascal Bonitzer, s’est également intéressé à l’importance du verbe dans le cinéma de Tarantino. »

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