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Réglementation sur le transport lourd : une entreprise s'adresse à la Cour supérieure

EXCLUSIF - Le plus important fournisseur de grues au Québec, l'entreprise Guay, s'adresse à la Cour supérieure pour forcer les ingénieurs du ministère des Transports (MTQ) à revoir leur façon d'accorder des permis pour le transport de pièces lourdes sur les routes.

Un reportage de Jean-Sébastien Cloutier

La semaine dernière, Radio-Canada révélait que deux ingénieurs avaient été désavoués par le MTQ après avoir décidé de normes plus strictes pour le transport de poutres et de caissons en acier, ce qui a contribué à plusieurs semaines de ralentissement du chantier du nouveau pont Champlain.

La réglementation qui encadre les déplacements des grues a peu changé en 23 ans, mais l'arrivée récente de nouveaux ingénieurs au MTQ a rendu son application beaucoup plus difficile, soutient Grues Guay, qui possède 600 de ces machines.

« Je pense que les gens qui étaient en place avant, l'ancienne génération, je pense qu'ils étaient plus sur le terrain, ils comprenaient plus la demande », affirme le directeur des opérations et des relations de travail chez Guay, Michel Riverin.

Celui-ci estime que le ministère a fait perdre 500 000 $ à son entreprise au printemps, parce que certaines de ses grues ne pouvaient plus circuler en période de dégel.

L'entreprise a aussi dû investir quelques millions de dollars pour répondre à de nouvelles exigences du MTQ.

« Avant ça, on pouvait accrocher une petite remorque en arrière pour transporter des poutres d'écartement, paniers... Là, on peut plus le faire : ça prend un pick-up dans le chemin avec une remorque, un autre employé de plus. On parle ici, dans la région de Montréal, d'une quarantaine » et autant de camions de plus sur les routes, souligne M. Riverin.

S’ajoutent les détours qu'il faut maintenant faire pour éviter certains ponts.

« 60 % des travaux qui sont faits au Québec présentement, le donneur d'ouvrage est le ministère des Transports. Donc, c'est monsieur-madame qui paye pour ça, les retards sur les chantiers, donc c'est un gros impact pour ça », ajoute Michel Riverin.

Il rappelle que les grues ne sont pourtant pas plus lourdes que les trains routiers et leur marchandise. « On fait 6000 à 7000 kilomètres par année avec une grue, versus un camion bi-train qui fait 300 000 km par année. Ce n'est pas nous qui défaisons les routes », lance-t-il.

Des problèmes pour un autre entrepreneur

De son côté, Michel Tiramani, propriétaire de Pompage de béton TPG, une entreprise fondée en 1974 qui fournit des machines qui amènent le béton de la bétonnière aux étages, aux coffrages et aux viaducs, entre autres exemples, affirme qu’il n’a jamais vu une telle situation.

Il dit s’être fait refuser des permis, alors qu’il ne fallait que 72 heures pour les approuver dans le passé. Pourtant, ses ingénieurs utilisent le logiciel des ponts et structures du Québec, ce qui devrait leur permettre de respecter les normes.

« On sait comment bâtir les machines pour que quand elles viennent ici, ça passe tout de suite. Puis là, on a des problèmes, ça ne passe plus! […] Ça peut prendre un peu de temps, mais me faire dire que ça va prendre au-dessus d'un mois! » s’exclame-t-il.

« Moi, j'ai payé ça au-dessus d'un million, là. Tu sais, la banque, elle ne se gênera pas pour prendre mes paiements le mois prochain, puis le mois d'après. J'ai des clients à m'occuper. Vous comprenez, il manque présentement d'équipements à Montréal. Puis là, ça dort dans la cour », résume M. Tiramani.

Le ministère ne veut pas dire si la détérioration des routes et des ponts peut avoir un lien avec ces nouvelles exigences du MTQ, parce qu’un juge de la Cour supérieure sera chargé de trancher sur la façon d’interpréter la réglementation actuelle.

Le MTQ souhaite une nouvelle réglementation sur le transport des pièces lourdes prochainement. L'industrie veut à tout prix être consultée.

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