Retour

Réinsertion sociale : des abeilles font « la différence » à l'Accueil Bonneau

La toute première Journée mondiale des abeilles est célébrée ce dimanche, à l'initiative de l'ONU, pour souligner l'importance de cet insecte pollinisateur dans nos vies. Si les abeilles contribuent à nourrir la planète, elles peuvent aussi favoriser la réinsertion sociale. Depuis cinq ans, des itinérants qui fréquentent l'Accueil Bonneau, à Montréal, ont la chance de devenir d'apprentis apiculteurs.

Un texte d'Olivier Bachand

Par un avant-midi ensoleillé, Mario Brodeur est au travail sur le toit de l'Accueil Bonneau. L'homme à la longue barbe blanche, qui porte fièrement un chandail jaune sur lequel figure une abeille, s'occupe des cinq ruches qui y ont été installées pour la production de miel.

Depuis deux ans, il fait partie de la dizaine d'apprentis apiculteurs qui participent à ce projet du centre de jour pour itinérants. Une activité qui l'a transformé.

« Ça fait une grosse différence, dit-il. Je me sens plus responsable, plus autonome. Ça m'a aussi aidé à apprivoiser les gens, parce que d'habitude, moi, je ne parlais pas. »

Quand ils sont à l'œuvre, les apiculteurs amateurs sont supervisés par des professionnels de l'entreprise Alvéole.

« On essaie vraiment de leur apprendre tous les rudiments de l'apiculture au fur et à mesure de la saison », explique l'apiculteur Alexis Daudelin.

Ce dernier leur montre notamment comment inspecter une ruche, pour vérifier l'état de santé d'une colonie et de sa reine.

Une cinquième saison

L'initiative, baptisée Le Miel de Bonneau, en est à sa cinquième année et vise la réinsertion sociale. Elle permet d'inculquer une éthique de travail aux apprentis apiculteurs.

« [L’objectif est de] développer des habiletés, des gestes qui sont complètement différents de ceux dans la rue ou dans le centre de jour. Les gars doivent être calmes, ils doivent travailler avec l'abeille, suivre son mouvement, suivre le mouvement de la ruche », explique la directrice des communications et responsable des projets spéciaux à l'Accueil Bonneau, Geneviève Kieffer Després.

Le projet, qui enseigne aussi aux participants à être ponctuels et à travailler en équipe, est une réussite selon l'Accueil Bonneau. Un des apprentis apiculteurs a même été embauché par Alvéole.

Des pots de miel en vente

Plus de 70 ruches seront installées cette année à différents endroits dans le Grand Montréal dans le cadre de cette initiative. L'objectif est de produire 1400 kilos de miel, ce qui permettra de vendre quelque 5000 pots, qui se retrouveront entre autres sur les tablettes des épiceries Metro.

Les fonds ainsi récoltés sont par la suite réinjectés dans le projet.

Au-delà de la réinsertion sociale, l'initiative permet aussi de tisser des liens.

« Il y a un échange qui est fait avec l'intermédiaire des abeilles, mais qui est incroyablement humain. Je me suis fait des amis, c'est des personnes que j'ai appris à connaître. C'est un plaisir de les retrouver à chaque semaine », dit Alexis Daudelin, d'Alvéole, faisant référence aux « gars de l'Accueil Bonneau ».

Quant aux participants, ils retirent aussi un petit salaire de leur travail.

Avec l'argent qu'il a épargné, Mario Brodeur a décidé d'aller visiter sa famille en Gaspésie cet été. « Ma famille m'encourage, ils me disent que je suis débrouillard », assure-t-il.

« Avant, je ne sortais pas, je n'allais même pas voir ma famille, poursuit-il. Depuis que le miel est là, je me promène. Je me sens fier, c'est merveilleux. »

Plus d'articles