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Remorquage : les pompiers de Montréal font appel à une compagnie soutenue par le crime organisé

Les pompiers de Montréal font « exclusivement » appel à une compagnie de remorquage soutenue par le crime organisé, selon des témoins interrogés par l'inspecteur général dans le cadre de son enquête sur cette industrie. Impossible, cependant, de savoir pourquoi.

Un texte de Bahador Zabihiyan

Le rapport du Bureau de l’inspecteur général (BIG) de Montréal, publié lundi, décrit l’industrie du remorquage comme étant gangrénée par les menaces, l’intimidation et le vandalisme.

Le BIG a interrogé plus de 70 entrepreneurs œuvrant dans cette industrie. Plusieurs d’entre eux affirment que le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), qui intervient à des milliers de reprises tous les ans sur des scènes d’accidents, a recours à une compagnie soutenue par le « crime organisé », selon le rapport.

« L’enquête révèle également que le Service d’incendie de la Ville de Montréal fait exclusivement appel aux services d’une compagnie de remorquage, dépeinte par les témoins comme étant "backée" par le crime organisé, alors que cette compagnie n’a jamais détenu de contrats d’exclusivité de la Ville pour le remorquage des véhicules accidentés obstruant la circulation », lit-on dans le rapport.

Radio-Canada a tenté de connaître les raisons pour lesquelles les pompiers appellent cette entreprise en particulier. Ni le SIM, ni le syndicat des pompiers n’ont voulu nous accorder d’entrevue à ce sujet.

Le rapport ne précise pas le nom de l’entreprise, mais le BIG dit avoir contacté un « associé » de celle-ci.

« Un associé de la compagnie confirme recevoir des appels du SIM et posséder une entente d’exclusivité verbale en ce sens. Il ajoute que le SIM a autorisé sa compagnie à afficher le logo du SIM dans les remorqueuses », lit-on dans le rapport publié lundi.

Réjean Breton, président et directeur général de l’Association professionnelle du dépannage du Québec (APDQ), est outré de la situation.

« Je ne vois pas pourquoi les pompiers, dont le mandat est d’intervenir lorsqu’il y a des blessés ou de stabiliser un véhicule ou un incendie, peuvent avoir la responsabilité d’appeler une entreprise de dépannage pour récupérer un véhicule accidenté, c’est vraiment déplorable », dit M. Breton.

Il aimerait bien connaître le nom de cette compagnie. « On n’a pas encore trouvé, mais on vérifie pour la cibler, bien entendu », dit M. Breton.

Le SIM prend l'affaire « très au sérieux »

La Ville de Montréal a dit prendre « très au sérieux » les allégations du rapport du BIG. Elle a précisé qu'il est formellement interdit à tout employé de la Ville de Montréal d'accepter de l'argent d'un fournisseur.

Elle précise aussi n'avoir « jamais fourni d'autocollant, ni autorisé aucune compagnie de remorquage à afficher quoi que ce soit pour indiquer une exclusivité ou une affiliation avec le SIM ».

Les policiers critiqués

Les patrouilleurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’appellent pas toujours les compagnies de remorquage qui ont une entente avec la Ville pour un secteur désigné. « Par méconnaissance, certains patrouilleurs du SPVM présents sur les lieux d’un accident n’appelaient pas les compagnies détentrices de contrats et permettaient à d’autres entrepreneurs de procéder au remorquage des véhicules », dit le rapport.

Le SPVM ne souhaitait pas non plus donner d'entrevue à Radio-Canada.

L’inspecteur général recommande de mieux informer les policiers afin qu’ils appellent les compagnies qui détiennent les contrats d’exclusivité pour chaque secteur de la Ville et pour chaque type de remorquage.

Mais Montréal n’a octroyé aucun contrat d’exclusivité depuis février 2016, ce qui complique la situation.

« Je vais te défoncer »

L’inspecteur général a interrogé près de 70 entrepreneurs dans l’industrie du remorquage pour rédiger son rapport. Certains ont eu des réponses parfois déconcertantes.

Des menaces verbales sont aussi rapportées.

Le milieu du remorquage n’est pas facile d’accès pour les nouveaux venus, selon un témoin cité dans le rapport du BIG.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, s’est dit écœuré par la situation décrite dans le rapport du BIG en précisant qu’il comptait faire « le ménage ». Le conseil d’agglomération a d’ailleurs adopté un règlement pour harmoniser les pratiques sur l’ensemble de l’île.

Mais le règlement doit faire l’objet de l’approbation du ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux. Celui-ci a parlé au maire lundi. Le ministre dit que le problème est sérieux et qu’il analyse le règlement de la Ville.

L'industrie demande des changements

Le président de Remorquage Météor, Serge Landry, dont la compagnie a été victime d’actes de vandalisme, est loin d'être surpris du rapport du BIG.

M. Landry espère que le ministre Coiteux et le maire Coderre vont agir pour changer la situation.

« Il n’y a pas personne qui va travailler dans la vie pour pouvoir se faire intimider ou menacer », dit-il.

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