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Risqué de juger un joueur quand l’échantillon est limité

Les jours de match de l'Impact, le mot-clic #IMFC, sur Twitter, est une source inépuisable de divertissement. On y lit un concentré de la relation amour-haine que semblent entretenir les supporteurs avec leur club, et ça tire dans toutes les directions.

Samedi, les internautes ont louangé – avec raison – les Nacho Piatti, Anthony Jackson-Hamel et Samuel Piette, pour ne nommer que ceux-là, éclatants dans la victoire de 4-2 de l’Impact contre le Revolution de la Nouvelle-Angleterre au stade Saputo.

Mais réseaux sociaux et cynisme vont de pair. Pour certains, cette réussite du Bleu-blanc-noir sans Ken Krolicki et Jeisson Vargas parmi les titulaires était un signe qu’on pouvait enfin se passer de ces deux joueurs qui n’apportent rien d’autre au collectif qu’un cœur vaillant et des coups francs dangereux.

D’autres étaient prêts à payer un aller simple vers l’Uruguay à Alejandro Silva, qui avait pris le poste de Krolicki dans la formation montréalaise. Il perd des ballons, il produit du déchet, il est inutile…

Le garçon a joué cinq matchs, et on lance la serviette.

Par définition, le partisan réagit de manière émotive à ce dont il est témoin. C’est compréhensible. Pendant deux heures, plus rien n’existe que les 22 bonshommes sur le terrain… et l’application Twitter sur le téléphone, bien sûr.

Les émotions ont toutefois le don de faire abstraction de certaines notions. La taille de l’échantillon, par exemple.

Essentiellement, plus un échantillon est vaste, plus il est fiable. Un sondage mené auprès de 10 personnes ne vaut à peu près rien lorsqu’on le compare à un autre auquel ont participé 1000 personnes.

Je le répète : Alejandro Silva n’a amorcé que cinq matchs (à trois postes différents dans deux schémas tactiques) pour l’Impact, son premier club à l’extérieur de l’Amérique du Sud. C’est franchement tôt pour le déclarer incompétent, d’autant plus que le soccer regorge d’exemples de joueurs chouchous qui avaient pourtant mal commencé leur séjour dans une équipe.

Si on ne s’en tient qu’aux années MLS à Montréal, on peut citer une bonne poignée de noms.

Justin Mapp, que Marco Di Vaio semblait prêt à fusiller après l’avant-dernier match de 2012 à Toronto, a finalement gagné le cœur de l’Italien et de tous les partisans montréalais au fil des trois saisons suivantes.

À son troisième match, en mars de cette même saison, Jeb Brovsky avait reçu un carton rouge à Columbus. Il avait ensuite raté cinq des six rencontres suivantes. Au bout de son parcours avec le club, Brovsky avait son propre groupe de supporteurs depuis deux ans.

Même Piatti, dans une certaine mesure, n’a pas eu le meilleur départ à Montréal. Il a marqué dès sa troisième titularisation, mais il n’a plus joué en 2014 après la mi-septembre et a dû se faire opérer au genou gauche. Un autre joueur à problèmes!

Pour être parfaitement honnête, il existe aussi des exemples inverses. Harry Shipp n’a jamais pu confirmer ses débuts de petit sorcier. L’expérience Johan Venegas n’avait pas mal commencé non plus. Et l'on ne parlera pas des mauvais joueurs de leur arrivée jusqu’à leur départ ou encore de ceux qui n’ont carrément pas foulé le terrain.

Alejandro Silva n’a pas convaincu le mot-clic #IMFC de ses vertus. Soit. Peut-être les montages de ses bons coups pour Lanus ont-ils créé des attentes démesurées (c’est le propre de ces vidéos, après tout).

Et c’est vrai qu’il a perdu des ballons inutilement. C’est vrai aussi qu’il a été trop ambitieux au duel par moments et que la pression du Revolution a semblé le surprendre.

Mais à revoir le deuxième but montréalais et, surtout, la façon dont il a déposé ce ballon sur le pied de Piatti malgré un adversaire qui lui fonçait dessus, j’attendrais avant de dire si Silva est un Mapp ou un Shipp.

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