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Sa maison est fissurée de partout et les experts se contredisent

Une Lavalloise s'enfonce dans les problèmes depuis la découverte de nombreuses fissures dans les fondations de sa résidence. Après sept expertises, dont certaines se contredisent, elle poursuit pour 335 000 $ celle qui lui a vendu la maison.

Un texte de Benoît Giasson à La factureLes ennuis de Lise Desharnais commencent en avril 2015 par une infiltration d’eau dans le sous-sol de sa maison. Elle fait venir un entrepreneur en construction, qui ouvre le mur de placoplâtre et découvre une large fissure dans la fondation de béton.

Dans le garage, il en trouve une autre, encore plus imposante. « Il y avait du gazon qui sortait par les fissures; c’était vraiment impressionnant », explique Lise Desharnais. Elle découvrira au total une dizaine de fissures.

En creusant autour de la demeure, l’entrepreneur découvre pire encore. La semelle de la fondation est fissurée et s’est affaissée de quelques centimètres. Le mur de la fondation à cet endroit ne s’appuie plus sur la semelle.

« L’entrepreneur a dit : "Moi, mon travail s’arrête ici" », raconte Lise Desharnais. L’entrepreneur lui recommande d’engager un expert pour déterminer s’il faut mettre des pieux sous la maison. C’est le début de la spirale des expertises.

Le premier expert

Le premier expert que Mme Desharnais engage remarque que la propriété est construite sur un remblai qui contient des matières organiques. Il recommande de mettre des pieux sous la maison.

Mme Desharnais envoie une mise en demeure à celle qui la lui a vendue en 2012, Claudette Godin.

Le deuxième expert

Claudette Godin embauche à son tour un deuxième expert, qui estime quant à lui que le sol sous la maison paraît inadéquat. Pour en être sûr, il recommande de faire des tests de sol sous celle-ci.

Le troisième expert

Les deux femmes s’entendent alors pour engager un troisième expert, qu’elles paient moitié-moitié. Cet ingénieur conclut que les fissures sont bel et bien causées par un remblai inadéquat contenant des matières organiques. Il recommande de mettre des pieux ou de soutenir la fondation avec du béton.

Il analyse aussi des photos aériennes d’époque qui montrent, selon lui, qu’il y avait « un ancien milieu humide dans la zone du bâtiment ». Un ruisseau aurait même passé sur le terrain de Lise Desharnais.

Le quatrième expert

Mais la vendeuse est insatisfaite de ce troisième rapport et demande une quatrième expertise. Ce nouvel expert, qui a fait analyser le remblai sous la maison, conclut que le tassement de sol prévisible dans le futur sera négligeable, et donc que la demeure n’a pas besoin de pieux.

Le cinquième expert

Et ce n’est pas fini. Le constructeur de la propriété demande à son tour une cinquième expertise. L'expert mandaté conclut lui aussi que la maison n’a pas besoin de pieux.

Jean-Sébastien Tremblay, vice-président du constructeur Voyer et Tremblay, s’appuie sur ces conclusions pour rejeter toute responsabilité dans ce litige. « Tout a été construit selon les règles de l’art et conformément au Code du bâtiment », soutient le constructeur.

Les sixième et septième experts

Doutant des conclusions du troisième expert sur la présence de milieu humide dans le secteur, Jean-Sébastien Tremblay engage un arpenteur-géomètre et une autre société de génie-conseil. Après analyse des anciennes photos aériennes, ceux-ci concluent que l’autre expert s’est trompé : il n’y aurait eu ni milieu humide ni ruisseau dans le secteur où se trouve aujourd’hui la maison.

Selon le constructeur, les fissures pourraient avoir été causées plus tard, par exemple par des vibrations provoquées par la machinerie lourde passant près de la demeure lors de l’installation de la piscine dans la cour arrière.

Il évoque aussi la construction du métro de Laval dans les années 2000. « Il y a eu entre 800 et 1000 dynamitages pour la station de métro Concorde », rappelle Jean-Sébastien Tremblay, qui ajoute que la maison se trouve à 200 mètres de la station de métro.

Une poursuite pour vices cachés

Lise Desharnais poursuit la vendeuse pour 335 000 $. Elle soutient avoir perdu 200 000 $ en vendant sa maison au rabais à cause de vices cachés. Elle a dû dévoiler tous ces rapports aux personnes intéressées par la demeure. « En donnant ça à un acheteur, personne n’en voulait », dit-elle.

Un entrepreneur a acheté sa maison, puis l'a revendue.

Dans sa poursuite, Mme Desharnais réclame aussi des montants pour les travaux effectués, la perte de jouissance de sa maison et le stress causé à sa famille.

Son avocat, Me Jean Bernier, plaidera que ces défauts constituent des vices cachés qui nuisent totalement à l’utilité de la propriété. Il allègue que Mme Desharnais ne l’aurait pas achetée « si elle avait su l’état véritable de la maison ».

La vendeuse, Claudette Godin, a refusé nos demandes d’entrevues, parce que la cause est devant les tribunaux.

Lise Desharnais ne poursuit pas le constructeur Voyer et Tremblay.

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