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Sandra Chevrier : des galeries internationales à un mur du boulevard Saint-Laurent

Le mur fait deux étages, 25 pieds de long. C'est de loin le plus gros canevas auquel se mesure Sandra Chevrier. Bien plus que les murales qu'elle a réalisées à Honolulu et à Berlin ou que ses toiles recherchées à l'international. Et pour la première fois, cette Montréalaise, méconnue dans sa propre ville, signe ce week-end une oeuvre pour le festival d'art urbain Mural.

Un texte de Pascale Fontaine

« Ça m’intimide un peu de sortir et de travailler dans la rue », lance d’entrée de jeu celle qui a l’habitude de s’enfermer dans son studio, loin des graffitis. À l’angle de Napoléon et du boulevard Saint-Laurent, il y a toujours quelqu’un pour croquer les travaux, même un mercredi matin.

Malgré les craquelures de la brique et le mortier qui part parfois en miette, un Superman arraché des comics apparaît sous le pinceau minutieux de l’artiste. Les couleurs crues contrastent avec l'immense visage délicat de jeune femme, tout en noir et blanc. Son sujet de prédilection.

Depuis plus de six ans, la peintre formée à l'UQAM séduit les réseaux sociaux et l’étranger avec ses portraits qui reviennent inlassablement aux Cagesa superhéros : une femme masquée par des morceaux de BD, où les Batman et les Capitaine America en arrachent.

Bref, on s’emprisonne dans nos idéaux de performance et les stéréotypes, ou du moins on tente d'y trouver un équilibre. Certaines y voient un message féministe à l’égard du syndrome de Wonder Woman.

« C’est une dichotomie entre le remède et le poison. J’essaie de jouer entre les deux », explique Sandra Chevrier alors qu’elle débarque à peine de Londres pour un vernissage.

Projetée à l'international

Tout a commencé par des portraits sur lequel Sandra Chevrier beurrait de la matière brute à gros coups de pinceau. « Pour moi, il y avait un effet de masque, d’emprisonnement, qui cachait soit les yeux ou la bouche », raconte cette mère monoparentale qui a laissé son boulot de chef sushi à la naissance de son fils. Ce pari de la peinture, elle l’a fait il y a neuf ans.

Puis elle a mis ces portraits de côté, faute de savoir où ça s’en allait.

Jusqu’à ce qu’elle achète des bandes dessinées de superhéros pour recouvrir un meuble pour son fils. « Finalement le meuble s'est cassé et je me suis retrouvée prise avec tous ces comics books », rit-elle.

Et là, l’étincelle : utiliser les BD pour faire des collages sur la peinture « Ça a commencé à vraiment avoir du sens, poursuit Sandra Chevrier, les doigts manucurés couverts de peinture. Le côté esthétique du pop art, les couleurs, aussi la symbolique, le message que devenait encore plus fort. »

Très présente sur les réseaux sociaux, elle reçoit une étrange proposition d’un collectionneur, Jean-Pascal Fournier. Et si il vendait quatre toiles sur les forums internationaux? Elles se sont envolées en 45 minutes, se rappelle-t-elle. Du jour au lendemain, celle qui n’avait nulle part où exposer devait refuser les offres de galeristes prestigieux.

Quand a-t-elle commencé à y croire? Il y a 5 ans, « je suis allée en Norvège un pays où je ne pensais jamais aller. Les gens m'arrêtaient dans la rue pour me prendre en photos avec eux et il y avait un gros line-up devant mon exposition. C'est un peu incroyable, surtout dans le domaine des arts. »

En vidéo : l'artiste Zoltan Veevaete a projeté samedi des animations sur la murale de Sandra Chevrier

Écho de #MoiAussi

Sandra Chevrier ne colle plus de bandes dessinées sur le canevas, mais sur directement ses modèles lors de séances photo. Les clichés servent de références pour ses peintures qui puisent désormais dans un pop art plus raffiné.

« Habituellement un artiste va essayer de trouver des shortcuts pour que ça prenne moins de temps d'accomplir une oeuvre, explique celle qui peut passer 10 ou 12 heures à peindre. Moi, c'est le contraire. Ça me prend le triple du temps, mais la satisfaction est immense. »

Le carnet de commandes, lui, en plein pour les deux prochaines années.

Si son travail a considérablement évolué, le message, toujours le même, trouve un écho dans le mouvement de dénonciation #MoiAussi. « Les gens ont envie de crier, de parler, de s’exprimer, observe l’artiste. Je pense que ça fonctionne et que ça prend encore plus de sens. »

En octobre, Sandra Chevrier présentera sa toute première exposition dans un musée, plus précisément le Muséum of Art History, à Lancaster en Californie. Pas ici donc, mais les amateurs d’art québécois pourront apercevoir les visages de Maxim Roy et d’Annie-Soleil Proteau quelque part en 2019.

Le festival Mural prend fin dimanche, mais les murales restent à l’année.

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