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Sans toit rétractable, les Expos 2.0 ne survivront pas à Montréal

BILLET - Le futur stade des (futurs) Expos devrait-il être muni, ou non, d'un toit rétractable? Signe que le retour du baseball semble de plus en plus réel dans l'esprit des amateurs de sport, cette question a fait l'objet d'un intéressant débat au cours de la dernière semaine.

Signe que le projet avance à grands pas, les promoteurs du retour des Expos, Stephen Bronfman en tête, ont commandé une étude de marché à la firme américaine Conventions Sports and Leisure International (CSLI). Depuis 30 ans, les services de ces consultants/planificateurs ont été retenus par à peu près toutes les équipes de la MLB, LNH, NBA et NFL.

Des représentants de CSLI étaient de passage à Montréal ces derniers jours. Ils ont rencontré des groupes-cibles d’amateurs de baseball auprès desquels ils ont testé plusieurs hypothèses. Durant ces rencontres, il a notamment été question de l’architecture du futur stade et de l’éventuelle fourchette de prix des billets.

Selon un participant, les représentants de CSLI ont semblé fort étonnés de réaction des amateurs lorsqu’il a été question de doter le futur stade montréalais d’un toit fixe ou rétractable.

La réponse des amateurs: « Le baseball se joue en plein air sur du vrai gazon et nous ne voulons pas de toit, peu importe qu’il soit permanent ou rétractable. Investissez dans des sièges ou des planchers chauffants et nous irons au baseball quand même. Mais on ne veut pas de toit. »

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Entendons-nous sur une chose: l’hypothèse d’un toit fixe doit être catégoriquement rejetée. Elle n’a probablement même jamais été considérée par les promoteurs. La version 1.0 des Expos a d’ailleurs commencé à mourir à petit feu quelque part en 1987, le jour où l’enceinte du stade olympique a été recouverte d’un toit fixe.

Avec les hivers que nous avons au Québec, personne n’a le réflexe ou l’envie, lorsqu’il fait beau, d’aller s’enfermer dans un stade pour regarder du baseball disputé sur une surface de caoutchouc.

Cela dit, compte tenu du climat que nous avons et de la taille du marché montréalais, rejeter l’hypothèse d’un toit rétractable n’est guère plus logique.

Premièrement, en ce qui a trait à l’essentielle question de la surface de jeu, il faut rappeler que la technologie permet désormais d’aménager des terrains en gazon naturel dans des stades équipés d’un toit. Ce ne serait donc pas un problème.

Mais surtout, construire un stade de baseball à Montréal sans le doter d’un toit rétractable serait mauvais pour les affaires, en plus de nuire aux performances de l’équipe.

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Il est déjà acquis que Montréal (si le projet se réalise) fera partie des petits marchés de la MLB. Les propriétaires des Expos 2.0 devront donc faire preuve de grande créativité pour générer suffisamment de revenus et assurer la compétitivité de leur club.

Dans ce contexte (même si les revenus de télédiffusion sont considérables), les recettes aux guichets de chacun des 81 matchs locaux seront cruciales.

Les Expos ont disputé leurs 18 premières saisons d’existence dans un stade à ciel ouvert. Lors de 7 de ces 18 années, l’équipe a été forcée de disputer entre 8 et 13 programmes doubles à domicile.

Pensez-y. Durant ces sept saisons, en raison des aléas de la météo, les Expos ont donc sacrifié entre 10% et 16% de leurs revenus locaux. Ce n’est pas négligeable. En passant, ces matchs auraient tout de même été reportés même si le stade Jarry ou le Stade olympique avaient été équipés de sièges chauffants.

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Idéalement, les Expos 2.0 évolueront dans la division Est de la Ligue américaine, où ils se retrouveront au coeur de rivalités avec (notamment) les Yankees de New York, les Red Sox de Boston et les Blue Jays de Toronto. Cette proximité géographique, les rivalités naturelles et/ou le prestige de ces organisations devraient générer un afflux de tourisme fort intéressant à Montréal.

En 22 minutes, des New Yorkais, Bostoniens ou Torontois atterrissant à Dorval pourraient emprunter le futur REM et se retrouver au bassin Peel, aux portes du stade de baseball. Des Américains franchissant la frontière en voiture ou des partisans arrivant de l’Estrie pourraient, toujours grâce au REM, se garer à Brossard et débarquer au stade 10 minutes plus tard.

Outre les intérêts financiers des propriétaires, que ce soit pour les touristes ou les partisans qui se déplaceront en provenance de toutes les régions du Québec, ou même pour les télédiffuseurs, il serait clairement souhaitable de s’assurer que chaque match soit disputé à la date et à l’heure prévue.

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Par ailleurs, d’un point de vue sportif, ne serait-il pas préférable que chaque match soit joué dans des conditions idéales?

La saison 2018 de la MLB s’est mise en branle le 29 mars. Et, changements climatiques aidant, la côte Est du continent vient de traverser un printemps plutôt inhospitalier. Pas moins de 25 matchs de la MLB ont dû être reportés au cours des trois premières semaines du calendrier.

À Montréal, en avril, le mercure a oscillé entre -3 et 22 degrés durant la journée et entre -10 et 11 degrés en soirée.

Durant tout le premier mois de la saison, sans tenir compte des sept jours de pluie survenus, un seul match aurait pu être présenté à Montréal, en soirée, à une température supérieure à 10 degrés.

Quel genre de baseball joue-t-on dans ces conditions? Et surtout, qui a envie de se déplacer pour y assister?

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Au cours de leur histoire, les Expos 1.0 ont probablement échappé quelques championnats en raison des contraintes de la météo et de la pression que la présentations de nombreux programmes doubles exerçait sur le personnel de lanceurs de l’équipe.

En 1979, par exemple, les Expos ont dû disputer 15 programmes doubles, dont 9 à Montréal.

Cette année-là, ils avaient amorcé le mois de septembre au 2e rang de la division Est de la Ligue nationale, à 3 matchs et demi des Pirates de Pittsburgh. Il leur restait alors six matchs à disputer contre les Pirates.

Cependant, en plus des Pirates, les Expos devaient aussi composer avec un calendrier absolument dément, où figuraient pas moins de huit programmes doubles en trois semaines(!), entre le 3 et le 24 septembre. En septembre 1979, alors que le titre était en jeu, les Expos ont disputé 34 matchs en 30 jours.

Le 18 septembre, après avoir disputé leurs quatre premiers programmes doubles à Montréal, les hommes de Dick Williams s’étaient forgé une avance de 2 matchs en tête de leur division. C’est alors qu’ils ont amorcé une hallucinante séquence de quatre programmes doubles à l’étranger en six jours! Le dernier de ces programmes doubles coïncidait avec le début de leur dernière série de la saison (une série de 4 matchs) face aux Pirates, à Pittsburgh.

Quand les Z’Amours ont terminé leur folle séquence, leur avance en tête de la division avait fondu à une minuscule demie partie. Mais il ne restait plus d’essence dans le réservoir. Les Pirates ont bouclé la série en les rossant par des scores de 10-4 et 10-1.

Vidés, les Expos sont ensuite rentrés à Montréal, où ils ont conclu leur calendrier en perdant deux matchs sur trois face aux Phillies de Philadelphie. Et ce sont les Pirates qui ont ensuite filé vers la conquête de la Série mondiale.

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Pour toutes ces raisons, il est difficile de croire que Stephen Bronfman et ses acolytes, s’ils parviennent à mettre leur projet à terme, commettront l’erreur de construire un stade dépourvu de toit rétractable.

Si les investisseurs montréalais et les dirigeants de la MLB finissent conclure que Montréal a suffisamment de potentiel pour réintégrer les ligues majeures, leur réflexe suivant devrait être de ne négliger aucun détail et de mettre toutes les conditions gagnantes en place pour que, cette fois, l’expérience réussisse.

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