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Santé mentale : l'hébergement reste un problème pour les cas lourds à Montréal

Malgré plus de 26 millions de dollars investis l'an dernier par Québec pour venir en aide aux personnes qui sont aux prises avec des troubles graves de santé mentale, plus de 200 personnes attendent toujours une place en hébergement sur l'île de Montréal.

Un texte de Davide Gentile

Une valise et trois petits sacs. C'est tout ce que sort Pierre Champoux de la maison de chambre dont il vient d'être expulsé.

« Je n’étais pas assez fonctionnel. Je suis trop, un cas lourd pour ces ressources », admet-il.

Le quinquagénaire parle un français impeccable et a même fréquenté l'école polytechnique. On est loin du stéréotype parfois associé à l'itinérance dans laquelle il a plongé pendant 15 ans.

Sa descente aux enfers a commencé subtilement. Une consommation de cocaïne, au départ récréative, a dégénéré en dépendance totale.

« Mes journées étaient centrées là-dessus. Trouver l'argent pour la prochaine consommation », dit Pierre Champoux. Il confie avoir même fait quelques séjours en prison avant de cesser de consommer en 2017, lors d'un séjour à la Mission Old Brewery, à Montréal.

Mais ses problèmes psychologiques compliquent sa recherche d'un hébergement.

« En un an, il a fait trois ressources et là on doit en chercher une autre », dit sa soeur Danielle Champoux, qui joue le rôle d'aidante naturelle et tente d'orienter son frère vers un hébergement approprié.

« Pour avoir une résidence adaptée, on me dit que c'est minimum de trois ans... », raconte celle qui cherche un toit pour son frère.

Danielle Champoux a trouvé en catastrophe une maison de chambre dans Côte-des-Neiges. On n'y offre pas de services de suivis, essentiels pour son frère, selon elle. « C'est quelqu'un qui a besoin de beaucoup d'encadrement », affirme-t-elle.

Un mécanisme critiqué

Ce cas ne semble pas être le seul. On compte 2900 places d'hébergement pour les gens qui ont des problèmes de santé mentale sur l'île. Les autorités affirment que plus de 200 personnes sont en attente d'une place. Plusieurs sources consultées par Radio-Canada estiment que ce nombre est beaucoup plus élevé.

Le mécanisme d'accès est pointé du doigt par plusieurs sources, qui croient que cette situation peut alimenter un cercle vicieux de l’itinérance. « Non, ce n'est pas un système qui fonctionne bien », affirme Olivier Farmer, chef du service de psychiatrie urbaine à l'Hôpital Notre-Dame.

« Le système d'allocation des places est certainement déficient », affirme M. Farmer, qui dit à voix haute ce que plusieurs sources nous ont répété depuis des mois à micro fermé : ce système divise l'île en deux pôles, un pour l'est et l'autre pour l'ouest.

Débrouillarde et intelligente, Danielle Champoux ne s'y retrouve pas. « Je vis de l'impuissance, matin, midi, soir », déplore-t-elle.

Olivier Farmer comprend que les aidants naturels se sentent perdus. « Même pour nous, c'est compliqué d'essayer d'arrimer la personne à un hébergement spécialisé », concède-t-il.

En plus, Danielle Champoux dénonce le manque de suivi par un psychiatre. « Pierre n'en a pas, sauf celui qui met à jour ses prescriptions », dit-elle.

Comme pour l'hébergement, elle affirme qu'ils sont en attente. « On nous avait dit [que ce serait pour] Noël. Ensuite, on nous a dit peut-être un an. Peut-être deux ans. Et finalement la semaine dernière, on nous annonce que le programme dans lequel il devait être intégré est fermé. »

Preuve que le problème de Pierre Champoux demeure, une nouvelle crise l'a mené à l'urgence d'un hôpital montréalais, la semaine dernière.

« Ils me disent qu'ils vont m'hospitaliser », nous dit Pierre Champoux, qui souhaite être pris en charge par un établissement spécialisé en soins psychiatriques.

Le médecin a toutefois donné à Pierre son congé. Sa soeur Danielle est outrée.

Cette quête commence à peser lourd pour l'aidante naturelle. « J'ai passé ma journée à m'occuper de mon frère. Et demain aussi. Ça n’a aucun sens, on est épuisés », confie-t-elle.

« La situation pour l'hébergement s'est légèrement améliorée », affirme de son côté Olivier Farmer, tout en concédant que de gros progrès restent à faire.

« Il y a encore 20 à 25 % de nos lits en psychiatrie à l'hôpital qui sont occupés par des gens qui attendent une place en hébergement », dit-il.

Et il confirme que l'attente pour avoir un suivi psychiatrique régulier peut prendre plus d'un an à Montréal. Selon lui, avec la création du CHUM, l'Hôpital Notre-Dame, qui gère une grande partie de l'itinérance, a perdu plus de la moitié de ses psychiatres.

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