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« Se péter des cartoons » et autres folklores abitibiens avec Louis-Philippe Gingras

Une belle Ontarienne rencontrée dans un lift vers Sudbury, se faire domper devant les pickles dans une rangée d'épicerie... Entre « folk de pêcheur », « rock d'automobile » et « musique de chambre », Troisième rangée, de Louis-Philippe Gingras, fait dans la poésie d'observation et l'autofiction.

Un texte de Dominique Caron

Né à Rouyn-Noranda en Abitibi-Témiscamingue, l'auteur-compositeur-interprète a fait ses études universitaires en jazz à Montréal. À la même époque, il faisait du porte-à-porte pour ramasser des fonds au profit d'organismes comme Médecins sans frontières « avant qu'il y en ait partout », pour finalement retourner en région où il s'est mis sérieusement à l'écriture.

Après son EP Salut, man en 2012, il a présenté son premier album Traverser l'parc en 2013, réalisé par Dany Placard, avec qui il a collaboré de nouveau pour son deuxième album, Troisième rangée.

Vivant avec un trouble bipolaire, Louis-Philippe Gingras est porte-parole depuis 2014 de l'Association québécoise des programmes pour premiers épisodes psychotiques (AQPPEP), ce qui l'amène à parler de ses propres épisodes psychotiques devant des groupes scolaires et des parents. Toutefois, il distingue sa musique de son travail de sensibilisation : « Jamais que je m'assois pour écrire une chanson, encore moins pour écrire sur la santé mentale... ce n'est pas mon genre. »

(Source : YouTube/Simone Records)

Dans son premier album, Louis-Philippe abordait davantage ses propres « bibittes » et assumait un style musical plus country, en y intégrant des références régionales comme les truckstops, les huards, le parc de La Vérendrye. « Mais je sors de plus en plus de ma bulle et je fais beaucoup de poésie d'observation », explique-t-il.

De retour d'un mois de tournée en France aux côtés de la chanteuse Marcie, celui qui vit maintenant à Montréal n'a pas pour autant laissé de côté ses racines abitibiennes et fait davantage dans l'autofiction.

« Se péter des cartoons », pardon?

Il a encore le jargon abitibien bien en bouche : « se péter des cartoons » est une expression qui lui vient naturellement lorsqu'il explique les idées qui se développent dans sa tête. Dans la chanson Tigre Géant, il relate un trajet en covoiturage avec « une belle Ontarienne » qui occupait un emploi dans cette chaîne de magasins à grande surface. « J'me pétais un cartoon, comme on dit chez nous. Admettons que cette fille-là devenait ma blonde, et que j'aurais dû vendre à mes parents qu'elle ne faisait que ça, travailler au Tigre Géant. C'est une vraie fille, d'ailleurs, qui a entendu la toune et qui l'aime ben gros! »

Le jour où son ex-gérante lui a annoncé qu'elle ne continuerait plus à gérer sa carrière, Louis-Philippe se trouvait à l'épicerie Valmont, sur Le Plateau-Mont-Royal. Voilà comment est née la chanson Troisième rangée, et du même coup ses débuts comme gérant de sa propre carrière.

Rencontré au restaurant Le vieux vélo dans le quartier Rosemont - La Petite-Patrie, Louis-Philippe Gingras confie, en rigolant un peu : « Avant, à Rouyn, j'étais le fils de Suzanne Blais, parce que ma mère est une madame ben importante en musique à Rouyn. Maintenant, ma mère se fait dire : "T'es la mère à Louis-Philippe." » Directrice du Centre musical en sol mineur de Rouyn-Noranda, c'est elle qui lui a appris à jouer du piano.

Dans Troisième rangée, elle l'accompagne d'ailleurs au piano sur la chanson Le boat. Mais l'idée ne venait pas de Louis-Philippe au départ.

Fortement inspiré par Michel Rivard, Louis-Philippe Gingras parle des petites choses, des noms de commerce, de son quartier. Il a sa propre façon de faire. « Ce sont des bouts de phrases qui arrivent dans une conversation. J'ai toujours mon téléphone proche pour enregistrer un petit bout, et j'écris beaucoup en marchant. » Lorsqu'il a ce qu'il lui faut, il rentre chez lui, sort sa guitare et la musique prend forme.

Si vous croisez un jour Louis-Philippe Gingras, il se peut très bien que vous deveniez sa prochaine source d'inspiration.

Louis-Philippe Gingras se produira le 2 novembre à La Sala Rossa, à Montréal, à l'occasion de Coup de coeur francophone.

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