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Services en orthophonie à la CSDM : une mère lance un cri d’alarme

Lynda-Lyle Aubry, dont le fils souffre de dysphasie sévère, est en colère. Son garçon, qui fréquente pourtant une école reconnue comme point de service pour les élèves dysphasiques, n'a pas eu droit aux services d'une orthophoniste pendant une partie de l'année. S'agit-il d'un cas isolé ou d'un problème plus large?

Un texte de Marie-France Bélanger

Lynda-Lyle Aubry, une enseignante à la retraite, a inscrit son fils Matis, 6 ans, à l’école primaire Saint-Arsène dans le quartier La Petite-Patrie, à Montréal.

Son enfant est ce qu’on appelle dans le jargon un « code 34 », c’est-à-dire qu’il souffre d’un trouble de la communication. Il est dysphasique sévère. « Des fois, ça peut être laborieux avant qu’il exprime une seule phrase », dit-elle.

Lynda-Lyle Aubry a opté pour l’école Saint-Arsène en raison du faible nombre d’élèves dans les classes de langage et des services d’orthophonie, de psychoéducation, d’orthopédagogie. Mais dès le début de l’année scolaire, l’école a indiqué qu’il n’y avait pas d’orthophoniste en poste.

En fait, la spécialiste est arrivée à l’école deux mois après la rentrée. Et elle a récemment quitté l’établissement, sans être remplacée. « Je suis profondément en colère que ce service-là soit coupé sans transition, sans rien », explique la mère de Matis, ajoutant que ce service est pour son fils une nécessité.

Julia Druliolles, la commissaire représentant le comité de parents EHDAA (élèves handicapés ou en difficultés d'adaptation ou d'apprentissage) à la CSDM, est préoccupée par la situation.

Il est aberrant que des jeunes dysphasiques d'une classe de langage soient sans service d'orthophonie.

Julia Druliolles

Elle souligne toutefois que la commission scolaire fait des efforts pour accélérer et favoriser le recrutement de ces professionnels. « Les particularités de la CSDM [comme la défavorisation, la vétusté des écoles, la forte proportion d'élèves à besoins particuliers] nous rendent moins attrayants que d'autres milieux de travail », dit-elle. Julia Druliolles souligne qu'il est donc important que le gouvernement reconnaisse cette réalité montréalaise et ajuste le financement en conséquence.

La Commission scolaire de Montréal estime que 11,4 postes d'orthophonistes à temps plein ne sont pas pourvus en date du 22 février sur un total de 108,10 postes en équivalent temps plein selon le plan d'effectifs de juillet 2016. Par ailleurs, le porte-parole de la CSDM indique que 35 orthophonistes figurent sur une liste de priorité d'emploi.

Une pénurie?

Jean-François Gosselin, commissaire indépendant du secteur Petite-Patrie-Rosemont Ouest, où se trouve l'école Saint-Arsène, estime que le cas du fils de Linda-Lyle Aubry n'est pas isolé. Sur la base d'informations officielles, il estime que c'est plutôt 15 orthophonistes qui manquent pour répondre aux besoins des enfants quand on ajoute les quatre postes toujours vacants (toujours affichés et qui n'ont pas de titulaires) aux 11,4 postes non remplacés (à la suite d'un départ temporaire pour un congé de maternité ou de maladie par exemple).

C’est 15 postes dans 25 écoles. C’est beaucoup d’enfants qui sont touchés.

Jean-François Gosselin, commissaire

L’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec précise qu’il n’y a pas de pénurie d’orthophonistes dans la province.

De son côté, le Syndicat des professionnelles et professionnels du milieu de l’éducation de Montréal, qui représente entre autres les orthophonistes, se dit préoccupé par la situation. Le syndicat ajoute être conscient que la CSDM peine à recruter de nouvelles orthophonistes, notamment devant l’ampleur des besoins.

Parmi tous les professionnels de la CSDM, les orthophonistes constituent de loin le groupe dont le nombre a le plus augmenté au cours des dernières années.

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