Lorsqu'elle est devenue policière à la fin des années 1980, Simonetta Barth était bien malgré elle l'une des précurseures dans une profession traditionnellement réservée aux hommes. Une trentaine d'années plus tard, l'histoire se répète alors qu'elle devient numéro 2 du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Un reportage de Pascal Robidas

Simonetta Barth n'était pas prédestinée à devenir policière. Au milieu des années 1980, elle travaillait en informatique après avoir étudié au Collège Dawson. Ses seuls contacts avec le milieu étaient avec des étudiants en techniques policières du Collège John-Abbott, où elle allait s'entraîner régulièrement.

Durant la même période, le Service de police de la communauté urbaine de Montréal (SPCUM), l'ancêtre du SPVM, est plongé dans la tourmente après qu'un jeune Noir de 19 ans, Anthony Griffin, eut été abattu par un policier le 11 novembre 1987. La réaction de la communauté noire sera vive. La police de Montréal est accusée publiquement pour la première fois de son histoire de profilage racial par une communauté culturelle.

En pleine controverse, le chef de l'époque, Roland Bourget, met en place un mois plus tard un comité consultatif sur les relations interraciales pour créer un espace de dialogue entre la police de Montréal et sa population, qui comptait à l'époque 180 000 personnes issues des minorités visibles.

La mère de Simonetta Barth, d'origine italienne, était directrice du Conseil régional des personnes âgées italo-canadiennes. Marisa Ferretti Barth fera donc partie du comité consultatif, à l'invitation du chef Bourget.

Avant de devenir cadre en 2005, Simonetta Barth s'est impliquée dans de nombreux dossiers liés aux relations communautaires. C'est d'ailleurs dans le quartier Côte-des-Neiges qu'elle est devenue commandante, au poste de quartier 26.

Un milieu d'hommes

Le SPVM compte 1429 policières dans ses rangs, c'est-à-dire 32 % de ses effectifs. C'est la plus grande proportion de femmes de tous les corps policiers au Canada.

Durant les deux premières années de sa carrière, Simonetta Barth était la seule femme de son équipe. De nature timide, elle demeure très discrète sur ses premières années de service à la police de Montréal.

À sa façon, elle a dû faire ses preuves, non seulement auprès de ses collègues, mais également auprès de la population qui s'étonnait de voir une femme en uniforme à bord de l'auto-patrouille.

La place des policières

Le directeur du SPVM, Philippe Pichet, a déclaré devant les médias vendredi dernier que la nomination de Simonetta Barth représentait la police du « futur ». Jamais auparavant une femme n'avait accédé à un grade aussi élevé dans l'histoire de la police de Montréal.

D'autant plus que, dès septembre, Simonetta Barth prendra sous sa responsabilité la Direction des opérations, qui comprend entre autres la gendarmerie et les enquêtes, bref, 90 % de toutes les activités de la police de Montréal.

De son nouveau bureau au neuvième étage du quartier général du SPVM, la principale intéressée affirme sans détour que les choses ont évolué très rapidement. En mars dernier, elle prenait l'intérim du directeur adjoint Bernard Lamothe, suspendu avec solde parce qu'il fait présentement l'objet d'allégations criminelles dans le cadre d'une enquête de l'équipe mixte de la Sûreté du Québec.

Mais son ascension avait commencé en 2014, quand l'ancien directeur du SPVM, Marc Parent, l'avait nommée au poste d'assistante-directrice.

La nomination de Simonetta Barth entrera en vigueur le 11 septembre prochain avec le départ à la retraite de Didier Deramond, qui a accepté le mandat de directeur général de l'Association des directeurs de police du Québec.

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