BILLET - Comme l'an dernier, le Canadien connaît un début de saison remarquable. Mais ne vous trompez pas. Comme l'an dernier, les gardiens faussent complètement la donne.

Un texte de Guy D'Aoust

Je suis comme vous. J'aime bien l'enthousiasme d'Alexander Radulov. J'apprécie la maîtrise de Shea Weber. Je salue avec enthousiasme la performance du quatrième trio; sa vitesse dérange l'adversaire et confère un net avantage au Canadien dans cette spécialité (si on peut parler de spécialité).

Mais encore une fois, ce sont les gardiens qui font l'essentiel du travail. Les chiffres le démontrent.

Au moment d'écrire ces lignes, le Canadien trône au 1er rang de la Ligue nationale avec 19 points. Mais il est en queue de peloton avec une 25e place au chapitre des tirs accordés. Pour cette statistique, le Canadien côtoie l'Arizona, Colombus et Toronto. Mais, heureusement pour lui...

Parmi les gardiens ayant disputé au moins quatre matchs cette saison (au matin du 4 novembre), Carey Price et Al Montoya occupaient les 3e et 4e rangs de la ligue pour la moyenne d'efficacité : ,976 pour Price et ,965 pour Montoya. Ce sont des taux d'efficacité extraordinaires.

Oui, oui, je vous entends : quand les tirs viennent de loin ou d'angles fermés, ils sont moins redoutables, il n'y a pas que le nombre qui compte, etc. Mais le Canadien a accordé en moyenne 32,6 tirs par match au fil de ses 10 premières sorties. C'est trop. Dangereusement trop.

Dans la Ligue nationale, un but par match fait la différence entre les gagnants et les perdants.

Prenons l'exemple des Oilers d'Edmonton. Ils connaissent un bon départ avec sept victoires, trois revers et une défaite en bris d'égalité. Ils ont ainsi obtenu 7 points de plus au classement qu'après le même nombre de matchs l'an dernier. Ça s'explique. Ils ont marqué 7 buts de plus et en ont accordé 5 de moins. Le différentiel net est de +12 buts en 11 rencontres.

À peu de chose près, c'est une différence d'un but par match qui les fait passer du fond du classement au 1er rang de la Division pacifique. Je répète : un but par match.
Chez le Canadien, la tenue exceptionnelle de Price et Montoya fait déjà une différence d'un demi-but par match. C'est énorme.

L'autre demi-but de différence vient pour l'essentiel d'une remarquable production du quatrième trio. Torrey Mitchell (5), Phillip Danault (2) et Paul Byron (2) ont inscrit plus du quart des 34 buts marqués par l'équipe à ses 10 premiers matchs. Peut-on raisonnablement attendre du quatrième trio qu'il marque plus de buts que tous les autres sans jamais (ou presque) participer à l'avantage numérique? Bien sûr que non. Ce demi-but pourrait s'estomper, sinon disparaître.

Alors d'accord, ne boudons pas notre plaisir et saluons le bon début de saison du CH. Mais gardons-nous une petite réserve dans nos louanges. Et, pour l'instant, inutile de garder près de la porte, la chaise de parterre prévue pour le défilé.

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