BILLET - Serge Savard avait l'habitude de dire que c'était inévitable, que le temps fait son œuvre et qu'un jour « tous les joueurs finissent par passer dans le tordeur ».

Un texte de Martin Leclerc

La première semaine de calendrier du Canadien n'a pas été parfaite, loin de là.

Les deux premiers trios ont entrepris la saison de manière très discrète, presque anonyme. De manière générale, l'équipe s'est joyeusement faite bardasser. Et dans chacun de ses deux premiers matchs, le CH a été dominé par ses rivaux au chapitre des chances de marquer.

Dans les 40 premières minutes de son premier match (à Buffalo), le CH n'a généré que quatre maigres occasions de marquer. Et samedi soir, après 40 minutes de jeu, les hommes de Michel Therrien n'en revendiquaient que trois.

À l'évidence, la machine n'est pas encore rodée. Ce qui est normal.

Par contre, l'une des récentes acquisitions de Marc Bergevin a déjà commencé à rapporter des dividendes. En l'absence de Carey Price, deux solides performances du vétéran Al Montoya ont permis au CH d'engranger trois points sur une possibilité de quatre sur la route. Qui dit mieux?

Il n'y a que deux matchs de disputés et les tendances collectives observées jusqu'à présent ne sont absolument pas significatives. À titre d'exemple, on sait que Max Pacioretty et Alex Galchenyuk redeviendront menaçants et se remettront éventuellement à marquer des buts.

On peut aussi présumer que le niveau de cohésion de la formation s'améliorera de match en match.

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Par contre, lorsqu'on analyse les joueurs individuellement, le cas d'Andrei Markov se veut particulièrement inquiétant.

Plus que jamais dans l'histoire de la LNH, les équipes construisent leur formation en misant résolument sur la vitesse.

Le Lightning de Tampa Bay est devenu une puissance dans la conférence de l'Est parce que ses patineurs sont extrêmement rapides.

Les Penguins de Pittsburgh ont remporté la coupe Stanley après avoir entouré Sidney Corsby, Evgeny Malkin et Kristopher Letang de jeunes patineurs explosifs.

Et cette tendance fait tache d'huile.

Les nouvelles supervedettes de la ligue que sont Connor McDavid, Johnny Gaudreau et Auston Matthews ont tous en commun une extraordinaire capacité à se distancer de leurs poursuivants pour exploiter les espaces libres sur la patinoire.

Aussi, malgré la présence de nombreuses recrues dans leur formation, les Maples Leafs de Toronto et les Coyotes de Phoenix intimident déjà leurs adversaires à cause de leur vitesse.

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Andrei Markov célébrera son 38e anniversaire le 20 décembre prochain. Et alors que l'univers s'accélère autour de lui, les années le rattrapent.

En première période samedi à Ottawa, le jeune Ryan Dzingel, des Sénateurs, a facilement débordé Markov pour se rendre au filet de Montoya et ouvrir la marque.

Puis en fin de troisième, le vétéran défenseur du CH a été surpris en flagrant délit d'immobilisme dans son territoire, ce qui a permis au même Dzingel d'orchestrer le but égalisateur des Sens.

Quand les attaquants adverses placent la rondelle derrière le partenaire de jeu de Markov, on voit clairement que les longues courses qu'il doit livrer aux jeunes attaquants sont ardues. Et lorsqu'il les remporte, Markov bénéficie de moins de temps et d'espace pour compléter ses jeux.

Dans un récent match préparatoire, on a vu un jeunot des Bruins, Austin Czarnik, facilement remporter l'une de ces courses aux dépens de Markov pour aller inscrire un but.

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Au cours des dernières années, nous nous étions habitués à voir Andrei Markov perdre un certain degré d'efficacité en deuxième moitié de saison. Et c'était normal compte tenu du fait qu'on l'utilisait encore plus de 24 minutes par match alors qu'il était âgé de 33, 34 ou 35 ans.

Cette année, les symptômes de ralentissement sont déjà flagrants et nous ne sommes qu'à la mi-octobre. Qu'est-ce que ce sera à la fin de février?

Et surtout, comment Michel Therrien et ses adjoints géreront-ils cette situation délicate?

Pour donner plus de profondeur à sa formation, Marc Bergevin a souvent fait l'acquisition de défenseurs en fin de carrière depuis son arrivée à la tête du Canadien.

La plupart du temps, ces arrières donnaient un coup de main pendant une certaine période de temps avant d'être graduellement écartés de la formation dans le dernier droit du calendrier.

Sergei Gonchar, un quart-arrière de la même trempe que Markov (et qui n'était pas moins rapide que Markov ne l'est présentement) a terminé sa brillante carrière de cette désolante manière il y a deux ans.

Son temps d'utilisation avait graduellement été ramené de 20 à 13 minutes. Puis à compter de la mi-mars, Gonchar n'avait plus joué. La direction du CH avait déterminé qu'il avait atteint sa date de péremption et le couperet lui était tout simplement tombé dessus.

Andrei Markov est un guerrier qui rend de fiers services à cette organisation depuis 16 longues années. Il pourrait devenir le premier joueur depuis Bob Gainey à passer toute sa carrière dans l'uniforme tricolore.

Ce n'est pas rien.

Pour l'instant, on a toutefois de la difficulté à imaginer sur quelle note il effectuera ses derniers coups de patins dans la LNH. 

Compte tenu de ce qui précède, il deviendra de plus en plus difficile de lui confier 21 ou 22 minutes de jeu par match comme ce fut le cas au cours de la dernière semaine.

En fait, si le CH ne prend pas les moyens pour réduire graduellement sa dépendance à Markov, l'équipe risque d'en payer un fort prix dans le dernier droit du calendrier.

Le CH a encore huit matchs pour décider si le jeune Mikhail Sergachev restera, ou non, à Montréal jusqu'à la fin de la saison. Marc Bergevin doit ardemment souhaiter que le Russe de 18 ans soit très bon d'ici la fin de cette période de probation.

Il faut vite préparer la relève et, en même temps, ménager Markov pour qu'il soit en mesure de rallier l'arrivée aux côtés de ses coéquipiers.

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.

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