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Tam-tams du mont Royal : une pression policière dénoncée

Des habitués des célèbres tam-tams dans le parc du Mont-Royal accusent les policiers de Montréal de précipiter sans raison valable la fin des festivités chaque dimanche en fin de journée.

Un texte de Vincent Resseguier

Mario Bouchard participe aux tam-tams depuis plus de 20 ans. Il déplore que la pression exercée par les policiers soit de plus en plus forte depuis les deux dernières années, en particulier depuis le début de cette saison estivale.

« J’ai l’impression d’être un paria », se désole Mario. Il dénonce l’attitude des agents qui menaceraient régulièrement les musiciens et leur public de faire annuler l’événement s’ils ne quittent pas les lieux rapidement.

Il raconte qu'un dimanche soir ce mois-ci, les policiers ont encerclé les quelques personnes encore présentes. « Ils nous ont éblouis avec leurs flashlights. C’était vraiment intimidant », lâche-t-il, regrettant que le dialogue soit difficile.

Mario Bouchard rappelle que c’est un événement familial qui rassemble des personnes en général respectueuses. Il concède qu’en fin de journée, il peut y avoir « quelques joyeux lurons, pas méchants, un peu impressionnants », mais rien qui justifie l’intervention systématique des policiers.

La police dément

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) reconnaît déployer tous les dimanches des équipes pour encadrer les tam-tams. La commandante Marie-Claude Dandenault, du poste de quartier 20, affirme plutôt que la situation s’améliore d’année en année et se réjouit que ce soit « plus tranquille que par le passé ».

Elle précise que les agents font de la sensibilisation pour faire respecter l’entente conclue avec le Service des grands parcs, qui prévoit la fin des festivités à 21 h 30. « À partir de 21 h, 21 h 15, on prévient que l’événement se termine », affirme-t-elle, tout en mentionnant que ses agents n’ont pas pour consigne de se montrer menaçants, au contraire.

Aucune plainte officielle contre les tam-tams

Lors du dernier conseil municipal, le 28 mai 2018, un ami de M. Bouchard, lui aussi un habitué des tam-tams, a interpellé les élus lors de la période de questions.

Le maire du Plateau-Mont-Royal et responsable des grands parcs, Luc Ferrandez, a affirmé que la règle indique que les tam-tams doivent cesser avec le coucher du soleil. Il a précisé que « si les policiers ne sont pas sur place, ça continue toujours après le coucher du soleil, raison pour laquelle ils interviennent ». Lors de son intervention, M. Ferrandez a par ailleurs soutenu que « les policiers ont reçu des milliers de plaintes ».

Vérification faite, dans les deux dernières années, ni le poste de quartier du SPVM dans Outremont ni le poste de quartier 38 du Plateau-Mont-Royal n’ont enregistré de plainte pour des nuisances liées aux tam-tams. Aucune plainte n’a été recensée non plus du côté du service aux citoyens de la Ville, la ligne téléphonique 311.

Une lettre à Valérie Plante

En début de semaine, Mario Bouchard a envoyé une lettre à la mairesse de Montréal et responsable du mont Royal, Valérie Plante, ainsi qu'à M. Ferrandez. Dans cette missive, obtenue par Radio-Canada, M. Bouchard demande une rencontre avec les « instances de la Ville ».

Il requiert la coopération de la police pour assurer la sécurité sur le site. « La présence de cadets serait très appréciée afin de dénoncer les éléments nuisibles et prévenir tout incident », mentionne la lettre. M. Bouchard invite aussi la Ville à coopérer en installant davantage de poubelles en plastique afin de préserver la propreté sur le site.

Pour mener d'éventuelles discussions, Mario Bouchard reconstituera l'OSBL les Gardiens spirituels, l'un des trois groupes qui avaient participé à la table de concertation sur les tam-tams dans les années 90, sous l’administration de Jean Doré.

L’objectif de ces démarches est de préserver l’esprit convivial de l’événement, conclut Mario Bouchard, en soulignant que les retombées sont positives pour les commerces et les restaurants du quartier.

Luc Ferrandez a été invité à commenter le dossier, mais n’a pas répondu à notre message.

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