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The War on Drugs : mélodies accrocheuses et rythmes entraînants

CRITIQUE – Il y a des choses qui ne mentent pas. Samedi après-midi, les membres du groupe The War On Drugs ont demandé à la direction du Festival international de jazz de Montréal de pouvoir jouer au besoin durant deux heures au lieu des 90 minutes habituelles, lors du grand événement de clôture en soirée. Sérieux, les Américains.

Pour des milliers de personnes présentes sur la Place des festivals, ce groupe n’est pas une figure musicale universelle comme Stevie Wonder qui avait inauguré cette même place en 2009.

Mais attention, The War On Drugs n’est pas non plus un groupe qui sort de nulle part : plus de 10 ans de carrière, 4 disques à leur actif et le Grammy du meilleur album rock pour A Deeper Understanding en 2017. Ce n’est pas rien.

La bande à Adam Granduciel n’a pas commencé sa prestation en ruant dans les brancards – ce n’est pas son genre –, mais en amenant tout doucement les festivaliers dans son univers avec Brothers. Puis, place à la douleur avec Pain et les sentiments à fleur de peau.

Même dans un vaste espace face à des milliers de spectateurs, le groupe originaire de Philadelphie privilégie la musique à une quelconque notion de spectacle : le jeu de lumières est plus raffiné que spectaculaire et les musiciens sont de ceux que l’on écoute avec attention.

An Ocean In Between the Waves, avec sa longue intro aux guitares et sa couche de trompette s’inscrivait parfaitement dans le contexte d’un festival de jazz. Strangest Thing a eu droit à son lot de solos incisifs, mais Arms Like Boulders a peut-être été encore plus séduisante en raison de son refrain.

Le moment fort de la soirée, en ce qui me concerne, fut l’enchaînement de Burning, Eyes to the Wind et Red Eyes. On retrouve dans ces chansons tout ce qui fait l’intérêt chez The War On Drugs : des mélodies accrocheuses, des rythmes entraînants, des textes auxquels on peut s’identifier et une instrumentation riche.

C’est d’ailleurs à la suite d’un enchaînement harmonica-saxophone que je me suis dit que, occasionnellement, les comparaisons avec Springsteen sont valables, même si The War On Drugs est moins un groupe de rock and roll pur que ne l’est le E Street Band.

Granduciel et ses collègues peuvent parfois pousser l’esthétisme pop au maximum avec les couches de claviers de In Chains colorées par les effluves du saxophone. Vraiment magnifique. Parfois, c’est l’aspect fantomatique qui prend le dessus, comme pour la longue introduction musicale de Under the Pressure dont la finale a permis aux musiciens de s’illustrer.

En définitive, The War On Drugs n’aura pas joué durant deux heures, mais les 100 minutes passées sur scène ont démontré que le groupe qui en a envoûté plus d’un samedi soir n’avait pas volé sa présence au spectacle de clôture.

Le palmarès

Lors d’un festival qui compte environ 500 concerts en salle ou en plein air, on ne peut jamais tout voir, bien entendu. Voici néanmoins un petit palmarès de grands moments et de diverses considérations au terme de 31 concerts vus depuis 10 jours.

Ce qu’il y a de bien, c’est que des tas de gens pourraient avoir une liste complètement différente, selon leur propre parcours. Ne vous gênez pas pour faire savoir vos propres coups de cœur.

Le concert jazz que l’on espérait plus : Herbie Hancock, en forme comme s’il avait 48 ans – il en a 78 –, qui nous offre un concert où figurent des immortelles de ses disques phares (Head Hunters, Thrust, Dedication) des années 1970. Hal-lu-ci-nant!

Le concert jazz de pure beauté : Brian Blade et ses collègues du Fellowship Band. Quatre-vingt-dix minutes de beauté jazzistique et de raffinement. Un pur délice.

Le concert jazz universel : Zakir Hussain (Inde), Dave Holland (Royaume-Uni) et Chris Potter (États-Unis), trois instrumentistes à la dextérité phénoménale, qui repoussent les limites de l’intégration musicale au cours de cette prestation exceptionnelle.

Le concert où l'on a le plus sué : celui de Jain, dans le MTelus, qui était transformé en étuve, comme dans le bon vieux temps du Saunapolis (Métropolis).

Les concerts incendiaires en plein air : dans des genres différents, Boulevards (funk moderne), le Spanish Harlem Orchestra (salsa) et The Suffers (soul) ont fait fondre le bitume de la Place des festivals qui était déjà brûlant en raison de la canicule.

Le meilleur concert d’un artiste pop : Seal.

Le meilleur concert de reprises : Dee Dee Bridgewater, avec ses chansons soul de Memphis.

Le meilleur concert de grands succès : durant une heure en plein air, je crois bien que le Canadien David Myles a joué tous ses tubes.

Le coup de cœur : Davina and the Vagabonds. Davina, originaire de Minneapolis, a une voix élastique, du coffre, de la personnalité et un humour irrésistible. On espère la revoir dans une salle en tête d’affiche pour le 40e anniversaire du FIJM.

La voix qui déplace des montages : Hannah Williams and the Affirmations. Imaginez Ann Wilson (Heart) qui chante du Led Zeppelin. En fait, c’est exactement ce que la Britannique a fait en interprétant Dazed and Confuzed en mouture soul.

L’artiste le plus en forme : le Montréalais Jordan Officer qui, durant l’interprétation de la bien nommée One Handed Push-Ups, fait des flexions sur une main en buvant son verre de gin de l’autre.

La plus spectaculaire tenue : l’ensemble brillant comme une boule disco de Jill Barber.

La tenue de vacances : Thundercat qui se pointe à la salle Wilfrid-Pelletier avec une casquette blanche sur ses cheveux rouges, un maillot à rayures, des bermudas orange et des longs bas roses… portés dans ses sandales.

La tendance du moment : ce n’est pas d’hier que l’on voit, ici et là, une chanteuse pieds nus sur scène. Joss Stone, notamment, le fait depuis des années. Mais de voir trois artistes (Emma Frank, Hannah Williams, Beth Hart) le faire dans la même semaine, je n’avais jamais vu ça. Nouvelle tendance ou hasard?

La meilleure déclaration sur scène : « Food is love [la bouffe, c’est de l’amour] », de Kam Franklin, la chanteuse du groupe The Suffers. Tellement d’accord.

L’erreur d’étiquetage : dans la petite tente où l’on vend des disques sur le site extérieur du FIJM, on a vu l’album de Jain (Zanaka) étiqueté « jazz » et le coffret du centenaire de Lady In Satin, de Billie Holiday, classé dans la catégorie « Pop et rock ». Trouvez l’erreur.

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