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Tony Accurso a offert un « coup de main » à l’ex-maire de Mascouche

L'entrepreneur Tony Accurso se défend d'avoir invité Richard Marcotte à séjourner sur son bateau pour influencer l'octroi de contrats ou d'avoir tenté d'acheter ses faveurs en lui donnant 300 000 $. C'est ce qu'il a affirmé dès le début de son témoignage, lundi, au palais de justice de Joliette.

Un texte de Geneviève Garon

« C’était un ami, un partenaire de tennis, un bon chum. Je ne lui ai jamais rien demandé », assure Tony Accurso au sujet de Richard Marcotte, qu’il a connu en pratiquant son sport préféré, en 1978.

Lorsque son ami, avec qui il voyageait « deux, trois fois par année », a été élu maire de Mascouche en 1991, Tony Accurso soutient que cela n’a rien changé à leur relation. « Si jamais il y a un problème à faire des voyages ensemble, je vais te le dire », lui aurait assuré Richard Marcotte.

Le témoignage de Tony Accurso a commencé dans le vif du sujet quand son avocat lui a posé des questions en rafale.

« Non », Tony Accurso n’a pas invité Richard Marcotte sur son luxueux bateau dans les îles Vierges pour obtenir des contrats. « Non », il ne lui a pas non plus offert d’argent pour remporter les appels d’offres pour des travaux majeurs à la Régie d’aqueduc intermunicipale des Moulins et à la Régie d’assainissement des eaux Terrebonne-Mascouche.

« Écoute Tony, pourrais-tu me donner un petit coup de main? Je vais te repayer. » C’est ainsi que Richard Marcotte aurait demandé un prêt de 300 000 $ à Tony Accurso pour investir dans un projet immobilier, en 2008. L’homme d’affaires aurait accepté pour rendre service à celui avec qui il entretenait une amitié depuis 30 ans.

Telle est la version des faits présentée par l’entrepreneur de 66 ans aux 12 jurés de son procès. Ils devront trancher à l’unanimité à savoir si Tony Accurso a aidé Richard Marcotte à commettre un abus de confiance.

Marcotte et Jean Charest

« Richard, c’était un philosophe. Il était très intéressant », estime l’accusé, qui soutient n’avoir jamais discuté de contrats avec lui.

À son avis, « la seule chose qui intéressait » M. Marcotte était qu’on se souvienne de lui pour deux de ses réalisations : le train Terrebonne-Mascouche et le quartier général de la Sûreté du Québec. « Il disait qu’il pouvait les avoir grâce à son ami Jean Charest », affirme Tony Accurso.

Pas le temps de gérer les appels d’offres

En 2008, Tony Accurso travaillait beaucoup au sein de son empire, qui comptait entre autres les entreprises Louisbourg Construction et Simard-Beaudry. « Je ne dormais pas », a-t-il expliqué en riant.

« Ma job, c’était de soutenir les compagnies et les présidents avec le financement. À un certain moment, on avait 400 millions de dollars d’emprunts! » Le grand patron jure qu’il ne s’est jamais occupé des soumissions. « Je n’ai pas de temps pour ça », a-t-il laissé tomber. En 2009, le groupe Accurso a atteint le chiffre d’affaires d’un milliard de dollars.

Les travaux de quelques dizaines de millions de dollars dans les usines de filtration et d’épuration des eaux étaient « une petite job » selon l’homme d’affaires qui raconte ne pas avoir été avisé que ses entreprises soumissionnaient pour ces contrats, et ce, nettement en deçà des compétiteurs. « Si on n’était pas là, la job aurait coûté 15-20 % plus cher à la municipalité. »

La trace du chèque

Rien n’indique que Tony Accurso a tenté de camoufler le chèque de 300 000 $ qu’il a signé le 17 avril 2008 au profit de la société panaméenne Verona Equities. C’est ce qu’a déclaré le vérificateur comptable Steve Caissy, qui a produit les états financiers de Simard-Beaudry pour la firme Samson, Bélair, Deloitte et Touche entre 2003 et 2010.

Le jury a pu constater que la somme apparaît dans plusieurs documents financiers de l’entreprise et qu’un compte fournisseur avait été créé pour Verona Equities.

« Tu ne peux pas cacher un chèque », estime M. Caissy, selon qui l’accusé aurait dû payer en petits versements ou en argent comptant s’il avait souhaité faire une transaction discrète.

Par contre, le témoin ne se souvient pas si le chèque faisait partie des transactions choisies pour faire l’objet de vérifications approfondies dans le cadre des états financiers.

Steve Caissy a quitté son poste de vérificateur pour être embauché chez Simard-Beaudry de 2010 à 2013.

Selon la poursuite, la somme de 270 000 $ a été transférée de Verona Equities à un compte appartenant à Richard Marcotte, deux semaines après la signature du chèque par l’entrepreneur.

Le témoignage de Tony Accurso se poursuit mardi.

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