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Tony Accurso est intervenu dans la collusion à Laval, selon un ex-compétiteur

L'entrepreneur en construction Tony Accurso aurait fait pression sur l'ancien maire de Laval Gilles Vaillancourt pour qu'il lui octroie un contrat truqué, octroyé par erreur à deux entreprises. C'est ce qui est ressorti du témoignage d'un ancien compétiteur au procès de l'homme d'affaires, mardi.

Un texte de Genevieve Garon

« Tony [Accurso] va s’en occuper », aurait dit son ex-bras droit Joe Molluso lorsqu’un problème inattendu est survenu entre deux entreprises faisant partie d’un cartel d’entrepreneurs à Laval, au milieu des années 2000.

Ces propos ont été rapportés par l’un des ex-dirigeants de Valmont Beaulieu Excavation inc, Gilles Théberge. Le premier témoin de la Couronne poursuivait son témoignage entamé vendredi après-midi au procès pour fraude et corruption de Tony Accurso.

Selon la poursuite, entre 1996 et 2010, avant même l’ouverture des appels d’offres dans le domaine de la construction, l’ex-maire Gilles Vaillancourt et l’ancien directeur de l’ingénierie de la Ville, Claude Deguise, désignaient l’entreprise gagnante.

Les compagnies qui faisaient partie du stratagème s’entendaient ensuite entre elles afin de proposer des soumissions plus élevées que celle de l’entreprise choisie d’avance, pour s’assurer qu’elle l’emporte.

M. Théberge a raconté qu’un problème est survenu lorsque sa compagnie et Louisbourg Construction ont toutes deux été sélectionnées pour exécuter le même projet d’environ quatre millions de dollars, communément appelé le « fossé Boudrias ». Gilles Théberge n’aurait pas réussi à s’entendre avec son interlocuteur chez Louisbourg, Joe Molluso, et il aurait suggéré de s’en remettre au grand patron de ce dernier, Tony Accurso.

« J’ai dit : "On va aller dans le bureau de Tony pour exposer le problème", a témoigné Gilles Théberge. Je lui ai expliqué que le maire avait promis aux deux entreprises le même projet. »

C’est alors que l’ancien bras droit de Tony Accurso, Joe Molluso, aurait assuré que son patron se chargerait de résoudre le problème.

Par la suite, « Accurso a fait part de ses doléances, Nadon aussi, auprès du maire et des hautes instances de la ville », a relaté Gilles Théberge, en réponse aux questions du procureur aux poursuites criminelles et pénales, Richard Rougeau. Mais Gilles Vaillancourt n’aurait finalement pas tranché.

Le contrat du fossé Boudrias aurait donc été présenté en appel d’offres ouvert, sans collusion, et Valmont Nadon Excavation l’a emporté.

« On a passé l’éponge et on a continué la collusion », a raconté le témoin.

De la collusion avec l’ex-bras droit d’Accurso

Gilles Théberge a affirmé qu’il rencontrait Joe Molluso plusieurs fois par année, dans les bureaux de Louisbourg Construction, pour discuter de la collusion et s’entendre sur des appels d’offres de complaisance.

« Si j’allais le voir, c’est parce que c’est moi qui avais une demande », a-t-il soutenu. Joe Molluso n’aurait eu « aucune réticence » à le rencontrer. Gilles Théberge aurait croisé Tony Accurso à l’occasion et jamais son compétiteur ne l’aurait questionné sur sa présence dans ses locaux.

Des travaux gratuits pour l’ancien DG de Laval

« À la demande de M. Nadon », Valmont Nadon Excavation inc. aurait offert des travaux extérieurs à l’ancien directeur général de la Ville de Laval Claude Asselin pour sa nouvelle maison « au bord de l’eau » dans le quartier Sainte-Dorothée, en 2008.

Gilles Théberge évalue les travaux entre « 80 000 et 100 000 dollars » mais M. Asselin n’aurait payé que de « 25 000 à 30 000 dollars ».

Témoin collaborateur

En contre-interrogatoire, l’avocat de Tony Accurso a insisté sur le fait que Gilles Théberge a obtenu l’immunité des autorités en échange de son témoignage. Il ne fera donc pas face à des accusations criminelles pour son rôle dans le stratagème de collusion à Laval.

Me Marc Labelle a aussi souligné que le témoin a rectifié des affirmations faites vendredi. Gilles Théberge avait raconté avoir remporté son premier contrat « collusionné » en 1998-1999 pour des travaux d’environ deux millions de dollars sur le boulevard Le Corbusier à Laval, alors qu’il travaillait pour la firme Sintra.

Il disait que Claude Deguise lui avait remis la liste des entreprises intéressées à soumissionner en lui disant: « Tu sais ce que tu as à faire ».

Or, mardi matin, Gilles Théberge a mentionné s’être trompé et ne pas avoir reçu de liste de la part de M. Deguise, cette fois-là. Il a toutefois réitéré qu’il y avait eu collusion.

Le contre-interrogatoire de Gilles Théberge se poursuit mercredi.

Tony Accurso, 66 ans, est accusé de fraude de plus de 5000 dollars, corruption, abus de confiance et complot.

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