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Tony Accurso est un « généreux magnat de la construction », plaide son avocat

L'entrepreneur Tony Accurso a généreusement offert un prêt et quelques voyages au défunt maire de Mascouche, mais jamais de pot-de-vin. Richard Marcotte n'avait de toute façon aucun moyen de le favoriser pour l'octroi de contrats. C'est ce qu'a plaidé l'avocat de l'accusé au palais de justice de Joliette.

Un texte de Geneviève Garon

« C’est un monsieur qui est généreux. Est-ce que ça se peut qu’il ait fait un prêt de 300 000 $ à son ami qui veut investir en immobilier? » C’est la question posée par l’avocat de Tony Accurso dans sa plaidoirie aux jurés pour tenter de le faire acquitter.

Si le chèque de 300 000 $ signé de la main de l’entrepreneur en avril 2008 était un pot-de-vin, l’homme d’affaires aurait vraiment « tout fait pour se faire prendre », estime Me Marc Labelle.

« Qui va payer un pot-de-vin par chèque d’une compagnie qui est impliquée dans des contrats obtenus de la Ville? », demande l’avocat, selon qui Tony Accurso n’a rien fait pour cacher la transaction et éviter d’attirer l’attention des vérificateurs comptables.

Dans son témoignage, l’accusé a affirmé qu’il n’avait jamais fait signer de contrat pour le prêt au politicien et qu’il n’avait jamais été remboursé.

Le patron du groupe Accurso est accusé d’avoir aidé Richard Marcotte à commettre un abus de confiance entre 2006 et 2008. Il lui aurait offert des pots-de-vin pour obtenir des contrats valant des dizaines de millions de dollars.

Des voyages connus de tous

Les trois voyages de Richard Marcotte sur le bateau du « magnat de la construction » n’avaient rien de secret non plus, soutient Me Labelle.

« Tous les témoins en avaient entendu parler. [...] Si c’était louche, est-ce que M. Marcotte s’en serait vanté? », a-t-il demandé.

Personne n’est venu rapporter au tribunal la nature des discussions sur le bateau, en dehors de l’accusé qui a juré n’avoir jamais abordé le sujet des contrats avec le maire.

Pourquoi la poursuite n’a-t-elle pas appelé à la barre des témoins d’autres passagers du Touch, comme la conjointe de M. Marcotte, Shirley Wilkinson, ou l’ancien président de la FTQ Construction Jean Lavallée? Me Labelle veut convaincre le jury de la faiblesse de la preuve contre son client.

Marcotte ne pouvait pas favoriser son ami

« Pas un témoin n’est venu dire que le maire Marcotte est intervenu pour aider son ami Accurso. Pas un. », poursuit la défense, qui affirme que l’élu n’avait pas le pouvoir d’influencer l’octroi de contrats. « Avec tous les pare-feu, même s’il voulait le favoriser, il ne pouvait pas. »Entre les ingénieurs qui font des recommandations, les ministères qui approuvent, les grilles de points, la règle du plus bas soumissionnaire conforme... Me Labelle estime que Richard Marcotte n’aurait pas pu truquer les appels d’offres.

« On parle de soumissions entre 500 et 600 pages. Pensez-vous que ça peut s’arranger avec deux gars qui prennent un verre de vin sur le Touch? », demande-t-il.

Le groupe Accurso a atteint un chiffre d’affaires de plus d’un milliard de dollars en 2009 et les contrats avec la ville de Mascouche ne représentaient que 1,79 % de son chiffre d’affaires. « Ça ne pesait pas lourd dans la balance », soutient Me Labelle qui estime que son client n’aurait pas pris le risque de tout perdre.

Au tour de la poursuite

Vendredi, le jury entendra les plaidoiries de la poursuite.

Me Pascal Grimard tentera de convaincre le jury que Tony Accurso a offert à Richard Marcotte trois séjours sur son bateau et 300 000 $ entre 2006 et 2008 en échange des contrats d’agrandissements avec la Régie d’assainissement des eaux Terrebonne-Mascouche et la Régie d’aqueduc intermunicipale des Moulins.

Le jury devrait commencer ses délibérations lundi.

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