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Tony Accurso ne savait pas que les contrats étaient truqués à Laval

L'homme d'affaires Tony Accurso était tellement occupé par le développement international de son empire qu'il n'avait pas le temps de gérer les chantiers de Laval et ignorait qu'il y avait de la collusion. C'est ainsi que son avocat a résumé sa défense aux jurés, mercredi, au palais de justice de Laval.

Un texte de Genevieve Garon

« [Tony Accurso] n’était pas au courant de la collusion et du traficotage de contrats », a déclaré Me Marc Labelle, avant d’appeler les premiers témoins de la défense.

Il a comparé l’homme d’affaires à un avion volant à « 35 000 pieds » dans les airs, très loin des opérations quotidiennes, alors que ses subalternes étaient à « 15 000 pieds ».

Tony Accurso se concentrait sur le développement de son vaste empire à l’international et laissait les présidents de Louisbourg Construction et Simard-Beaudry gérer les contrats avec la Ville de Laval. Giuseppe (Joe) Molluso, son cousin, et Frank Minicucci auraient été des « meneurs d’hommes ».

« [Ce sont] des hommes de caractère, pas des hommes qui se faisaient dire quoi faire par M. Accurso », a souligné Me Labelle.

Ces personnes de confiance auraient donc très bien pu tremper dans la collusion et payer des ristournes, à l’insu du grand patron, qui n’aurait jamais comploté ni offert le moindre pot-de-vin.

Le style de gestion « Accurso »

« Mon père, quand il mettait quelqu’un en place, il lui faisait confiance. Il n’était pas du genre à poser des questions tous les jours. [...] Ça prenait vraiment un problème majeur pour aller voir mon père », a déclaré Jimmy Accurso, le fils aîné de l’accusé.

L’ingénieur de 43 ans qui a travaillé au sein des entreprises familiales depuis l’adolescence a témoigné que son père a été très occupé à faire « grossir le groupe ». Joe Molluso et Frank Minicucci étaient des hommes d’expérience qui auraient eu le champ libre pour gérer les chantiers et les soumissions, sans avoir à consulter Tony Accurso.

« Jamais, jamais, jamais. » Jimmy Accurso n’avait entendu parler de collusion à Laval avant la perquisition dans les bureaux de l’entreprise en 2013. « Ça m’avait choqué », a-t-il mentionné.

Le procureur aux poursuites criminelles et pénales Richard Rougeau va le contre-interroger jeudi.

Le chiffre d’affaires chaque nuit

« C’est moi qui m’occupais de tout », a déclaré l’ancien directeur général de restaurants et bars qui appartenaient à Tony Accurso, à partir de 1998.

« Je n’appelais pas M. Accurso pour savoir si je pouvais acheter une chaise. Je faisais les dépenses que j’avais besoin de faire pour les entreprises », a déclaré Mario Boyer, selon qui Tony Accurso ne lui posait jamais de questions sur la gestion.

Par contre, il a ajouté que toutes les nuits, les gérants des établissements faisaient parvenir un courriel à l’accusé pour l’informer du chiffre d’affaires de la soirée.

200 000 $ dans le stationnement

Plus tôt dans le procès, un des témoins de la Couronne, Marc Gendron, avait raconté que Tony Accurso lui avait remis 200 000 $ en argent comptant en guise de ristourne pour le maire Gilles Vaillancourt, en 2002.

L’ancien collecteur avait relaté avoir pris les deux enveloppes dans le coffre de la voiture de Tony Accurso, au fond du stationnement de son restaurant L’Onyx.

Mario Boyer a toutefois témoigné que son patron prenait toujours une des six places de stationnement près de la porte d’entrée « sinon il allait dans la rue et pognait un ticket. [...] Tony ne marchait pas. »

D’autres contradictions?

Marc Gendron avait aussi témoigné être allé remettre les enveloppes d’argent de Tony Accurso le soir même au notaire Jean Gauthier, qui collectait pour le parti de Gilles Vaillancourt, le PRO des Lavallois. Il serait allé le rejoindre à une réunion de commissaires scolaires à Laval-des-Rapides.

Or, selon le directeur adjoint de la Commission scolaire de Laval appelé à la barre des témoins, Jean Gauthier n’a pas été élu commissaire et son nom n’apparaît pas dans les procès-verbaux des réunions entre 1999 et 2003.

Jean-Pierre Archambault a soutenu que les rencontres avaient lieu dans le quartier Sainte-Rose. Mais puisqu’elles sont publiques, n’importe qui peut y assister sans que sa présence soit consignée.

La défense fera entendre sept témoins. Tony Accurso, 66 ans, sera le dernier.

Il est accusé de fraude, corruption, abus de confiance et complot.

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