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Tous à l’église avec Charlotte Cardin!

CRITIQUE - L'affiche accrochée sur la façade de l'église unie Saint-James était sans équivoque : « Notre patrimoine religieux, c'est sacré! », pouvait-on lire. Et, en dessous : « Travaux subventionnés par le ministère de la Culture et des Communications ».

Quand on y pense, il y a une certaine logique que les sommes liées aux rénovations de nos lieux de cultes soient déboursées par un ministère à vocation culturelle. Il y a plusieurs siècles, quand les pèlerins se massaient dans les églises, on y entendait déjà de la musique.

De nos jours, une désaffection bien documentée démontre que certains services religieux attirent moins de fidèles que d’antan. Toutefois, comme le veut l’expression populaire, il y a encore du monde à la messe quand cette dernière est essentiellement d’ordre musical. On l’a noté ces dernières années avec Arcade Fire, Louis-Jean Cormier, Ariane Moffatt, Patrick Watson et Cœur de pirate, pour ne nommer que ceux-là.

Cela s’est avéré encore mardi soir, quand Charlotte Cardin s’est installée dans l’église de la rue Sainte-Catherine. Il y avait une « loooongue » file d’attente pour pénétrer dans l’enceinte sacrée dès 19 h 30, ce qui est normal quand un concert est présenté sous une formule d’admission générale. Finalement, c’est exactement comme à la messe. Plus vous arrivez tôt, plus vous êtes près de l’officiant.

Charlotte aux commandes

Cette fois, c’était une femme qui tenait ce rôle. Charlotte Cardin a toutefois pris une approche complètement différente que celle de Klô Pelgag la semaine dernière, lors de son concert à l’église Sainte-Thérèse d’Avila durant le festival Santa Teresa.

Si Klô Pelgag a joué à fond sur le symbolisme religieux (processions de musiciens, costumes, mitre, prêtre), Charlotte Cardin ne s’est pas servie de l’écrin bien particulier où elle se produisait. Petite déception, ici.

Vêtue d’un splendide ensemble d’été de couleur claire, la chanteuse avait disposé trois écrans rectangulaires verticaux derrière elle. Cette touche contemporaine contrastait violemment avec l’immense orgue qui la surplombait, elle et ses musiciens.

En revanche, Cardin s’est fort bien servie de l’acoustique de l’enceinte. La puissance des basses et les frappes de la batterie résonnaient comme autant de coups de tonnerre. Même à gauche, à une dizaine de rangées de la scène, l’effet était bœuf. Je n’ose imaginer ce que ressentaient les spectateurs assis tout en avant.

« Je suis tellement ravie de faire un show à Montréal qui a été sold-out en moins de 45 secondes. Ça fait des mois qu’on attend ça », a déclaré Cardin qui semblait rougir des salves d’applaudissements ou des réactions de la foule. Il fallait voir son visage à l’écoute du « Yeah! » bien senti d’un spectateur après Paradise Motion.

Voix impeccable

Que ce soit en anglais (Big Boy) ou en français (Les échardes), la voix de Cardin était grave, sans être lourde, impeccablement calibrée et envoûtante. Elle a présenté quelques inédites entre les Talk Talk, California et autres Dirty Dirty, notamment une chanson écrite « pour une amie à moi qui n’allait pas bien, mais qui va mieux. Elle prend ainsi un autre sens ».

Elle s’est même excusée d’enchaîner Like It Doesn’t Hurt et Go Flex… dans un lieu sacré.

« Deux chansons de suite avec le mot fuck. Je sais, on est dans une église. Mais après, il n’y a plus de “F word”  », a-t-elle assuré, avec le sourire d’une petite fille qui semblait contente de son mauvais coup.

Les invités à la messe

Du monde à la messe, disais-je plus haut. Et des invités, aussi. Plus qu’on en attendait, en vérité.

Aliocha, tout d’abord. Celui qui a fait les premières parties de Charlotte Cardin lors de ses derniers mois de tournée aux États-Unis et qui a enregistré avec elle Flash in the Pan, l’une des deux chansons proposées en duo. Très convaincant et changement radical d’ambiance après les chansons de Cardin qui reposent sur des claviers et des pulsions qui résonnent au cœur.

Quelques minutes plus tard, c’est une autre habituée des églises, Cœur de pirate, toute de rouge vêtue, qui s’est pointée. Béatrice Martin faisait le lancement de son disque En cas de tempête, ce jardin sera fermé dans une autre salle montréalaise en début de soirée et elle est venue partager Prémonition avec Cardin, qui ne cachait pas son plaisir. Cœur de pirate était aux claviers et les chanteuses interprétaient les paroles en alternance ou en duo, selon les couplets/refrains. Du solide, sourires complices en prime.

Puis, au rappel, c’est Safia Nolin qui a fait son apparition. Les deux femmes ont partagé une nouvelle chanson que « Safia m’a envoyée cette semaine », a précisé Cardin. Une œuvre bilingue livrée de façon un peu hésitante, mais avec passion. Ça coulait mieux pour Faufile, qui a mis un terme à la soirée.

Charlotte Cardin poursuit sa tournée de lieux liturgiques avec un concert mercredi soir à l’église Sainte-Thérèse d’Avila (Sainte-Thérèse) et un autre, jeudi, à l’église Saint-Jean-Baptiste (Montréal). Parions qu’elle va encore attirer des tas de fidèles…

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