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Trains de banlieue en retard, passagers exaspérés

Les usagers du train de banlieue trouvent l'hiver bien difficile, cette année, dans le Grand Montréal : les retards sont aussi longs que fréquents sur les six lignes du Réseau de transport métropolitain (RTM), qui rejette la faute sur la météo.

Un texte de Jérôme Labbé

Cela entraîne des difficultés pour « des centaines de travailleurs, matin et soir », nous écrit Stéphane Vachon, de Deux-Montagnes. « Aujourd'hui, par exemple, certains sont restés une heure dehors à -30 degrés, sans abri, pour attendre le train! »

Et il ne s'agit pas d'un cas isolé.

Lundi matin, Katherine Bertrand, qui embarque sur la ligne Vaudreuil-Hudson à la station Pincourt, a « encore » attendu 40 minutes entre les stations Vendôme et Lucien-L'Allier, une situation qui se répète fréquemment depuis un mois, dit-elle. Son train a beau partir de Pincourt à 6 h 47, elle est rarement au centre-ville avant 8 h 30. « Dès qu'il neige, il faut jouer aux devinettes pour savoir à quelle heure on arrivera au travail. »

« Notre réseau de trains de banlieue vit un début d’année éprouvant en matière de service et de ponctualité », reconnaît le directeur général des opérations du RTM, Stéphane Lapierre, dans un message aux usagers publié sur le site web du Réseau.

M. Lapierre attribue surtout ces ennuis aux « conditions météorologiques extrêmes » de l'hiver en cours. « Les grands écarts de température, le mélange persistant de fortes bourrasques de vent, de froid et d’importantes accumulations de neige ont eu un impact majeur sur le bon déroulement de nos opérations en déclenchant toute une série de problèmes sur notre matériel roulant et sur les infrastructures », explique-t-il.

« Plusieurs aiguillages, même s’ils sont chauffés automatiquement, ont gelé en raison des forts vents qui repoussaient constamment la neige sur les rails et les aiguillages, poursuit-il. Bien que les aiguillages aient été déneigés régulièrement, les équipes de train devaient tout de même les manipuler manuellement, une manoeuvre qui peut prendre jusqu’à 20 minutes. »

Des usagers en colère

Ces arguments peinent toutefois à convaincre Violaine Dompierre, une résidente de Deux-Montagnes âgée de 48 ans.

« Ils répètent que ce sont des problèmes d'aiguillage en raison parfois du froid, parfois du verglas, parfois de rien du tout. Il arrive qu'un ou deux trains soient retirés, que des wagons manquent. Et souvent, on n'a pas de message. On poireaute. C'est un peu le chaos. Que se passe-t-il? [...] Incompétence? Flotte trop vieille? Mauvais hasards? Chose certaine, la communication, elle, est définitivement déficiente. À 165 $ par mois, on devrait ressentir un minimum d'empathie de leur part », juge-t-elle.

Les tarifs du RTM varient d'une zone à l'autre et en fonction des types d'usagers (enfants, étudiants, adultes, aînés...). Ils oscillent entre 57 $ et 263 $ par mois.

Mme Dompierre dit s'ennuyer de l'Agence métropolitaine de transport (AMT), qui gérait les trains de banlieue avant la réforme du transport collectif dans la région métropolitaine. Cette réorganisation a mené à la création du RTM et de l'Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), qui coordonne les activités du RTM avec celles des sociétés de transport de Montréal (STM), de Laval (STL) et de Longueuil (RTL).

« [Le] RTM multiplie les retards alors qu'en 20 ans avec l'AMT, je peux compter sur le bout de mes doigts le nombre de retards que j'ai subis, écrit Mme Dompierre. Le train était de loin le moyen de transport le plus fiable. C'était avant. »

Et la situation est loin de se résorber. Lundi après-midi, le RTM annonçait sur son compte Twitter qu'un départ en direction de Deux-Montagnes avait été annulé et que deux autres circuleraient « avec 8 voitures au lieu de 10 », une situation vécue dans le sens inverse le matin même par Ivan Lu à la station Sunnybrooke. « Personne n'a pu monter à bord à l'arrêt suivant, c'était trop plein », a-t-il raconté à CBC, le réseau anglais de Radio-Canada.

Par-dessus le marché, son train a dû s'arrêter durant 10 minutes en raison d'une urgence médicale. Les portes du train sont demeurées ouvertes pendant toute la durée de l'intervention, dit-il. « Tous les usagers du train étaient gelés. »

Dans la section des commentaires de l'article de CBC, Jeff Alexander rapporte qu'il se trouvait dans le même train, celui parti de Deux-Montagnes à 7 h 37. Il raconte qu'au moins deux autres personnes ont ressenti des malaises dans son wagon. « Lorsque le nombre habituel d'usagers est entassé dans 8 wagons au lieu de 10, faut-il se surprendre de voir que les passagers, qui s'entassent à trois de large dans les allées, sont victimes d'étourdissements ou de symptômes similaires? » demande-t-il.

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