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Traitement de la leucémie : une méthode au « potentiel énorme » à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont

Guérir la leucémie à l'aide de cellules qui la combattent directement : c'est un des projets du Centre d'excellence en thérapie cellulaire de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, où une étude doit débuter prochainement avec des patients sans grand espoir de survie.

Un texte d'Anne-Marie Provost, de Grand Montréal

ICI Radio-Canada a pu visiter ce centre en pleine expansion, qui fait partie des plus grands centres de thérapie cellulaire et de médecine régénératrice au monde. L'établissement nous a ouvert ses portes la semaine dernière.

Son directeur scientifique, le Dr Denis Claude Roy, souligne que développer des cellules pour s'attaquer au cancer est une méthode « nouvelle et extrêmement puissante », qui a « un potentiel énorme ».

« Le but est de sauver des vies, pas juste d'amener une palliation, mais d'être curatif. C'est sûr qu'on est au début et c'est nouveau. Mais on peut sauver des vies dans le prochain protocole », affirme-t-il, en parlant du projet de recherche sur la leucémie développé par le Dr Claude Perreault, avec qui il travaille.

Une leucémie est habituellement traitée avec une chimiothérapie, une radiothérapie et une greffe de la moelle osseuse. Mais les risques de rechute, mortels, sont présents. Selon le Dr Roy, le risque est de 10 % à 30 %, dépendamment de l'agressivité du cancer. 

Le principe est de prendre des cellules du système immunitaire d'un donneur afin d'y sélectionner celles qui peuvent reconnaître des molécules retrouvées à la surface des cellules leucémiques. Le centre de thérapie cellulaire fera pousser ces cellules afin d'en avoir suffisamment pour traiter un malade. Elles seront ensuite injectées à des patients avec une leucémie qui ont rechuté après une greffe de cellules souches.

Ce projet est actuellement en train d'être finalisé et devrait être approuvé par Santé Canada dans quelques mois. Il comportera trois phases de test. Les essais cliniques toucheront une vingtaine de patients dans la première phase.

Cela prendra toutefois quelques années avant que cette nouvelle méthode soit commercialisable, dépendamment de l'efficacité du traitement. Selon le Dr Roy, le cancer du sang sera le premier cancer au Québec qui pourra être combattu grâce à l'immunothérapie. Ce champ de traitement, en pleine expansion, est plus développé en Europe, mais l'Amérique du Nord fait des avancées, indique le Dr Roy.

Des technologistes médicaux analysent la qualité des greffons. Photo : Radio-Canada/Anne-Marie Provost

Rétablir le système immunitaire

Au total, ce sont plus de 100 patients qui profiteront de ce projet en voie d'être accepté et de quatre autres approuvés par Santé Canada dans les six derniers mois.

Le centre de quatre étages, ouvert en 2013, est spécialisé dans la manipulation de cellules humaines à des fins thérapeutiques, nous a-t-on expliqué lors de notre visite.

Au premier étage, plusieurs technologistes médicaux en mouvement manipulent des greffons de cellules souches. Plus bas, au sous-sol, on retrouve le laboratoire de qualité, où du contrôle de qualité et des tests sont faits avant les injections aux patients.

Les greffons sont ensuite entreposés dans un des cinq congélateurs à température de -196 degrés Celsius. Une fumée blanche, causée par l'azote, s'échappe quand on les ouvre. 

Les greffons sont congelés dans des cuves azotées à température de - 185 degrés Celsius. Photo : Radio-Canada/Anne-Marie Provost

Les cellules sont cultivées dans des salles blanches à environnement très contrôlé pour être multipliées afin d'obtenir un greffon enrichi. Le système de ventilation, impressionnant et réparti sur les deux étages supérieurs, recycle l'air chaque minute.

Le centre comporte 13 salles blanches. Ce sont des aires contrôlées où les cellules sont cultivées pour obtenir un greffon enrichi. Photo : Radio-Canada/Anne-Marie Provost

« Nous pouvons cultiver des cellules pendant quelques semaines. Nous allons obtenir un produit cellulaire que nous allons pouvoir infuser à un patient et qui va lui redonner un système sanguin et immunitaire capable de combattre des maladies qu'il est à risque d'avoir », explique Martin Giroux, directeur des opérations du centre.

La majorité de leurs patients sont des gens qui ont subi un traitement de chimiothérapie et radiothérapie, qui a éradiqué les cellules cancéreuses mais également les cellules souches. Il faut donc les rétablir.

Ce genre de traitement est routinier pour l'hôpital depuis plusieurs années. La mise sur pied du centre a toutefois ouvert la porte à des manipulations de plus haut calibre et à des innovations, qui permettent de sélectionner les bonnes cellules et d'éliminer les mauvaises avant une injection.

« Nous allons avoir un produit qui répond beaucoup mieux aux besoins du patient. Ce sont des avancées qui viennent directement de la recherche fondamentale. Le chercheur vient nous voir pour appliquer sa méthode sur l'être humain, et ensuite, nous allons voir Santé Canada pour faire approuver le projet », expose Martin Giroux.

Martin Giroux, directeur des opérations du Centre d'excellence en thérapie cellulaire de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. Photo : Radio-Canada/Anne-Marie Provost

Remplacer les médicaments

Un des buts du centre est de remplacer les médicaments par l'injection de cellules, plus efficaces et qui ne reproduisent pas les effets secondaires des médicaments.

Le Dr Imran Ahmad vient d'entamer une étude sur des patients pour traiter les complications de la maladie du greffon contre l'hôte, une complication majeure de la greffe de cellules souches. Elle peut affecter jusqu'aux trois quarts des patients ayant reçu une greffe de moelle osseuse. Cette maladie survient quand des cellules injectées à un patient attaquent ses organes, ce qui peut aller jusqu'au décès.

Le centre va prélever des cellules sanguines et les envoyer au laboratoire afin de les débarrasser des cellules qui causent la maladie et les enrichir en cellules « régulatrices ». On veut ensuite injecter le produit de façon répétée au patient, pour essayer de calmer la réaction de rejet. La stratégie est donc de modifier le greffon sans avoir à donner de médicaments au patient. « C'est un traitement peu toxique et, on l'espère, efficace », souligne Imran Ahmad. L'étude aura lieu dans six centres au Canada. 

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