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Transformer des attaches à pain en fauteuils roulants, oui, ça existe!

Depuis 25 ans, Clermont Bonnenfant est l'homme derrière le mythe de la collecte des attaches à pain et de languettes de canettes qui se transforment en fauteuils roulants pour les plus démunis. Portrait.

Un photo-reportage de Jean-Philippe Guilbault

Au fil des ans, M. Bonnenfant a su développer un impressionnant réseau pour recueillir ces objets plutôt inusités du quotidien; il a maintenant des ramifications jusqu'en Floride.

Au total, 305 fauteuils roulants ont été donnés grâce à la collecte d’objets divers recyclables. Cela représente environ 317 200 000 languettes d'aluminium récupérées.

« Et je ne compte même pas les cannes et les marchettes », souligne Clermont Bonnenfant, 59 ans, avant de commencer l’une de ses tournées quotidiennes des différents commerces de la Rive-Sud.

Tous les jours depuis 1992, il récolte les attaches à pain, les languettes de canettes, les piles électriques et les lunettes pour les recycler et financer l’achat de fauteuils roulants qu’il offre ensuite gratuitement.

Selon ses estimations, il lui faut 26 sacs de 14 kilos pour acheter un fauteuil roulant standard et 86 sacs pour une version électrique. Chaque sac contient environ 40 000 languettes.

Pour atteindre une telle somme, il peut compter sur 74 points de dépôt répartis sur la Rive-Sud et l’île de Montréal : des centres pour personnes âgées, des écoles et des restaurants. Même des vacanciers en Floride y participent en ramenant au pays des sacs remplis d'attaches à pain et de languettes de canettes.

Les attaches et languettes sont ensuite triées chez lui pour séparer l’aluminium du fer, puis acheminées vers une entreprise qui s’occupe du recyclage à un taux préférentiel de 0,70 $ la livre d'aluminium, compte tenu de la nature caritative du travail de Clermont Bonnenfant.

Ce dernier ne veut d’ailleurs pas nommer cette entreprise pour ne pas perdre ce taux privilégié.

Bon samaritain accidenté

C’est en 1986 que la vie de Clermont Bonnenfant a basculé. Alors âgé de 26 ans, il est happé sur sa moto par un automobiliste. Après 13 mois à l’hôpital et une vingtaine d’opérations, il devient semi-paralysé, mais décide de passer le reste de sa vie à redonner au suivant.

Sur son quadriporteur – qu'il appelle affectueusement son « Harley » – ou en autobus, M. Bonnenfant parcourt la Rive-Sud été comme hiver.

En 2003, il remporte le Prix pour l’entraide remis par la gouverneure générale du Canada, Adrianne Clarkson, et, en 2012, la médaille du jubilé de diamant de la reine.

« Il est quand même très aimé par ici », souligne Marie-Ève, une serveuse dans un restaurant de déjeuner où M. Bonnenfant récolte des attaches à pain.

D’ailleurs, lors de ses déplacements à Longueuil, plusieurs personnes le saluent ou lui donnent directement des languettes d’aluminium ou des attaches de plastique.

« C’est extraordinaire ce [qu’il] fait pour les chaises roulantes, s’exclame un couturier de la place Longueuil qui collabore avec M. Bonnenfant depuis au moins 15 ans. Peut-être qu’un jour c’est moi qui en aura besoin d’une! »

Bénévole tous les jours – il collecte même les attaches le dimanche, après la messe –, le Longueuillois n’est pas prêt d’arrêter.

« Ça me garde occupé. Ça m’empêche de faire des mauvais coups », philosophe-t-il en souriant.

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