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Traverser la frontière par grand froid en poussette

Un couple syrien et sa fille de trois ans ont été arrêtés à Hemmingford, près du poste frontalier de Lacolle, samedi matin, alors qu'ils tentaient illégalement de traverser à pieds la frontière séparant les États-Unis du Canada – un phénomène qui s'amplifie dans plusieurs autres provinces canadiennes, dont le Manitoba, qui a pour sa part secouru une cinquantaine de ces clandestins dans la dernière semaine.

Après avoir été avisés par les officiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de leur arrestation imminente s’ils franchissaient la frontière, les membres de la famille ont pénétré en territoire canadien pour réclamer un statut de réfugié. Transférés au centre d'immigration Canada, à Laval, ils seront libérés d'ici 48 heures, avec l'indication de venir comparaître devant la commission de l'immigration.

Ce chemin, ils n'ont pas été les seuls à l'emprunter. De nombreux demandeurs d'asile bravent le froid pour trouver refuge au Canada, témoigne François Doré, un ancien agent de la Sûreté du Québec. « C’est un phénomène qui est en augmentation », constate-t-il, assurant avoir vu passer bon nom de familles clandestines devant chez lui.

C'est d'ailleurs le Québec qui a subi la plus forte augmentation, selon la Gendarmerie royale du Canada.

Le maire d'Hemmingford, Paul Viau, précise pour sa part que les tentatives se font presque quotidiennement, mais que les réfugiés clandestins sont habituellement rapidement appréhender par les agents de la GRC.

Ils veulent qu'on les repère. Ils ne se cachent pas. Ils veulent se faire prendre. Honnêtement, je suis désolé pour eux.

Le maire d'Hemmingford, Paul Viau

Le Canada tenu d'entendre les immigrants clandestins

En vertu de la Charte canadienne des droits et libertés et du droit international des réfugiés, le Canada est dans l’obligation d’entendre toutes les demandes d’asile, et ce, sans égard à la légalité de l’entrée au pays.

Selon Stéphane Handfield, avocat spécialisé en immigration, la majorité de ceux qui arrivent au Canada par des voies illégales ne le font pas nécessairement parce qu’ils ont quelque chose à cacher, mais parce que leur demande serait autrement jugée irrecevable. « Certains nous disent ouvertement qu’ils ont fui les États-Unis en raison de la politique du gouvernement Trump », explique-t-il.

Les avocats qui sont mandatés pour recevoir les appels des réfugiés lorsqu’ils arrivent au pays ont par ailleurs remarqué une recrudescence des cas, poursuit-il.

On voit même que la Commission de l’immigration et du statut de réfugiés, le tribunal qui entend les demandes d’asile, est débordée. Beaucoup de dossiers doivent être remis faute de commissaire disponible pour les entendre.

Stéphane Handfield, avocat spécialisé en immigration

L'effet Trump

Le nombre de migrants qui traversent illégalement la frontière canado-américaine dans l'espoir de demander asile ne cesse d’augmenter depuis l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis.

Selon l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), les demandes d’asile ont augmenté de janvier 2014 à janvier 2016, passant de 46 requêtes à 452.

En décembre dernier, plus de 305 demandeurs d’asile ont traversé illégalement la frontière canado-américaine, a indiqué l’ASFC.

Hausse des demandes au Manitoba

Le nombre de migrants qui traversent la frontière manitobaine à pieds a spécialement augmenté de façon spectaculaire au cours des derniers mois. Une cinquantaine de clandestins ont franchi la frontière près de la ville d'Emerson dans la dernière semaine, dont 27 pour la seule journée de samedi.

« Rien qu’en janvier, nous avons ouvert une quarantaine de dossiers », souligne la directrice générale du Conseil multiconfessionnel d’aide à l’établissement des immigrants au Manitoba (CMAEIM), Rita Chahal.

Depuis avril 2016, le CMAEIM a ouvert 270 dossiers de réclamations du statut de réfugié. La grande majorité d’entre eux concerne des gens qui sont arrivés depuis l’automne.

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