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Tuerie en milieu scolaire : mesures québécoises pour éviter que des jeunes passent à l'acte

Deux personnes ont été tuées vendredi dans une université américaine du Michigan. Un événement qui survient deux semaines à peine après la fusillade en Floride, qui a fait 17 morts. Quelles sont les mesures en place pour éviter que des jeunes potentiellement violents passent à l'acte?

Un texte de Marie-Claude Morin

Des tragédies du genre sont moins fréquentes au Québec, quoiqu'il y a eu la tuerie de Polytechnique et la fusillade de Dawson.

Débusquer des menaces avant qu'elles ne se concrétisent, c'est tout sauf simple. Quand la personne enfreint la loi, par exemple en proférant des menaces de mort, les policiers peuvent prendre des mesures en vertu du Code criminel.

Le problème, c'est quand la menace n'est pas claire, mais que les propos suscitent néanmoins une inquiétude.

« Il y a quand même des choses qui peuvent être faites. Les agents sociocommunautaires, les agents des postes de quartier ou même les enquêteurs du SPVM pourraient rencontrer la personne en question pour lui demander de préciser ce qui se passe et essayer de cerner la problématique », assure le sergent Laurent Gingras des relations médias au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Quand le drapeau rouge concerne un adolescent, il s'agit de départager les vrais cas à problèmes des crises existentielles normales. Il faut prioriser les besoins réels, résume le médecin psychiatre responsable de l'unité des adolescents à l'Institut Philippe-Pinel, à Montréal, Louis Morissette.

« Il faut connaître l'enfant ou l'adolescent qui tient ces propos menaçants. Prendre le temps avec lui. L'écouter, pas tellement poser des questions, mais l'écouter et mieux le connaître. À ce moment-là, on va pouvoir identifier ceux sur qui on doit intervenir plus intensément », développe-t-il.

Dans les cas plus graves, un suivi par des spécialistes doit être mis en place et, idéalement, sans sortir le jeune de l'école, selon le Dr Morissette. « Parfois, c'est nécessaire de les renvoyer de l'école, mais je pense que c'est utilisé beaucoup trop souvent. Or, ça isole davantage l'adolescent, ça ne fait qu'empirer la situation et nous met encore plus à risque. »

Quand rien ne va plus

Entre autres pouvoirs, la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) a celui d'intervenir quand on lui signale qu'un jeune représente une menace pour les autres. La priorité est de maintenir l'adolescent dans son milieu, selon la chef du service de l'accueil à la DPJ du CIUSSS Centre-Sud de l'île de Montréal, Annie-Claude Bibeau.

Les placements s'effectueront plutôt en dernier recours. « Si on voit que le parent a essayé de mettre plein de moyens, mais qu'on a vraiment un jeune qui s'oppose, qui n'est pas du tout collaborant, et qui continue à se mettre en danger ou à mettre la sécurité d'autrui en danger, on va pouvoir retenir un signalement. On va aller rencontrer l'adolescent et ses parents pour comprendre ce qui se passe. Selon le risque à gérer, peut-être qu'on va devoir retirer l'enfant de son milieu et le mettre dans un centre de réadaptation. Mais on va principalement tenter de travailler avec la famille en apportant de l'aide intensive », explique-t-elle.

La DPJ peut, par exemple, envoyer un éducateur plusieurs fois par semaine chez l'adolescent pour des suivis ou encore installer le jeune chez des proches autres que ses parents.

Si elle opte pour un centre de réadaptation, elle devra obtenir l'aval du tribunal de la jeunesse après 48 heures.

Éviter d'en arriver là

La Commission scolaire Marguerite-Bourgeois, dans l'ouest de l'île de Montréal, a adopté une approche proactive. « On essaie de travailler en amont, d'éviter que des situations prennent de l'ampleur, notamment en enseignant les comportements acceptables », indique une psychoéducatrice et conseillère pédagogique en adaptation scolaire, Julie Morin.

La Commission distribue des guides dans les écoles, question d'aider les adultes à désamorcer les conflits et les crises. Elle offre aussi du renfort aux spécialistes des différentes écoles.

« On a une équipe de psychoéducateurs qui se déplacent, justement pour des élèves qui présentent des défis un peu plus importants en matière de socialisation, entre autres. On va renforcer avec l'équipe-école un plan d'intervention pour ces jeunes-là, offrir une aide plus individualisée. On va aussi renforcer la collaboration avec les parents et avec nos partenaires externes, comme les agents sociocommunautaires, les services sociaux et parfois les services de la santé », explique Mme Morin.

Lorsque ce n'est pas suffisant, l'élève est transféré au Phare, un centre spécialisé où il étudiera durant quelques semaines ou quelques mois. Avec les intervenants, plus nombreux qu'ailleurs, il apprendra à gérer colère, frustration, stress et anxiété.

« On va travailler sur une base quotidienne les mêmes interventions qu'on avait mises en place dans leur école régulière, mais avec une fréquence et une intensité un peu plus importantes. Toujours dans un objectif de les outiller dans leur capacité à faire face à des situations sociales », précise Julie Morin. Après quelque temps, les élèves retournent dans leur école.

Impossible risque zéro

Même avec tous ces filets, certaines menaces peuvent passer entre les mailles.

Chez Macadam Sud, un organisme de Longueuil qui aide les 12-35 ans, on en a vu des gens désespérés. Intervenante depuis 30 ans, la coordonnatrice clinique Nathalie Bergeron tente de rester toujours aux aguets. Elle reconnaît toutefois que certaines personnes refusent toute aide ou déjouent les intervenants.

Et la nature humaine reste bien difficile à cerner. « On ne connaît personne à 100 %, donc on ne sait pas comment la personne va réagir. On peut quitter la personne en pensant qu'elle est correcte et elle peut exploser cinq minutes après. L'être humain est imprévisible », conclut-elle.

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