Répliquant à l'offensive de l'industrie du taxi contre Uber, les dirigeants de l'entreprise de covoiturage urbain contre-attaquent. Uber demande à ses usagers de talonner les politiciens québécois pour qu'ils légalisent leur service.

« II est temps de faire entendre votre voix pour vous assurer que Uber demeure à Montréal! », peut-on lire dans le courriel qu'Uber a fait parvenir à ses usagers montréalais ce matin. Le directeur général d'Uber Québec, Jean-Nicolas Guillemette, invite ses clients à faire pression sur les politiciens de l'Assemblée nationale pour qu'ils régularisent la situation de l'entreprise au Québec.

« On a des centaines de milliers d'utilisateurs qui ont téléchargé l'application à Montréal, on a des milliers de partenaires chauffeurs », explique M. Guillemette en entrevue à Radio-Canada. « Ce que l'on veut, c'est qu'ils fassent entendre leur voix. »

M. Guillemette soutient que des Montréalais ont abandonné leur voiture grâce à son service et que d'autres ont trouvé du travail en devenant chauffeur après avoir perdu leur emploi. Il souhaite que le gouvernement du Québec légifère pour légaliser les activités de son entreprise.

L'offensive politique d'Uber Québec ne surprend pas l'un des dirigeants de la nouvelle entreprise de l'homme d'affaires Alexandre Taillefer - Taxelco - Patrick Gagné. C'est même une stratégie employée dans plusieurs villes où l'entreprise rencontre de l'opposition, a indiqué M. Gagné sur les ondes de Radio-Canada.

« À New York et Washington, il y a eu de la pression auprès de la mairie par les utilisateurs d'UberX qui sont en faveur du service », précise-t-il.

Sans taxe ni permis

Citant en exemple les avancées réalisées dans le dossier de l'hébergement illégal Airbnb, M. Guillemette réclame des aménagements législatifs afin de permettre l'activité de ses chauffeurs. « Le gouvernement est en train de revoir la réglementation dans l'hôtellerie pour accepter Airbnb, on souhaite que la même chose se fasse [dans l'industrie du taxi]. »

Uber refuse toutefois de verser des taxes sur les courses ou de payer des permis de taxi, une avenue que Airbnb a accepté d'emprunter. « Nous ne sommes pas une entreprise de taxi », réitère M. Guillemette en entrevue à ICI RDI. « Tous les chauffeurs-partenaires paient déjà des taxes, ils paient des impôts sur leurs revenus », plaide M. Guillemette. « Ils ne paient pas de permis de taxi, c'est un domaine qui est différent. »

M. Guillemette considère qu'Uber offre un service complémentaire qui ne concurrence pas l'industrie du taxi, mais l'utilisation de la voiture par un passager unique. Il compare son entreprise aux autres services de transport comme les vélos Bixi ou les véhicules de Car2Go, Communauto, le métro et l'autobus.

Un argumentaire réfuté par M. Gagné. L'associé de Taxelco estime qu'UberX constitue une forme de concurrence déloyale pour l'industrie du taxi. « UberX permet des tarifs plus bas [que le taxi] parce que ses chauffeurs ne paient pas de permis en bonne et due forme comme le prévoit le cadre réglementaire », déplore-t-il.

M. Gagné rejette l'utilisation du terme « covoiturage » pour désigner le service offert par UberX. Il estime que la notion de covoiturage commercial constitue une contorsion sémantique pour échapper à la loi régissant l'industrie du taxi.

Ce qui définit le covoiturage, selon M. Gagné, c'est lorsque le conducteur d'un véhicule décide de son trajet et fait monter des passagers qui s'en vont dans le même secteur. « UberX est un service de chauffeurs amateurs "dispatchés" par un service de technologie, qui est Uber », explique-t-il.

Un jugement favorable à Uber

S'appuyant sur un jugement de la Cour supérieure de l'Ontario, qui stipule qu'Uber n'est pas un service de taxi traditionnel, M. Guillemette soutient que l'entreprise est là pour de bon. « C'est un mouvement de société [...], avance-t-il. Ce que l'on souhaite c'est de continuer à collaborer avec le gouvernement, créer une nouvelle entente et un nouveau cadre réglementaire. »

« La Cour supérieure [de l'Ontario] a légiféré en faveur du covoiturage, ce qu'Uber n'est pas », poursuit M. Gagné.

Le ministre des Transports du Québec, Robert Poëti, a toutefois clairement indiqué que le service Uber était illégal au Québec. Il a répété à maintes reprises que le service d'Uber constitue un transport illégal, car les citoyens qui se transforment en chauffeurs de taxi n'ont ni permis de taxi, ni d'immatriculation commerciale. Le ministre craint aussi pour la sécurité des utilisateurs et affirme que des compagnies d'assurance lui ont fait part de leurs inquiétudes quant à la couverture des membres d'Uber en cas d'accident.

M. Poëti a réuni plusieurs intervenants de l'industrie du taxi afin de les exhorter à moderniser leurs activités, notamment en rendant le paiement par carte de crédit ou bancaire obligatoire. Il souhaite ainsi que l'industrie du taxi coupe l'herbe sous le pied à la multinationale américaine.

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