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Un adolescent « sans histoire » aurait tué par « orgueil »

C'est un événement très rare à la Chambre de la jeunesse de Montréal : un adolescent de 17 ans subit un procès devant jury, accusé d'avoir poignardé à mort un jeune de 15 ans, en 2016. Les principaux acteurs du drame n'auraient rien de caïds.

Un texte de Geneviève Garon

« C'est une histoire d'adolescents sans histoire », a résumé la procureure aux poursuites criminelles et pénales Annie-Claire Perron, dans sa déclaration d'ouverture au jury, mardi.

Dans le box des accusés, l'adolescent accusé de meurtre non prémédité a retiré ses lunettes pour s'éponger les yeux. Grand, les cheveux châtains, portant un complet bleu marin et une chemise lilas, il pleurait en écoutant la version des événements présentée par la Couronne. Sa mère était assise dans la première rangée de la salle d'audience.

« Peut-être que vous vous êtes dit ce matin: "On va venir entendre parler de drogue, d'alcool, de règlements de compte, de gangs de rue..."Je vous assure, loin de là. Notre histoire ne va pas traiter de ces sujets », a expliqué Me Perron aux trois femmes et neuf hommes qui forment le jury.

Derrière elle, le père de la victime fixait souvent le sol, penché vers l'avant, semblant atterré.

« En fait, ce sont des adolescents qui se sont laissés emporter par leur orgueil, leur agressivité, leur impatience... a poursuivi Me Perron. Et je vous dirais que c'est surtout le mauvais choix que l'accusé a fait de prendre un couteau qui lui a été remis par un de ses amis, de l'utiliser, résultant de la triste mort de [la victime]. »

Une banale dispute tourne au drame

Le 28 octobre 2016, l'accusé, alors âgé de 16 ans, se rend dans une fête au Centre communautaire Elgar, à l'Île-des-Soeurs avec trois amis. L'un d'eux apporte un couteau.

À leur arrivée, le portier improvisé, un autre adolescent, refuse de laisser passer l'un des amis en lui parlant de manière « agressive ».

L'accusé s'adresse à son copain en lui rappelant qu'ils ont un couteau. « Tu ne devrais pas te laisser faire comme ça », aurait-il dit.

Une altercation survient alors entre l'accusé et une fille qui les accompagne. Il finit par lui donner un coup de tête et partir. Son ami lui remet son couteau.

Un coup de couteau au thorax

Le petit ami de la fille blessée décide alors de s'en mêler. Il part à la recherche de l'accusé et court derrière lui. L'accusé se retourne et le poignarde au thorax, une fois. Le jeune homme de 15 ans « s'écroule au sol ». Son décès est constaté peu après à l'Hôpital de Montréal pour enfants.

Le couteau à cran d'arrêt, d'une longueur totale de 18,5 cm, est retrouvé en bas des escaliers d'un immeuble situé non loin du lieu du drame. Il est taché du sang de la victime.

Le technicien en scène de crime Steve Robitaille a affirmé qu'aucune empreinte digitale n'a été retrouvée sur le couteau.

Deux chandails maculés de sang, un gris et un blanc, ont été retrouvés près d'un muret de béton où la victime s'est écroulée. Ils avaient une lacération d'environ quatre centimètres au niveau du thorax.

Des blessures au visage de l'accusé?

Un deuxième technicien de scène, Denis Provencher, a effectué des prélèvements sur les mains et sous les ongles de l'accusé.

En contre-interrogatoire, l'avocat de la défense, Me Tiago Murias, a insisté sur le fait que l'accusé semblait avoir des hématomes au visage, sur les photos prises au lendemain du drame, après son arrestation. « Avec l'angle de la lumière, on peut voir qu'il y a quelque chose », a reconnu M. Provencher.

Parmi les admissions faites à la Cour, la défense reconnaît que l'accusé tenait le couteau qui a atteint la victime.

Des adolescents appelés à la barre des témoins

La Couronne a annoncé qu'elle fera entendre douze témoins, dont plusieurs mineurs. L'horaire des témoignages a été ajusté en fonction de leurs examens de fin d'année.

Le procès doit durer cinq semaines. Lorsque la preuve de la Couronne sera close, l'avocat de l'accusé annoncera s'il présente une défense.

La Loi sur le système de justice pénale pour adolescents interdit de nommer l'accusé. Il est également interdit d'identifier la victime et tout témoin mineur.

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