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Un bâtiment patrimonial du quartier chinois de Montréal détruit par un incendie

Une quarantaine de camions et plus de 120 pompiers ont été appelés pour combattre le brasier, au plus fort de l'opération. L’édifice de quatre étages, d’une valeur patrimoniale indéniable, était en réfection. Il a été complètement détruit par les flammes.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a confirmé que l'enquête avait été transférée à la division des incendies criminels.

Selon les informations dont disposaient les pompiers, le bâtiment du quartier chinois, situé au 974, boulevard Saint-Laurent, à l'angle de l’avenue Viger, était considéré comme dangereux en raison de l’état du plancher. Les pompiers n’ont pas pu pénétrer à l'intérieur pour des raisons de sécurité.

Des équipements lourds doivent poursuivre le travail. Une grue est arrivée en milieu de nuit et a entrepris un peu après 4 h la démolition du mur en façade, très instable, une condition nécessaire pour éteindre complètement l'incendie.

L'édifice doit ensuite être complètement rasé. Les pompiers resteront sur place après la démolition jusqu'à ce que tout danger pour la population ait été écarté.

L'incendie n'a fait aucun blessé, puisque l'édifice était vide quand le feu s'est déclaré.

Cinq alertes

Les pompiers ont été dépêchés sur les lieux vers 11 h 20 jeudi et, à leur arrivée, les flammes étaient déjà bien visibles, a expliqué le chef aux opérations au Service de sécurité incendie, Yvon Daunais.

Il s'agissait d'une cinquième alerte, soit l'état d'alerte maximale, ce qui est relativement rare de nos jours à Montréal, selon M. Daunais. Il a ajouté qu'il n’avait pas été facile d’apporter les véhicules ni les ressources d’eau suffisantes sur les lieux.

La propagation des flammes aux autres bâtiments a été limitée. Le brasier s'est cependant propagé au 970, boulevard Saint-Laurent, un édifice commercial de trois étages.

Le Service de police de la Ville de Montréal a établi un important périmètre de sécurité, ce qui a notamment entraîné la fermeture de l'avenue Viger, entre le boulevard Saint-Laurent et la rue Saint-Denis. La sortie Saint-Laurent sur l'A-720, en direction est, a également été fermée à la circulation.

Des travaux de réfection suspendus

Des permis avaient été accordés pour aménager un restaurant et une mezzanine ainsi que restaurer la façade de l'édifice Robillard. La Commission de la construction du Québec avait suspendu les travaux en 2015.

L'entreprise propriétaire du bâtiment faisait l'objet d'une hypothèque légale de la part des fournisseurs non payés et de Revenu Québec.

Évalué à 3 millions de dollars, l'édifice Robillard appartenait aujourd'hui à Qin Zhu, de Châteauguay, et à Tian Tian Ni, de Montréal.

Un important « morceau d'histoire »

Un premier film a été projeté le 27 juin 1896 dans l'édifice Robillard, où était situé le Gaiety Museum & Theatorium, selon le Centre d'histoire de Montréal.

« L'édifice était un morceau très important de l'histoire du 19e siècle », dit Dinu Bumbaru, d'Héritage Montréal, ajoutant que sa valeur historique ne se mesure pas.

Un bâtiment patrimonial, ça ne se remplace pas. On le perd une fois.

Dinu Bumbaru, Héritage Montréal

Dinu Bumbaru regrette notamment la perte d’un bâtiment doté d’une très belle architecture, qui témoignait de la reconstruction du boulevard Saint-Laurent à la fin du 19e siècle.

Héritage Montréal attendait beaucoup des travaux de réfection qui étaient en cours afin de donner une seconde vocation commerciale à l’édifice. Selon lui, des travaux de rénovation qui s’étendent sur plusieurs années donnent parfois lieu à des incendies comme celui-ci.

Dinu Bumbaru déplore que, dans un secteur de la ville où il y a du patrimoine d’une telle importance, il n’y ait pas plus d’attention portée aux mesures préventives.

Il propose notamment que soit mené un vaste bilan de l’état de santé et de sécurité des bâtiments patrimoniaux tels que l'édifice Robillard.

Coderre regrette la perte du bâtiment

Depuis Jérusalem où il est en mission commerciale, le maire de Montréal, Denis Coderre, s’est dit attristé par la nouvelle de la perte de l’édifice Robillard. « Quand on parle d’un bâtiment patrimonial, ça fait mal de perdre ce genre de bâtiment, mais on va attendre l’enquête et on verra par la suite », a déclaré M. Coderre.

Aux critiques de l’opposition, qui accuse son administration de laisser-aller, le maire de Montréal a rétorqué qu’elle se cherchait « une raison d’être ». « On pose des gestes concrets pour la sauvegarde des édifices patrimoniaux. On va commencer par être factuel et après ça, on répondra », a-t-il dit.

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