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Un braqueur en série demande une dernière chance

Raynald Leblanc, qui a de nombreux actes criminels à son actif, veut à tout prix éviter que le tribunal ne le déclare délinquant dangereux. Celui qui a multiplié les séjours en prison au cours des 20 dernières années jure qu'il s'est enfin repris en main.

Un texte de Geneviève Garon

Raynald Leblanc n'avait même pas 20 ans lorsqu'il a purgé sa première peine d'emprisonnement. Les deux décennies suivantes, ce sera du pareil au même pour l'héroïnomane. Quatre introductions par effraction, 15 vols, des séquestrations.

Raynald Leblanc raconte que, en 2010, alors qu'il était en liberté illégale, une connaissance de longue date a fait irruption dans son appartement « miteux ». L'homme lui a demandé s'il avait besoin d'argent. À l'époque, M. Leblanc flambait entre 500 et 800 $ par jour dans la consommation de drogues. Il a suivi son acolyte et braqué une banque. « C'était assez spectaculaire », commente le voleur aujourd'hui.

Jusqu'en décembre 2011, il effectuera six autres vols qualifiés. Ses cibles sont des bars du Plateau Mont-Royal, dont il menace les employés avec une fausse arme à feu.

« J'ai toujours su que je ne voulais blesser personne », dit Raynald Leblanc. Il affirme même avoir traité ses victimes avec des égards. Lors de ses précédents témoignages devant la Cour, il avait d'ailleurs minimisé les conséquences de ses crimes sur ces personnes, puisqu'il ne les avait pas violentées, d'après lui.

Mais à présent, devant la menace d'être déclaré délinquant dangereux, il réitère ses remords et répète qu'il veut participer à une thérapie, à Portage, pour soigner sa dépendance.

« J'ai blessé des gens autour de moi, je suis conscient des dommages que j'ai créés », dit-il en sanglotant.

Une enfance malheureuse

Chemise rose, lunettes bleues, langage soigné, Raynald Leblanc raconte son parcours difficile par le menu détail.

À 43 ans, ses souvenirs d'enfance le font encore pleurer : son père était violent et battait sa mère. Esseulé et vulnérable, l'enfant qu'il était est devenu une proie pour des agresseurs sexuels et a subi des sévices à de nombreuses reprises.

Raynald Leblanc assure maintenant vouloir revenir dans le droit chemin. Il estime son retour à la vie criminelle « à peu près impossible ». Après sa thérapie, celui qui a une fille de 21 ans veut devenir carreleur et mener une vie rangée.

« Une lueur d'espoir » de changement

Raynald Leblanc ne s'est pas gêné pour maugréer et même interrompre la procureure de la Couronne pendant sa plaidoirie.

Si Me Rachelle Pitre reconnaît que Raynald Leblanc semble avoir cheminé au cours de ses cinq dernières années d'incarcération, elle estime toutefois qu'il présente un risque important de récidive.

La procureure affirme que le voleur affiche une indifférence marquée face aux actes criminels qu'il a commis. Elle souligne aussi son incapacité à contrôler ses actes violents, sa feuille de route criminelle étant très étoffée.

Elle cite deux experts. La psychiatre France Proulx estime que « le risque de récidive ne peut pas être contrôlé dans la société ». De son côté, le psychologue Jean-Philippe Vaillancourt parle d'un changement au « stade embryonnaire ».

Me Pitre plaide pour que Raynald Leblanc soit reconnu délinquant dangereux et écope, ainsi, d'une peine à durée indéterminée. La Commission des libérations conditionnelles réviserait son cas tous les deux ans, et il ferait l'objet d'une surveillance pour le restant de ses jours.

Délinquant dangereux c. délinquant à contrôler

Raynald Leblanc a changé d'avocat à plusieurs reprises. Il semble maintenant y avoir un malentendu avec sa représentante, Me Sandra Tremblay.

L'avocate prévoyait plaider pour qu'il soit déclaré délinquant dangereux, mais avec une peine déterminée. Son client veut plutôt plaider pour être « délinquant à contrôler ». Les conséquences seraient très semblables, mais la première étiquette est plus lourde à porter.

Les parties vont se rencontrer mercredi pour fixer la date de la plaidoirie de Me Tremblay. Par la suite, ce sera à la juge Silvie Kovacevich de déterminer la peine à imposer à Raynald Leblanc.

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