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Un documentaire comme dernier grand hommage à l'Hôtel-Dieu de Montréal

Comme Montréal, l'Hôtel-Dieu fête ses 375 ans en 2017. Pourtant, au contraire de la métropole, le temps n'est pas à la célébration pour l'hôpital, tel que le montre le documentaire Le dernier souffle, au cœur de l'Hôtel-Dieu de Montréal.

Un texte d'Antoine Aubert

En 2013, un article met Annabel Loyola dans tous ses états : l’Hôtel-Dieu, premier hôpital fondé sur le territoire montréalais, en 1642, en même temps que la ville elle-même, est à vendre. L’argent doit permettre de financer le nouveau CHUM.

Celui-ci accueillera dans les prochains mois la plupart des activités du centre hospitalier historique, situé depuis 1861 sur la rue Saint-Urbain, entre les avenues Duluth et des Pins, après avoir passé plus de 200 ans dans le Vieux-Montréal. Au fil des années, l'Hôtel-Dieu s'est notamment spécialisé dans la cardiologie et le traitement de la fibrose kystique chez les adultes.

Pour la réalisatrice, la survie de ce qu’elle appelle en entrevue « l’âme de la ville, là où tout a commencé » se retrouve ainsi menacée. La nouvelle la touche d’autant plus que l’institution a été créée par Jeanne Mance, pionnière qui fascine Annabel Loyola, née à Langres, en France, tout comme la cofondatrice de Montréal. Elle lui a consacré son premier documentaire, La folle entreprise : sur les pas de Jeanne Mance, en 2010.

De réalisatrice à bénévole

Rien d’étonnant, donc, d’imaginer la cinéaste se rendre à l’Hôtel-Dieu, caméra à l’épaule, pour filmer la vie dans son enceinte. Le but de ce tournage de près de deux ans (2014-2016) : rappeler qu’il s’agit bien plus que d’un hôpital.

Voilà pourquoi Le dernier souffle : au coeur de l'Hôtel-Dieu de Montréal accorde une grande place au personnel dévoué, du concierge aux chirurgiens, ainsi qu’aux malades, une grande famille qui se serre les coudes. La réalisatrice l'a intégrée en devenant bénévole. « Ce que je prenais d’un côté en filmant, je voulais le rendre de l’autre. J’ai donc fait des visites d’amitié aux patients. Je leur faisais la lecture. Je leur parlais de Jeanne Mance, je jouais aux cartes avec eux, etc. », détaille celle qui a émigré au Québec en 2000.

Les religieuses, le roc de l’Hôtel-Dieu

Le socle de la tribu est formé par les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, « descendantes » de la laïque Jeanne Mance, dont elles ont pris la relève à sa mort, en 1673. Aujourd’hui, elles sont encore une soixantaine à porter sur leurs épaules l’esprit original de l’Hôtel-Dieu. Dans le documentaire, on les voit accompagner les malades et les familles au quotidien. « On devrait célébrer ces femmes pendant qu’elles sont encore vivantes », s’exclame Annabel Loyola, émue quand elle évoque le décès de sœur Ellen Davis, « ministre des Finances de l’hôpital », il y a environ deux mois.

En mai 2016, les religieuses ont décidé de vendre à la Ville la partie du site dont elles avaient la propriété, soit le couvent, les jardins, le musée, des chapelles et d’autres bâtiments de service. La réalisatrice salue la beauté du geste : « Elles ont eu la grandeur d’âme de rendre ça à Montréal et, ainsi, leur patrimoine est sauvé ». En dépit de cette cession, toutes les sœurs ont décidé de finir leurs jours sur place, au pavillon Masson.

L’avenir de l’hôpital lui-même, cédé par les religieuses au gouvernement québécois dans les années 70 pour un dollar symbolique, reste incertain. Des activités médicales y continueront jusqu’en 2021. Mais ensuite? La vente semble s’éloigner, car « les bâtiments ne sont plus jugés excédentaires », estime la cinéaste. Elle espère qu’un hôpital de quartier y prendra s'y installera. Ce choix perpétuerait cette solidarité avec les plus faibles qui a fait la réputation de l’Hôtel-Dieu à travers les siècles.

Le dernier souffle : au coeur de l'Hôtel-Dieu de Montréal est projeté à partir du 7 avril dans deux salles à Montréal (la Cinémathèque et le Cinéma du Parc) ainsi qu’à Québec (Cinéma Cartier) et à Sherbrooke (Maison du cinéma). Des projections uniques sont également prévues à Rimouski et à Coteau-du-Lac.

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