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Un ex-détenu expose ses oeuvres dans un café de Montréal

L'artiste Desperado, âgé d'une quarantaine d'années, a découvert la peinture en prison. Maintenant en liberté sous conditions, après 14 ans passés derrière les barreaux, il expose une vingtaine de ses oeuvres jusqu'au 15 octobre au café Le Placard, en plein coeur du Plateau-Mont-Royal.

Un texte de Myriam Fimbry

Ce n'est pas toujours facile, après des années passées en prison, de se réinsérer dans la société. Encore moins de voir son travail d'artiste peintre admiré et reconnu. C'est pour donner de l'espoir aux jeunes détenus que Desperado (nom d'artiste) a accepté de raconter son histoire.

Alors qu'il fréquentait le crime organisé, il s'est retrouvé mêlé à un meurtre. « On faisait de la surveillance et ça a mal tourné. J'étais le conducteur de la voiture. Ça a tiré. On s'est tous retrouvés avec une charge de meurtre. » Il est entré en prison à l'âge de 24 ans, avec une peine de prison à vie pour meurtre au deuxième degré.

Il a passé plusieurs années dans un pénitencier à sécurité maximum, à Donnacona. C'est plus tard, au pénitencier Leclerc (fermé depuis) qu'il s'est mis à peindre, pour éviter de sombrer dans la violence, qui éclatait souvent entre détenus. Il a développé son art, petit à petit, en commençant par des portraits et des natures mortes. C'est devenu un refuge.

Il a développé sa technique en reproduisant des toiles de grands maîtres, comme La Joconde, de Léonard de Vinci. Puis, en découvrant des oeuvres de Picasso, dans des livres disponibles au pénitencier, il a eu un coup de coeur pour le cubisme.

Minutieux et persévérant, il passait parfois des centaines d'heures à fignoler une seule toile. Une manière d'évacuer sa rage d'être prisonnier.

Malheureusement, plusieurs programmes d'art et artisanat ont disparu des pénitenciers, sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper. De même que certains programmes de formation, qui permettaient d'apprendre un métier comme la soudure ou la mécanique.

« Moi, j'ai beaucoup de clients, quand ils sortent ils me disent : qu'est-ce que je vais faire? Je n'ai rien appris en prison, rapporte l'avocate en droit criminel et carcéral Marie-Claude Lacroix. Ils se demandent où est leur compétence, comment ils vont faire pour trouver du travail. »

Pour l'ex-détenu Desperado, l'accès à un programme d'art a fait toute la différence dans sa volonté de réinsertion. Bien sûr, il ne peut pas vivre de sa peinture, même s'il espère vendre quelques tableaux. Aujourd'hui, il a un travail de maçon et sa minutie est très appréciée. Mais son passé de criminel fait encore peur aux employeurs. C'est la raison pour laquelle vous ne verrez pas son visage en photo.

L'avocate Marie-Claude Lacroix, à l'origine de cette idée de vernissage, compte mettre en valeur le travail d'autres artistes sortis de prison. Le prochain événement sera un concert d'un jeune rappeur de Montréal, Flawless Gretzky. Les fonds recueillis iront à des projets de réinsertion sociale pour les ex-détenus.

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