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Un grand déversement moins important que prévu

Le grand déversement d'eaux usées de la Ville de Montréal aura finalement été moins important que ce qu'avait annoncé l'administration Coderre. La Ville a déversé 4,9 milliards de litres d'eau directement dans le fleuve Saint-Laurent plutôt que les 8 milliards prévus.

Les travaux ont aussi été moins longs que prévu, ce qui a permis de réduire la durée du déversement à moins de 4 jours (89 heures) plutôt que les 7 jours initialement prévus.

La Ville a procédé à l'analyse de quelque 10 000 échantillons d'eau puisés à une centaine d'endroits dans le fleuve entre Montréal et Québec sur une période de 14 jours. Elle a évalué que la qualité de l'eau a été affectée sur une courte période (de 4 à 10 jours), mais que la faune et la flore du Saint-Laurent n'ont pas été mises en danger.

Le déversement a affecté une bande de 250 m de large sur le versant sud de l'île de Montréal et jusqu'à 10 km de large en aval du déversement. La Ville affirme qu'aucun changement dans la concentration de coliformes fécaux n'a été enregistré dans le fleuve en aval de la ville de Repentigny.

L'administration Coderre ajoute que le déversement n'a eu aucun « effet mesurable sur la qualité chimique des sédiments et des plantes et sur la toxicité des sédiments » dans le fleuve. Seulement 3 mètres cubes de déchets ont été recueillis - surtout aux points de rejets Saint-Pierre et McGill - sur les berges du Saint-Laurent.

En outre, aucun citoyen ne s'est plaint du déversement à la Ville.

Des travaux nécessaires, mais controversés

Les travaux, réalisés par une trentaine de travailleurs à raison de 24 heures par jour, ont permis de retirer les cintres qui obstruaient l'intercepteur situé sous la rue Mill, entre les rues Riverside et Bridge, dans le quartier Pointe-Saint-Charles. La chute à neige d'un méga-égout du sud de la municipalité, située directement dans la zone de travaux de l'autoroute Bonaventure, a également été déplacée.

« À la lumière du travail qui a été fait, l'infrastructure est en très, très bon état au niveau du collecteur », a soutenu mercredi le maire de Montréal, Denis Coderre.

L'administration Coderre reconnaît, dans son bilan, qu'elle aurait dû mieux gérer la communication entourant ces travaux en raison de la sensibilité des Montréalais et des Québécois sur les questions environnementales. La saga du déversement des eaux usées de la Ville dans le fleuve s'était transformée en un enjeu politique, puisqu'elle s'est déroulée pendant la dernière campagne électorale fédérale.

« Quand on a vu l'image du gros tuyau du reportage de Radio-Canada, ça a frappé l'imaginaire, admet Denis Coderre. Tout le monde pensait que c'était bien épouvantable. J'ai dit : "Je pense qu'il y a une réalité d'acceptabilité sociale", et il fallait regarder s'il y avait d'autres moyens. »

Mais cette recherche d'alternatives a-t-elle été menée sérieusement? Par voie de communiqué, la Fondation Rivières rappelle que le syndicat représentant les ingénieurs de la Ville de Montréal avait déclaré aux médias le 9 octobre 2015 « qu'aucune commande n'a été faite aux ingénieurs de la Ville afin d'analyser une méthode de rechange permettant de minimiser le volume des effluents non traités déversés dans le fleuve ».

Qualifiant de « jovialiste » le bilan de l'administration Coderre, la Fondation Rivières laisse également entendre que les travaux auraient pu se dérouler plus rapidement et que la faible quantité de déchets non biodégradables récupérés - 3 mètres cubes - s'explique par le fait qu'une bonne partie de ces déchets a coulé au fond du lac Saint-Pierre et que les équipes de cueillette n'étaient pas assez nombreuses.

« Il n'y aura [plus] de déversement de l'envergure de celui qu'on a connu en novembre », a promis pour sa part le directeur du service de l'épuration des eaux usées, Richard Fontaine. « S'il y en a, ils seront beaucoup plus petits et localisés », assure-t-il.

Les déversements d'eaux usées dans le fleuve sont pourtant fréquents, puisque les fortes pluies font souvent déborder les bassins de rétention de Montréal.

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