Le repêchage de la Ligue canadienne de football est une curieuse « patente ». Les premiers joueurs choisis ne seront pas nécessairement les futures vedettes du circuit. Souvent, ils ne sont même pas les meilleurs joueurs disponibles.

Un texte de Jean St-Onge

Le repêchage de la Ligue canadienne de football se tient le jeudi 3 mai à compter de 20 h (HAE).

Après leur campagne désastreuse en 2017, les Alouettes auront le privilège de choisir au tout premier rang.

Mais, ça ne veut pas dire qu’ils auront le privilège de mettre la main sur l’équivalent d’un Sidney Crosby ou d'un Connor McDavid au hockey.

Les meilleurs joueurs aux postes de quart ou de receveurs de passes proviennent généralement des États-Unis et ne sont pas admissibles au repêchage.

De leur côté, les meilleurs joueurs canadiens sont souvent ciblés par la NFL et espèrent jouer aux États-Unis.

Les équipes de la LCF évitent donc de gaspiller un premier choix sur un joueur qui risque de passer sa carrière au sud de la frontière.

Laurent-Duvernay-Tardif en est un bel exemple. En 2014, il était premier selon la centrale de recrutement. Il a été choisi au 3e tour par les Stampeders de Calgary. Quatre joueurs de ligne offensive ont été réclamés avant lui.

La dernière fois qu'un espoir numéro un de la LCF a été repêché au 1er rang, c'est en 2010.

Domination ontarienne

Kavis Reed et son nouveau directeur du recrutement, Miles Gorrell, ont neuf choix en huit tours, mais n’ont pas de sélection au deuxième tour.

La centrale de recrutement a publié son dernier classement il y a quelques semaines et il est dominé par des Ontariens et des joueurs de ligne à l’attaque.

Si certains disent qu’au hockey, on n’a jamais trop de défenseurs, au football canadien, c’est la ligne à l’attaque qui compte. Si votre équipe mise sur une ligne à l’attaque complètement canadienne, ça vous donne plus de latitude aux autres positions.

Miles Gorrell partage cet avis. Même si plusieurs gros bonshommes ont signé avec des équipes de la NFL et que plusieurs autres ont été invités à des camps d’entraînement, Gorrell semble encore pencher vers un joueur de ligne offensive pour son premier choix.

Gorrell a certes un penchant pour les gros joueurs de ligne canadiens, lui qui mesure plus de 2,03 m (6 pi 8 po) et qui a joué 18 ans dans la LCF.

L’ancien receveur de passes Éric Deslauriers n’avait rien d’un joueur de ligne, mais il est d’accord avec son nouveau patron.

« Quand tu regardes le ratio de joueurs canadiens dans la ligue, c’est sur la ligne offensive que tu retrouves le plus de joueurs nationaux. Donc, avec le premier choix ou le troisième choix, probablement que la plupart des équipes vont choisir un joueur de ligne offensive. »

Lors de la parution des deux premiers classements des espoirs de la LCF, c’est David Knevel de l’Université du Nebraska qui occupait le premier rang, mais il a été devancé par Ryan Hunter du l’Université Bowling Green lors du classement final.

Mais, après le repêchage de la NFL, Hunter a signé avec les Chiefs de Kansas City, tandis que Knevel a été invité au mini-camp des Raiders.

Un autre éventuel premier choix, Dakoda Shepley, de l’Université de la Colombie-Britannique, a signé avec les Jets de New York.

Certains croient que Trey Rutherford de l’Université du Connecticut pourrait être l’élu des Alouettes.

Cibasu et les autres Québécois

Si la sélection d’un joueur de ligne à l’attaque est presque automatique comme on l’a vu cinq fois lors des six dernières années, il ne faudrait pas tomber à la renverse si jamais les Alouettes choisissaient un receveur de passes.

On dit souvent que les Alouettes n’ont pas remplacé Anthony Calvillo, mais on pourrait aussi dire qu’ils cherchent toujours le successeur de Ben Cahoon, un receveur canadien qui se retrouve au cœur de l’attaque de son équipe.

Cette année, il y a quatre receveurs de passes parmi les 20 premiers espoirs de la LCF.

Au 2e rang se retrouve Mark Chapman, de l’Université Central Michigan. Chapman a mené son équipe avec 59 attrapés pour 875 verges. Il a aussi marqué cinq touchés.

Chapman a impressionné lors du camp d’évaluation de la LCF. Il a été un des plus rapides et des plus explosifs.

Régis Cibasu, le seul Québécois listé parmi les 20 premiers est aussi un receveur. Il vient d’être invité au mini-camp des Bears de Chicago.

Sur papier, Cibasu n’a pas la vitesse pour atteindre la NFL. Certains athlètes sont cependant de meilleurs joueurs de football que les tests mesurables le laissent entendre. C’est peut-être le cas de Cibasu, un gros bonhomme de 1,90 m (6 pi 3 po) et 105 kg (232 lb).

S’il se veut un candidat au poste d’ailier rapproché dans la NFL, il serait plutôt du type centre arrière comme Patrick Lavoie dans la LCF.

Les Alouettes auront peut-être l’occasion de le repêcher, car ils ont deux choix dans chacun des 3e, 4e et 6e tours.

Les receveurs de passes et porteurs de ballon du Rouge et Or de l'université Laval, Tyrone Pierre, Christopher Amoah, Marco Dubois et Étienne Dufour, devraient aussi attirer l’attention de Kavis Reed et des autres directeurs généraux de la LCF.

Le dépisteur des Alouettes Éric Deslauriers estime que c’est une assez bonne année pour les joueurs québécois, même si les chances sont minces d’en voir un repêché au premier tour.

Il faut toujours se rappeler que le rang de sélection n’est pas une garantie de succès, particulièrement au football canadien.

Luc Brodeur-Jourdain avait été le tout dernier joueur choisi en 2008. Il amorcera cette année sa 10e saison comme partant avec les Alouettes!

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