Un jeune Montréalais accusé, entre autres, d'avoir voulu quitter le Canada pour participer à une activité terroriste nous a raconté sa version des faits. Cette version n'a été ni testée ni prouvée en cour jusqu'à maintenant.

Un texte de Karine Bastien

Ismaël Habib est incarcéré à Rivière-des-Prairies en attente de son procès. Lors de longues entrevues téléphoniques, le jeune homme de 28 ans nous a fait part de son histoire.

Né d'une mère québécoise et d'un père afghan, Ismaël Habib grandit à Montréal. À 18 ans, il se convertit à l'Islam. Il prie, il jeûne, mais ne lit pas assidûment le Coran.

En novembre 2012, il épouse une Québécoise d'origine algérienne avec qui il aura deux enfants.

À cette époque, il fréquente la mosquée Assuna, à Montréal, où il rencontre un jeune homme qui aura beaucoup d'influence sur sa vie. Cet homme épousera la soeur de la femme d'Ismaël Habib, devenant ainsi son beau-frère.

Peu après, il apprend que cet homme fait l'objet d'une enquête de la GRC et, sans qu'il comprenne pourquoi, Ismaël Habib devient à son tour la cible d'une surveillance policière.

Sous la pression de son beau-frère, qui lui fait croire que les policiers veulent l'arrêter, il décide de partir en Algérie, le pays natal de sa femme.

Avant son départ, des agents de la GRC l'auraient rencontré pour connaître ses intentions.

Il soutient qu'il a quitté le Canada parce qu'il craignait d'être faussement accusé.

Une fois en Algérie, Ismaël Habib affirme que son beau-frère lui met encore de la pression et lui fait croire que les policiers de la GRC iront bientôt l'arrêter. Il décide alors de le rejoindre en Turquie et se retrouve à Reyhanli, près de la frontière avec la Syrie.

Que s'est-il passé en Turquie?

L'armée syrienne libre n'est pas considérée un groupe terroriste.

Par la suite, Ismaël Habib dit avoir commencé à subir des pressions de la part des combattants. Frappé et menacé, il décide de fuir. Arrêté par la police turque parce que ses papiers n'étaient pas en règle, il est extradé au Canada.

À son retour au pays, il est accueilli par des agents de la GRC, mais refuse de leur donner des détails sur son voyage.

En décembre 2014, sa femme, qui porte le voile intégral, lui dit qu'elle est mal à l'aise au Canada et dit craindre pour la sécurité de ses enfants. Elle part sans son mari vers l'Algérie. C'est la dernière fois qu'il verra son fils et sa fille.

Selon nos sources, Ismaël Habib serait allé en Syrie. Il reste aujourd'hui très vague sur la question. « Ce sont des éléments qui se présentent à la cour », affirme-t-il. « Je vais le régler à la cour. »

À la fin 2015, Ismaël Habib se trouve une nouvelle conjointe au Québec.

Le 26 février dernier, il est arrêté une première fois à Gatineau. Il fait alors face à des accusations de menaces de mort et de harcèlement criminel, d'emploi de documents contrefaits et de pièces d'identité d'un tiers. Ismaël Habib aurait, entre autres, menacé sa présumée victime de faire exploser sa voiture.

Le jeune homme nous a confié que, selon lui, ces accusations sont liées à une histoire de jalousie et qu'une défense sera présentée en cour.

De nouvelles accusations

Une dizaine de jours plus tard, il est de nouveau accusé, mais, cette fois-ci, au palais de justice de Montréal, d'avoir voulu quitter le Canada pour participer à une activité terroriste et d'avoir fabriqué de faux documents.

Au téléphone, Ismaël Habib a formellement nié avoir participé à une activité terroriste. Mais il soutient avoir reçu plusieurs appels de gens qu'il ne connaissait pas et qui lui offraient de l'aide pour quitter le pays. C'est sa femme qui leur aurait donné son numéro.

Ismaël Habib se savait surveillé par la GRC. Mais ce sont surtout les gens qui gravitaient autour de sa famille qui l'inquiétaient.

« Oui, j'ai pensé plusieurs fois à quitter le pays, soit aller en Algérie vivre tranquille, en paix, ou aller chercher mes enfants », ajoute-t-il. « Mais [je leur ai spécifié que ce ne serait] pas à n'importe quel prix, pas au point de faire n'importe quoi, parce que je ne voudrais pas risquer 15-20 ans de prison et là je perdrais tout espoir de voir mes enfants. »

En cour, à Gatineau, le père de sa femme a raconté en pleurant que sa propre fille s'était radicalisée et se trouve peut-être actuellement en Syrie avec les enfants. Selon ses déclarations, son gendre n'est pas radicalisé, mais cherchait à approfondir sa connaissance de la religion.

Sa femme lui a-t-elle demandé de faire le djihad?

« Je veux toujours garder une porte ouverte pour aller récupérer mes enfants », ajoute-t-il. « Ça fait que je ne peux pas aller contre les idées de ma femme [...] Je ne peux pas les appuyer non plus. »

Ismaël Habib est toujours en prison et dit ressentir une profonde injustice. Le juge à Gatineau a refusé de le libérer dans l'attente de son procès parce qu'il s'inquiétait de son fanatisme religieux et doutait de la crédibilité de son témoignage. Il craignait aussi que le prévenu n'en profite pour quitter le pays.

Ismaël Habib doit comparaître mercredi à Montréal. Sa version des faits n'a pas encore été entendue par la police ni par son avocat. Il dit ne pas avoir pris connaissance de la preuve qui sera divulguée en cour.

Avec la participation de Lorian Bélanger, Geneviève Garon et Patrick Martin-Ménard

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