BILLET - Dans un geste public inusité, un haut fonctionnaire de la Ville de Montréal, Michel Labrecque, conservateur du Jardin botanique, a dénoncé publiquement, vendredi, une mesure administrative qui, selon lui, va faire perdre « son identité propre » à cette institution.

Cette mesure administrative, c’est le regroupement sous une même autorité, pour ne pas dire la fusion, de quatre institutions montréalaises de culture scientifique : le Jardin botanique, le Biodôme, l’Insectarium et le Planétarium Rio Tinto Alcan.

Chacune de ces institutions va perdre sa tête et son leader : elles n’auront plus de directeur ou de directrice en titre. Elles seront, pour reprendre l’expression de Michel Labrecque, « amalgamées » sous la houlette de l’organisme qui les chapeaute depuis quelques années : Espace pour la vie.

L’idée de rapprocher ces quatre bijoux de la culture scientifique n’est évidemment pas mauvaise en soi. L’idée de regrouper certains services administratifs, comme les responsables d’Espace pour la vie disent vouloir faire, n’est pas non plus mauvaise.

Mais ce qui étonne - et ce qui inquiète le conservateur du Jardin botanique -, c’est de laisser ces quatre entités sans têtes dirigeantes, sans leaders, sans chefs d’orchestre qui puissent dicter l’avenir propre de chacune d’entre elles, leurs choix de développement ou de programmation, leurs implications dans la recherche ou l’éducation, leurs relations avec le public.

Michel Labrecque se demande par exemple ce qu’il adviendra d’un organisme comme Les amis du Jardin botanique, qui compte 25 000 membres, quand leur institution sera plus ou moins fusionnée dans la grande boîte d’Espace pour la vie.

Bien sûr, le Jardin botanique ne disparaîtra pas, pas plus d’ailleurs que ses trois cousines. Mais la crainte, c’est qu’il perde de son autonomie, de son originalité et de sa personnalité. Vous êtes l’un des deux ou trois plus grands jardins botaniques au monde, rappelle son conservateur, et vous ne pouvez même pas présenter, sur la scène internationale, une carte de visite avec le nom d’un directeur ou d’une directrice.

Un acte courageux

Michel Labrecque a posé, vendredi, un geste inusité, c’est vrai. Et un geste courageux. Il a dit le faire comme « sonneur d’alarme ». Sans doute aussi pour interpeller le grand patron de tout cela, le maire de Montréal, Denis Coderre.

Au moment où l’on fête le 375e anniversaire de la ville, a encore dit M. Labrecque, il est dommage de s'attaquer à une institution comme le Jardin botanique, qui a toute une histoire derrière lui. Ou, à tout le moins, de lui enlever une partie des moyens de se développer et de rayonner, une partie de son identité.

On pourrait aussi rappeler au maire Coderre que le Jardin botanique a été créé par le célèbre Marie-Victorin, qui avait interpellé publiquement son ami, le maire Camilien Houde, pour lui demander d’investir dans le projet qui lui tenait tant à cœur.

Lors du lancement de sa non moins célèbre Flore laurentienne, en 1935, Marie-Victorin s’était ainsi adressé à l’élu : « Bientôt, on célébrera le troisième centenaire de Montréal. À la ville, à votre ville, il vous faudra faire un royal cadeau. Mais Montréal, c’est Ville-Marie! C’est une femme, et je suis sûr que cela vous émeut déjà! Vous ne pouvez tout de même pas lui offrir un égout collecteur ou un poste de police […] Alors, pardieu! Mettez des fleurs à son corsage! Jetez dans ses bras toutes les roses et tous les lis des champs! »

Ainsi parlait Marie-Victorin, fondateur du Jardin botanique de Montréal.

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