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Un jus fait à base de fruits rejetés par l'industrie

Chaque jour, l'équivalent de 1600 camions à ordures prend le chemin des sites d'enfouissement du pays. Pour réduire ce gaspillage, trois entrepreneurs montréalais ont eu l'idée de récupérer des fruits et des légumes rejetés par l'industrie, pour en faire des jus frais.

Un texte de Vincent Maisonneuve

Frédéric Monette est responsable des opérations chez Courchesne Larose, un important distributeur de fruits et légumes, à Montréal. Dans son entrepôt transitent chaque jour des tonnes et des tonnes de fruits et de légumes. La gestion des stocks a beau être minutieusement organisée, les pertes sont inévitables.

« Ça arrive qu’il y ait 28 palettes de melons miel qui arrivent et qui sont trop mûrs. Ils ont mûri durant le voyage. Les fruiteries et les épiceries n’en veulent pas », raconte M. Monette.

Les organismes comme Moisson Montréal ont la capacité d’en récupérer une petite partie, mais le reste doit être jeté. « Nos pertes se situent entre 1 et 2 % de notre volume. C’est bon, mais les amener plus bas que ça, c’est impossible », enchaîne le vice-président de l’entreprise. Malgré tous les efforts, 16 000 tonnes de fruits et légumes - l’équivalent de deux camions à ordures - sont envoyées chaque jour dans les sites d’enfouissement.

Afin de réduire ce gaspillage, Frédéric Monette est entré en contact avec Julie Poitras-Saulnier et David Côté, deux entrepreneurs ferrés dans la fabrication de jus pressés à froid.

« Les jus, je m’y connais, j’ai écrit un livre sur le sujet, explique David Côté. J’ai réuni toutes les données sur les pertes des 10 dernières années chez Courchesne Larose. On sait ce que l’on perd dans l’industrie. » En sachant quels étaient les fruits et les légumes les plus susceptibles d’être jetés, David Côté a pu élaborer des recettes.

Avec les jus Loop, les trois entrepreneurs ont récupéré en un an 400 tonnes de fruits et de légumes, l’équivalent de 40 camions à ordures.

Pour l’instant, l’embouteillage des jus est confié à un sous-traitant, ce qui limite les ambitions des créateurs de Loop. Mais une subvention de Recyc-Québec va leur permettre de construire un centre de transformation tout juste derrière l’entrepôt de Courchesne Larose.

Dès octobre, la capacité de production va passer de 6000 bouteilles par semaine à environ 15 000 bouteilles par jour. Comme il faut 1,5 kg de fruits et de légumes pour faire les jus, la future usine aura le potentiel de récupérer, quotidiennement, 22 tonnes de fruits et légumes. « Là, on fait du jus, mais nous voulons aussi trouver d’autres rejets dans l’industrie et les incorporer dans d’autres produits », dit Mme Poitras-Saulnier.

David Côté donne un exemple. « Quand on prend 1,5 kg de fruits et de légumes pour faire un jus, il y a plus de 750 g de pulpe qui est rejetée. Avec ça, on va faire des croquettes pour chien, des gâteries pour chien végétaliennes. »

Les trois entrepreneurs insistent sur l’importance de l’économie circulaire. Pour eux, il faut apprendre à créer de la valeur à partir des rejets de l’industrie, sans jamais utiliser de nouvelles ressources.

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