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Un magnifique réseau de vélo de montagne sur le mont Royal, illégal et dangereux

Des amateurs de vélo de montagne se donnent rendez-vous en grand nombre sur le mont Royal pour profiter d'un intéressant réseau de sentiers. Pourtant, cette pratique est formellement interdite, elle détruit la flore traditionnelle et nuit aux animaux de la montagne. Or, la police n'intervient pas.

Un texte d'Émilie Dubreuil

La lumière de ce soir de printemps est douce et chaude en ce début de soirée au cimetière du Mont-Royal. Des amis se sont donné rendez-vous juste de l’autre côté du trou taillé dans la clôture, entre les pierres tombales et la forêt où les trilles des bois s’épanouissent. Ils sont casqués, gantés, équipés de super-vélos et attendent en grappe pour dévaler, chacun son tour, le sentier que des amateurs ont aménagé eux-mêmes.

Un cycliste, au début de la cinquantaine, remarque la présence d’une équipe de Radio-Canada et s’arrête pour discuter. « On sait que c’est interdit, mais c’est la plus belle place où en faire à Montréal », dit-il en se défendant d’agir de façon irresponsable. « C’est très sain ce qui se passe ici. Les jeunes font du sport, ils ne font pas de conneries en ville. Les gars sont responsables. Ils font des corvées, enlèvent les déchets, prennent soin des sentiers.

Le cycliste refuse de s’identifier. « Il y a de la tension maintenant entre les cyclistes et les promeneurs de chien. Avant, il y avait une belle entente, mais là, ça se corse. »

Et ça se corse sans doute parce que la fréquentation illicite du mont Royal par les vélos de montagne s’est intensifiée. Comme partout au Québec, où plus de 600 000 adultes pratiqueraient cette activité sportive au moins une fois par année, ce qui se compare, par exemple, au ski de fond.

Éric Richard, directeur des amis de la montagne, nous amène faire un petit tour guidé du réseau illicite de sentiers. Pas très loin de l’antenne du Mont-Royal, il montre du doigt le point de départ d’une descente escarpée. « Vous voyez là, ils ont fait un trou dans la clôture, ils traversent le boulevard Camilien-Houde et ensuite le cimetière, et se rendent sur l’autre sommet. C’est une super-balade pour les vélos », dit-il d’un ton un peu sarcastique. « On met des clôtures et hop, ça disparaît. » L’homme est inquiet de voir les sols de la montagne se dégrader et les sentiers s’élargir; il s’inquiète pour l’avenir de la forêt, carrément.

Comme les cyclistes empruntent des flancs escarpés, leurs passages répétés font en sorte que les racines des arbres se déchaussent et retiennent moins bien les sols, explique celui qui a consacré sa vie professionnelle à la préservation de la montagne. La fameuse flore laurentienne pâtit, elle aussi, de cette fréquentation.

Selon Alain Cogliastro, botaniste au Jardin botanique, cette activité de vélo de montagne est incompatible avec la préservation de la flore ici. Alors que le botaniste nous explique le problème de régénération végétale – le réseau de fines racines arrachées et les plantes traditionnelles mises en péril –, des jeunes s’entraînent derrière lui et font des sauts spectaculaires.

« On crée des conditions difficiles pour des végétaux, dit-il. Ce sont des êtres vivants. On ne réalise pas que quand on pile là-dessus, on réduit sa capacité à se régénérer et on va introduire d'autres espèces qui sont tolérantes et on va simplifier la flore, alors que c'est la diversité qui rend ces milieux-là plus solides. »

Bien que ce soit interdit, et ce, depuis toujours, la police n’intervient pas. Combien de constats ont été distribués l’an dernier? « Aucun, répond la commandante Marie-Claude Dandenault du poste 20, responsable, entre autres, de la montagne. Il est difficile de les prendre en pleine infraction. Mais nous sommes sensibles au problème et nous aurons dès cet été deux policiers de plus à vélo. »

Le paradoxe

Le fait que la police ne soit pas intervenue, jusqu’à maintenant, pour limiter les dommages causés par les vélos de montagne sur la flore est, dans le contexte actuel, un paradoxe. Car, d’une part, pour compenser la perte des frênes victimes de l’agrile, la Ville s’apprête à planter près de 40 000 arbres et arbustes d’ici 2020 sur la montagne. D’autre part, elle justifie, entre autres, la fermeture de la voie Camillien-Houde/Remembrance, cet été, par la valorisation de « l’aspect naturel des lieux ». Dixit le document officiel de la Ville de Montréal sur ce projet pilote.

Le problème des vélos de montagne sur le mont Royal est une vieille histoire. Depuis des années, Vélo Québec fait des démarches à la Ville de Montréal pour trouver une solution et, surtout, aménager un véritable site pour la pratique de ce sport en ville.

« Le statu quo n’est pas acceptable. Le problème, c’est que les vélos empruntent des sentiers qui ne sont pas faits pour cela », explique Francis Tétrault, responsable du vélo de montagne à Vélo Québec. « Nous, on veut trouver une solution. Aménager une petite partie de la montagne ou trouver un site ailleurs. Car, à l’heure actuelle, il n’y en a aucun en ville. »

Luc Ferrandez, responsable des Grands Parcs à la Ville de Montréal, nous a dit être conscient de ce problème qu’il qualifie de sérieux et cherche une solution.

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