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Un organisme craint que la réforme de l'aide sociale nuise aux jeunes sans-abri

L'organisme montréalais Dans la rue craint que la réforme de l'aide sociale ne nuise aux jeunes sans-abri qui fréquentent son programme scolaire. Les modifications apportées, qui ne sont pas encore appliquées, pourraient pénaliser les nouveaux demandeurs qui ne suivent pas à la lettre le programme Objectif emploi.

Un texte de Fanny Samson

Depuis 20 ans, l’organisme offre aux jeunes en situation précaire ou d'itinérance la possibilité de terminer leurs études secondaires à l'école de la rue Emmett Johns, située dans ses locaux, rue Ontario Est.

Un peu partout au Québec, des organismes communautaires gèrent des écoles de la rue accréditées par le ministère de l'Éducation. Le programme propose une formation générale pour les adultes et un volet d’intégration sociale.

« C'est une école avec des programmes souples et adaptés et un accompagnement personnalisé. C'est une école de raccrochage », explique la directrice générale de l’organisme Dans la rue, Cécile Arbaud.

Une réforme punitive

Toutefois, la réforme de l'aide sociale, qui n’est pas encore entrée en vigueur, pourrait bouleverser le parcours de ces jeunes. Si la réforme est appliquée telle quelle, le programme Objectif emploi obligera tous les nouveaux demandeurs à suivre le programme de recherche d'emploi ou à retourner sur les bancs d'école.

En cas de manquement, leur chèque pourrait être amputé d'un certain montant. Cécile Arbaud redoute que l'application de la réforme pénalise les jeunes sans-abri, qui suivent rarement un parcours linéaire.

« On ne sait pas exactement, que ce soit pour ces jeunes ou pour les autres, comment ils pourraient être pénalisés, sous quelle forme, qui va faire le suivi du plan d'insertion? [...] Quelle souplesse va être donnée? Est-ce qu'il va y avoir des allers-retours possibles, des interruptions? », se demande-t-elle.

Un point de départ

Alex, 24 ans, entame sa troisième rentrée scolaire à l’école de la rue Emmett Johns. Il s’est tourné vers l’organisme il y a six ans, une période durant laquelle il était sans domicile fixe.

« J'avais déjà tenté un retour aux études par le passé, à l'école pour adultes, mais ça n'avançait pas beaucoup », confie le jeune homme, qui veut devenir technicien en travail social.

Les écoles de la rue donnent une chance aux jeunes sans-abri, qui ont souvent vécu de nombreux échecs, soutient l’intervenante scolaire Nina Micaleff.

« C'est leur montrer que, oui, c'est possible de retourner à l'école, souligne-t-elle. La raison pour laquelle ils viennent chez nous et pas ailleurs, c'est qu'ils ne se sentiraient pas particulièrement confortables dans une école pour adultes classique. »

Alex soulève que l’appui moral et la présence constante d’une intervenante lui permet de parler lorsqu’il en ressent le besoin. « Elle va m'écouter, on va discuter et essayer de trouver des moyens pour régler certains problèmes », dit-il.

La directrice générale de Dans la rue, Cécile Arbaud, espère que tous les nouveaux demandeurs qui fréquentent un organisme comme le sien pourront bénéficier de l’aide sociale sans être pénalisés, peu importe leur parcours.

Le gouvernement du Québec est présentement en période de consultation. La réforme de l’aide sociale pourrait encore être modifiée et elle devrait être appliquée au cours des prochains mois.

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