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Un pédophile plaide coupable 44 ans après les crimes

Les deux victimes de Luc De Theux ont traîné un lourd secret pendant une grande partie de leur vie. Après plus de quatre décennies, les deux hommes ont trouvé le courage de dénoncer leur agresseur, et il a admis ses crimes aujourd'hui. Luc De Theux était bien connu dans les collèges privés du Grand Montréal.

Un texte de Geneviève Garon

Dans les années 1970, Luc De Theux, un expatrié belge, était un bon ami de la famille. Un homme célibataire chaleureux, qui aimait recevoir des amis à sa résidence de Mercier, en bordure de la rivière Châteauguay.

Une nuit, alors que le petit Fabrice (nom fictif) dormait, M. De Theux est allé le chercher dans son lit pour l'amener dans sa chambre. Il a masturbé l'enfant avant de le ramener dans son lit.

C'était à l'insu des parents de Fabrice, qui étaient aussi présents dans la résidence.

Le meilleur ami du garçon, Christian (nom fictif), est aussi tombé dans les griffes du pédophile. Les deux jeunes n'en ont jamais discuté.

Il a fallu plus de 40 ans pour que Christian et Fabrice réalisent qu'ils traînent le même boulet, et dénoncent leur agresseur à la police. « À partir du moment où j'ai su que je n'étais plus seul, j'ai foncé », affirme Christian, à l'aube de la cinquantaine.

Des vies bouleversées

Les garçons ont grandi avec de graves séquelles. « J'ai sombré dans le cynisme et la méfiance », soutient Fabrice, encore fragile. Alcool, itinérance, fuite... Sa vie a été parsemée d'échecs et de souffrance.

Dans une lettre touchante à l'intention du tribunal, Fabrice écrit aussi avoir été tourmenté : « Cet homme m'a emprisonné dans son horreur et jamais je n'arriverai à m'en défaire. [...] Durant toute ma vie, je me suis demandé si j'étais fou ou dément au point d'inventer une histoire. »

D'autres victimes ?

Au moment de commettre les crimes, Luc De Theux avait entre 32 et 35 ans. Il a oeuvré une importante partie de sa carrière en tant que responsable de la vie étudiante dans des collèges privés de la grande région de Montréal.

Christian et Fabrice craignent qu'il ait fait d'autres victimes.

Aucun autre plaignant ne s'est manifesté et l'enquête à ce sujet est close pour l'instant, selon la Sûreté du Québec.

Le soutien des proches

Fabrice et Christian ne se sont pas déplacés au palais de justice de Valleyfield pour voir Luc De Theux plaider coupable à deux chefs d'accusation d'attentat à la pudeur.

Plusieurs membres de leur famille y étaient et ont fait face avec difficulté à l'homme qui a trahi leur confiance.

« On se rend compte aujourd'hui, après toutes ces années, même si mon frère est quelqu'un de solide, de fonceur, que les difficultés qu'il a eues dans la vie sont probablement reliées à ça en bonne partie », explique le frère de l'un des plaignants.

Sa soeur espère que, s'il y a d'autres victimes, elles trouveront aussi le courage de le dénoncer. « Nous sommes là pour témoigner à notre frère de notre solidarité et aussi pour que ça aide la cause des personnes qui ont peur de dénoncer. Parce qu'on peut voir que 40 ans plus tard, le pédophile va suivre le cours de la justice. »

Six mois dans la collectivité

Après la reconnaissance de culpabilité, le juge Bertrand St-Arnaud de la Cour du Québec a souligné la « gravité des gestes » posés par Luc De Theux.

Toutefois, il a insisté sur le fait que l'agresseur a épargné à ses victimes de devoir témoigner à la Cour dans le cadre d'un procès.

Le magistrat a aussi souligné que Luc De Theux est maintenant âgé de 75 ans et qu'il s'agit « d'événements uniques » avec chaque victime.

Il s'est donc rendu à la suggestion commune des deux parties et a condamné le septuagénaire à une peine de six mois à purger dans la collectivité.

Avant de conclure, le juge est revenu sur les graves conséquences des gestes posés par Luc De Theux : « Au-delà de la peine, vous aurez à vivre avec ça jusqu'à la fin de votre vie. »

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