Retour

Un présumé proxénète se plaint de son manque de vie sociale

Un présumé proxénète montréalais accusé de traite de personnes estime que les conditions qu'il endure depuis son arrestation en 2014 devraient lui permettre d'échapper à son procès. Josué Jean a tenté de convaincre le tribunal de lui octroyer un arrêt des procédures pour délais déraisonnables, au palais de justice de Montréal, mercredi.

Un texte de Geneviève Garon

« Je suis stressé, ça dure depuis quatre ans. Je ne peux rien faire, c'est un mal de tête », a raconté l'accusé de 40 ans à la juge Hélène Di Salvo, de la Cour supérieure.

Josué Jean a expliqué s'être beaucoup isolé en dehors de son travail depuis son arrestation, le 8 décembre 2014. « Je ne vois plus ma famille comme avant. Avant, c'était chaque jour ou chaque fin de semaine. Mais maintenant, je reste à la maison. »

L'homme accusé de proxénétisme, traite de personnes, agression sexuelle, séquestration, voies de fait et introduction par effraction estime avoir subi un préjudice important en raison des procédures judiciaires qui s'étirent au-delà du plafond de 30 mois fixé par la Cour suprême dans l'arrêt Jordan.

Il demande à la juge Di Salvo d'ordonner un arrêt des procédures afin de ne pas avoir à subir son procès devant jury prévu en septembre prochain, près de quatre ans après son arrestation.

Pas de vie sociale

« Ce dossier m'empêche d'avancer dans tout », se plaint Josué Jean. Il estime que les conditions de remise en liberté imposées par la Cour sont trop restrictives.

L'homme sans antécédents judiciaires aurait tendance à rester seul à la maison, son unique loisir étant la console PlayStation à laquelle il joue tous les jours. L'accusé a raconté qu'il ne sort plus avec ses collègues, puisqu'il n'a pas le droit de fréquenter des bars.

Son travail de vendeur de voitures aurait été freiné parce qu'il ne peut pas quitter la ville de Montréal.

« Le requérant n'a jamais présenté de requête frivole, ni agi de façon à retarder les procédures », stipule la requête en arrêt des procédures présentée par l'avocate de Josué Jean, Me Isabelle Larouche.

L'affaire n'est pas complexe selon elle, et rien ne justifierait que le droit constitutionnel de son client à être jugé dans un délai raisonnable ait été violé.

De graves accusations, insiste la poursuite

« La gravité des accusations devrait peser lourd dans la balance », estime pour sa part le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Me Bruno Ménard, qui demande à la Cour de rejeter la requête en arrêt des procédures.

L'affaire est d'une certaine complexité selon lui, puisqu'il y a deux plaignantes et que les crimes auraient été commis sur une longue période, entre 2002 et 2009.

La poursuite se défend de s'être traîné les pieds. « L'historique du dossier démontre d'ailleurs que ce sont clairement les délais institutionnels en lien avec l'attente de dates de procès ou d'enquête préliminaire qui constituent la majorité du délai », écrit Me Ménard dans sa réponse à la requête.

La juge va rendre sa décision la semaine prochaine.

La défense craint les conséquences de la série Fugueuse

Par ailleurs, si la requête est rejetée et que le procès va de l'avant, l'avocate de Josué Jean se questionne sur les répercussions de la série télévisée Fugueuse sur l'impartialité d'éventuels candidats appelés pour former le jury au procès de son client.

L'émission, qui a fait couler beaucoup d'encre au cours des derniers mois, raconte la descente aux enfers d'une jeune fugueuse aux mains d'un proxénète.

Me Larouche est préoccupée que cela influence les candidats quant au « poids accordé à la crédibilité des plaignantes ».

La juge Di Salvo a mentionné qu'elle aura besoin d'entendre « de bons arguments » pour être convaincue de la nécessité de demander aux candidats s'ils ont regardé la série.

Plus d'articles