Cheryl McDonald attendait ce moment depuis longtemps. Trente ans après la mort tragique de sa sœur Carleen, la femme mohawk a pu témoigner de sa douleur pendant deux heures devant les commissaires de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles disparues et assassinées.

Un texte de Sarah Sanchez

« Carleen était toute qu'une petite rebelle. Elle rendait la tâche difficile à mes parents. Elle les défiait », a-t-elle lancé d'entrée de jeu, avant de dresser le portrait de sa famille avec des photos défilant sur écran.

Carleen McDonald est disparue en 1988. « Elle a quitté furtivement pendant la nuit, tôt le matin du 4 septembre », a précisé sa sœur.

Après sept longues et angoissantes semaines de recherches, le corps de la mère de trois enfants a été retrouvé par un chasseur dans la forêt d'Akwesasne.

Carleen McDonald se serait suicidée. Une note d'adieu a été retrouvée après son départ.

Elle venait de se séparer de son mari, Wesley, un homme violent beaucoup plus vieux qu'elle. C'était son premier amour et elle l'aimait éperdument.

« Pourquoi nous a-t-elle tous quittés. Pourquoi a-t-elle quitté ses enfants, ses parents », a demandé Cheryl lors de l'audience.

Cheryl McDonald a toujours eu des soupçons sur son beau-frère, même si sa sœur lui avait déjà parlé de ses envies suicidaires.

Le droit de pleurer

Pendant 27 ans, Cheryl n'a pas parlé de la mort de sa sœur. Personne dans sa famille ou dans sa communauté n'abordait le sujet. Personne ne visitait sa tombe tellement la douleur était forte.

Ce n'est qu'il y a trois ans, après un rassemblement de femmes autochtones au Québec, qu'elle a réalisé qu'elle devait parler pour guérir et surtout, qu'elle avait le droit de pleurer.

« Je viens d'un monde où les mères ont 10 jours pour pleurer la mort d'un proche et ensuite, on ne doit plus pleurer. C'est notre façon d'être, mais ce n'est pas la vérité. Il faut pleurer. Moi je vais pleurer si je veux. Il n'y a pas de honte à ça ».

« Notre peuple doit apprendre à s'occuper de lui »

Pour Cheryl McDonald, seule l'éducation pourra mettre fin au cycle de violence qui se perpétue de génération en génération dans les communautés autochtones.

« Je veux voir les enfants courir vers leurs professeurs. Je veux voir des chefs qui impliquent la jeunesse ».

Aujourd'hui, Cheryl est fière d'être une femme autochtone et elle s'est donné la mission d'être un modèle pour les autres.

« Moi je veux que mon peuple se réveille ! Je veux que mes femmes se lèvent debout et qu'elles se battent pour l'avenir pour leurs enfants! »

Plus d'articles