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Un projet de complexe sportif attendu depuis des décennies divise les maires des Laurentides

La MRC des Pays-d'en-Haut, qui comprend notamment Sainte-Adèle et Saint-Sauveur, est la seule de tout le Québec qui ne compte pas d'aréna. En juillet dernier, Québec et Ottawa ont annoncé la construction d'un complexe sportif de 32,4 millions de dollars pour la région, mais les maires ne s'entendent pas sur son emplacement.

Un texte de Francis Labbé

Le 20 juillet dernier, à Sainte-Adèle, des représentants gouvernementaux annonçaient que le fédéral, le provincial et le municipal - la MRC des Pays-d’en-Haut - investiraient chacun plus de 10,8 millions de dollars dans ce projet d'infrastructure.

Le site choisi pour le complexe, un terrain adjacent à l’école secondaire Augustin-Norbert-Morin, ne fait toutefois pas l’unanimité à la MRC.

À deux reprises, le conseil des maires de la MRC a été appelé à se prononcer sur une motion d’appui à l’emplacement retenu. Chaque fois, le préfet intérimaire, Gilles Boucher, a voté contre. La première fois, cinq maires étaient en faveur de la motion et cinq autres étaient contre. Le vote du préfet a fait pencher la balance pour le rejet.

Lors du second vote, M. Boucher s’est prévalu de son veto pour que la motion soit débattue par le prochain conseil des maires, renouvelé après l’élection municipale du 5 novembre.

Un père militant

Marc Cormier, de Piedmont, a milité activement depuis trois ans pour que le projet revienne à l’ordre du jour des élus. « Ça fait 30 ans qu’on en parle. Ça n’a pas de sens que nous soyons la seule MRC du Québec sans aréna », affirme-t-il.

Les deux garçons de M. Cormier jouent au hockey, tandis que sa fille fait du patinage artistique. « On avait le choix, raconte-t-il. Soit nous déménagions, soit nous nous battions pour avoir un complexe sportif. »

D’autres sites

La MRC a fait réaliser une étude par la firme Raymond, Chabot, Grant, Thornton qui, dans une version préliminaire publiée le 25 juillet, identifiait trois emplacements qui arrivaient tous en tête, ex-aequo. Le terrain adjacent à l’école secondaire Augustin-Norbert-Morin, de Sainte-Adèle, était l’un de ceux-là.

Il y avait aussi un emplacement servant actuellement de terrain d’entraînement au golf (ET Golf), ainsi qu’un terrain appartenant à la station de ski Mont-Gabriel, situé exactement entre la route 117 et l’autoroute des Laurentides. Mais dans son rapport final, produit le 15 août, la firme a modifié son évaluation, de sorte que l’emplacement de l’école Augustin-Norbert-Morin était fin seul, au premier rang.

Pour certains maires, cette modification ne tient pas la route. « L’accès à l’emplacement est plus difficile, et comme la Commission scolaire des Laurentides ne veut pas vendre le terrain, nous ne pouvons pas en devenir propriétaires », explique Gilles Boucher.

« Je ne suis pas d’accord avec la pondération, lance pour sa part Yves Baillargeon, maire de Lac-des-Seize-Îles. Les accès du site retenu sont extrêmement mauvais. Les résultats de l’étude m’ont énormément déçus. Les pondérations n’étaient pas bonnes. »

« J’espère que lors d’un prochain mandat, je serai réélu et qu’on pourra changer la nature des choses et le mettre au meilleur endroit pour les citoyens », poursuit-il.

Pour André Genest, maire sortant de Wentworth-Nord et candidat au siège de préfet lors du scrutin du 5 novembre prochain, les maires opposés à l’emplacement de l’école jouent un jeu dangereux.

« Ce qui me surprend le plus, c’est qu’on a travaillé tellement d’années pour avoir ça, et là, on se chicane au sujet de l’emplacement, affirme M. Genest. Je ne me vois très mal refuser 22 millions [les contributions de Québec et d’Ottawa] parce qu’on décide de changer de place. Ça m’inquiète. Qu’est-ce que la décision du gouvernement pourrait être, si on décidait d’aller ailleurs? »

Québec lance un avertissement

La ministre responsable des Laurentides, Christine Saint-Pierre, a tenu à prévenir les maires hésitants. Elle précise qu’il n’est pas impossible que l’emplacement soit modifié, mais que le compteur tourne et que, selon l’entente, le complexe doit être terminé le 1er mars 2021. Sinon, le projet pourrait être compromis.

« C’est demain, ça, 2021… on arrive déjà bientôt à 2018, insiste-t-elle. Revenir en arrière, "détricoter" un projet et en retricoter un autre, ça prendrait des années. On retombe en dessous de la pile, parce que bien d’autres projets sont prêts à aller de l’avant », ajoute Mme Saint-Pierre.

« Un centre sportif de haut niveau, situé près d'une école secondaire, ça permet de faire beaucoup de chemin sur la persévérance scolaire. Il est démontré que cette proximité incitera les jeunes à utiliser les installations et, qui sait, ça pourrait aussi susciter des vocations. [...] Et si on estime que les accès sont plus difficiles, on verra ça dans un deuxième temps », suggère la ministre.

Pour sa part, Marc Cormier se désole de tout ce climat. « On dirait que le projet, qui est pour la communauté, est devenu un projet pour faire élire quelqu'un, faire perdre quelqu'un, faire plaisir à quelqu'un. »

M. Cormier dit préférer que le projet soit bien ficelé dès le départ, quitte à ce que le début des travaux tarde un peu. « Au fond, c'est un projet qui doit servir aux jeunes », conclut-il.

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