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Un projet de logements autochtones se dessine à Verdun

Un projet d'immeuble à logements qui abriterait une cinquantaine de familles autochtones et répondrait à leurs besoins spécifiques pourrait voir le jour dans l'arrondissement de Verdun, en face du parc Arthur-Therrien. L'organisme Montréal autochtone, qui pilote le projet, espère ni plus ni moins jeter les bases d'un projet de réconciliation.

Un texte de Laurence Niosi

L'idée est ambitieuse - et en est encore à ses premiers balbutiements. Depuis des mois, le directeur général de Montréal autochtone, Philippe Meilleur, participe à des consultations pour faire avancer ce projet, particulièrement audacieux pour l’organisme qui n’existe que depuis trois ans.

Situé rue Saint-Jacques, à un jet de pierre de la station de métro Lionel-Groulx, dans l'arrondissement du Sud-Ouest, le centre d’amitié est un point de rencontre pour les familles autochtones qui habitent un peu partout en ville. Ce groupe de défense des droits des Autochtones offre notamment des services de santé, de l’aide aux devoirs et de très populaires cours de langues autochtones.

Depuis ses débuts, l’organisme réclame des logements sociaux pour les Autochtones, qui sont de plus en plus urbains, selon le dernier recensement de Statistique Canada. Dans la région métropolitaine de Montréal, ils sont 35 000, mais un Autochtone sur huit vit dans un logement qui nécessite des travaux majeurs. Surtout, les familles en ville n’ont pas de logements adaptés à leur besoin.

« Une mère de famille qui veut faire un retour aux études va vouloir trouver un logement. Si elle veut une chambre pour ses trois ou quatre enfants, et peut-être aussi son oncle et sa grand-mère, un 6 et demi pour une étudiante, bonne chance pour en trouver à Montréal à prix abordable », illustre Philippe Meilleur.

Des services, un concours d’architecture

L’idée de Philippe Meilleur est inédite à Montréal : construire environ 50 grandes unités à la fois abordables et de bonne qualité, dans un bâtiment certifié LEED et qui inclurait au rez-de-chaussée des services culturellement adaptés pour les Autochtones, comme un CPE ou un centre de pédiatrie.

Autre particularité du projet, son enveloppe mettrait en valeur l’héritage et le design autochtones. Un concours d’architecture serait lancé pour inclure des éléments distinctifs de différentes cultures autochtones, comme de l’art, des totems ou bien un hangar à canots. Des lieux extérieurs pourraient également être aménagés pour faire des cérémonies de potlatchs ou pour bâtir des tentes à suer (matutishan), des idées qui ont été développées en Ontario et en Colombie-Britannique.

Au Québec, le projet de logements sociaux Kijaté, un édifice de 24 unités inauguré cet été à Val-d’Or et construit au coût de 6 millions de dollars, est le seul du genre dans la province. Le Québec accuse en effet du retard par rapport aux autres provinces, où existent des logements et des centres de services spécifiques aux Autochtones.

En dépit de son nouveau statut de « métropole de la réconciliation », Montréal ne compte « aucun bâtiment autochtone, pas un seul grand chantier dans la stratégie de réconciliation », déplore le directeur de Montréal autochtone.

Philippe Meilleur reconnaît que le projet pourrait être mal vu de la communauté à Verdun, notamment en raison de son caractère ethnocentrique. Mais les Autochtones ont « 75 unités pour 35 000 personnes », relativise-t-il. « C'est simple comme ça la réconciliation : ça veut dire faire des concessions, faire de la place aux Autochtones, prioriser les Autochtones pour les prochains cycles de développement », ajoute-t-il.

Pour ces raisons, il estime que les familles autochtones devraient avoir droit à un logement subventionné, au même titre que les femmes qui ont subi des violences ou les personnes handicapées, par exemple. « On arrive moins bien équipé que les Québécois en raison du colonialisme. Il faut donner des moyens aux Autochtones pour qu’ils pallient les injustices systémiques. »

Prochaine étape : acquérir le terrain

Philippe Meilleur est conscient qu’il ne peut brûler des étapes. Des consultations ont été menées auprès de la communauté. Il reste maintenant à définir les priorités des usagers et, surtout, faire l’acquisition du terrain près du boulevard Gaétan-Laberge, qui appartient à la Ville centre et qui devra être décontaminé.

En campagne électorale, la mairesse Valérie Plante a appuyé le projet de Montréal autochtone.

La conseillère à Verdun Marie-Andrée Mauger, de Projet Montréal, confirme que cet engagement tient toujours et que le projet a été « accueilli avec beaucoup d’enthousiasme » par l’administration en place.

L’enjeu de la décontamination du terrain – qui doit être autorisé par le ministère de l’Environnement – ralentit toutefois le processus.

« C’est pour ça qu’il n’y a pas d’échéancier pour la première pelletée de terre. On est optimiste, mais c’est une question de temps », souligne-t-elle.

Philippe Meilleur ne veut pas non plus s'aventurer à donner un échéancier. « Pour l'instant, tout est sur mes épaules, et je gère 16 autres dossiers, mais du moment que la Ville nous vend le terrain, on pourra penser au reste », dit-il.

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