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Un rapport conclut à l'illégalité des rodéos au Québec

Un rapport vétérinaire commandé par le professeur de droit de l'Université de Montréal, Alain Roy, soutient que les rodéos organisés l'an dernier à Montréal et à Saint-Tite sont illégaux en vertu du droit québécois.

Le rapport de 600 pages a été réalisé par le Dr Jean-Jacques Kona-Boun, un médecin vétérinaire anesthésiste qui a assisté au rodéo organisé dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal et aux rodéos du Festival western de Saint-Tite, en Mauricie.

Le Dr Jean-Jacques Kona-Boun a également visionné des vidéos des événements, filmés par trois observateurs dépêchés à Montréal et à Saint-Tite avec accès illimités aux installations et aux animaux.

Le médecin vétérinaire conclut que « les activités de dressage qui ont cours dans le cadre des rodéos tenus conformément aux normes appliquées à Montréal et à Saint-Tite soumettent les chevaux et les taureaux qui en sont l'objet à des risques de lésions, telles que des fractures ou d'autres blessures sérieuses. Il en va de même des activités de prise de veaux au lasso et de terrassement de bouvillons. »

Le rapport dans lequel s'inscrivent ces observations fait suite à la demande d'injonction qu’avaient déposée le professeur Roy et ses étudiants au printemps 2017 pour obtenir l'annulation des activités de rodéo organisées dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal.

Le rapport a été déposé au Comité consultatif sur les rodéos créé en août 2017 par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ).

Des traitements incompatibles avec la loi

Le professeur de droit Alain Roy somme Québec de respecter sa Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal, adoptée en décembre 2015.

Cette loi interdit entre autres les abus ou les mauvais traitements pouvant affecter la santé des êtres animaux ou les actions ou omissions les exposant à de la détresse.

« Le traitement réservé aux chevaux, taureaux, veaux et bouvillons utilisés dans le cadre des rodéos est inconciliable avec les dispositions de la nouvelle loi, l'animal n'étant plus considéré comme un objet, mais comme un être doué de sensibilité dont le bien-être et la sécurité doivent être assurés », a souligné Alain Roy.

Il revient maintenant au comité consultatif sur les rodéos mis en place par le MAPAQ d'étudier les observations et analyses du Dr Kona-Boun. Un rapport de ses travaux est attendu d'ici l'automne prochain.

Le professeur Roy espère que le gouvernement du Québec se conformera à sa propre loi. Il souligne que les défenseurs du droit animaliers pourraient entreprendre d’autres démarches judiciaires le cas échéant.

Un rapport biaisé, selon le Festival western de Saint-Tite

Le directeur général du Festival western de Saint-Tite, Pascal Lafrenière, a qualifié de biaisé le rapport commandé par Alain Roy. Il critique le fait qu’il ait été réalisé par un seul vétérinaire et qu’il favorise « une interprétation abusive » de la Loi sur la santé et la sécurité de l’animal.

Pascal Lafrenière n’est pas étonné de la teneur du rapport. « Alain Roy s’était déjà prononcé par le passé avant même de voir un rodéo, qu’il n’a finalement jamais vu », a-t-il dit au micro de Facteur matinal.

Le Festival western de Saint-Tite a par ailleurs lui aussi fait faire des expertises sur les mêmes images analysées dans le rapport du Dr Jean-Jacques Kona-Boun. La spécialiste du traitement animal Jennifer Woods a conclu n’y « avoir vu aucun abus, négligence, ou comportement inacceptable de la part des organisateurs, bénévoles ou compétiteurs. »

Pascal Lafrenière a aussi rappelé que des représentants du MAPAQ n’ont émis aucune recommandation ni soulevé aucune anomalie à la suite de leur visite au Festival western de Saint-Tite en 2017.

Le DG du plus grand festival western au Québec a réitéré que son organisation veille à respecter les lois en vigueur et le bien-être animal. Il reconnaît cependant que la nature même des rodéos comporte certains risques pour les participants, tant pour les humains que les animaux. « On parle de gestion du risque et le risque zéro n’existe pas », a expliqué Pascal Lafrenière.

L’organisation du Festival a confirmé qu’elle souhaite continuer à prendre part au Comité consultatif sur les rodéos. La prochaine rencontre du comité est prévue à la fin avril.

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