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Un « Salon de la mort » à Montréal en novembre

Le Québec accueillera en novembre prochain son premier « Salon de la mort » au Palais des congrès de Montréal. Sa fondatrice souhaite briser les tabous entourant la fin de la vie humaine, tout en traitant le sujet de manière « légère » et « lumineuse ».

Une entrevue de Jérôme Labbé

Phoudsady Vanny est née en Asie du Sud-Est, mais elle a grandi au Québec. Mère de cinq enfants, elle a cofondé deux entreprises : Artissimo Production, qui réalise des projets artistiques (albums photos, vidéos) pour rendre hommage aux défunts; et Mémofloria, une entreprise d'entretien, de nettoyage et de fleurissement de sépultures, qu'elle dirige avec son conjoint.

JL : D'où vous est venue l'idée de fonder le Salon de la mort?

PV : « Ce projet-là est parti d'une longue réflexion. C'est arrivé quand j'étais au début de ma vingtaine, quand j'ai dû m'occuper des obsèques de ma grand-mère adoptive. J'ai été plongée dans ce milieu-là, qui m'est apparu comme venant d'une autre dimension. Ça m'a traumatisée, en fait, parce que je ne me suis pas sentie accompagnée. Je ne me suis pas sentie rassurée. Ça s'est tellement fait dans l'urgence! Il fallait que je fasse des choix de façon irréfléchie, parce qu'on est dans une position de vulnérabilité dans ce temps-là. Tout ça m'a amené à célébrer le départ de ma grand-mère d'une façon qui... qui n'était pas comme j'aurais aimé le faire, sincèrement. D'où l'idée de faire un salon où les gens trouveraient sous un même toit tous les acteurs du milieu et toutes les possibilités qui pourraient s'offrir à eux. »

JL : Le « Salon de la mort », ce n'est pas un peu brutal, comme appellation?

PV : (Rires) « Tout d'abord, au début, le Salon de la mort s'appelait "Les Saisons de la vie". J'amenais les gens à "l'hiver de leur vie" en passant par les saisons de la vie [printemps, été, automne]. Mais après mûres réflexions avec l'équipe, on a réalisé que finalement, on continuait à réconforter la société dans le sujet tabou de la mort en appelant ça "Les Saisons de la vie". Ça faisait un peu "bonbon". Alors on s'est dit : "Non. On va appeler les choses telles qu'elles sont. C'est le Salon de la mort, et on va honorer cette fin de vie là." »

JL : Selon vous, la mort est-elle encore un sujet tabou dans notre société?

PV : « Oui. Mais moi, j'ai envie d'aborder le sujet avec une certaine légereté, d'une façon lumineuse, aussi, en amenant les gens à poser des questions, et à aller au-devant des acteurs du milieu funéraire. Parce que c'est quand même des gens extraordinaires qui travaillent derrière ça, malgré tout ce qu'on peut dire de mal sur cette industrie comme quoi c'est mercantile et tout. Cette image-là, je voulais non pas la déconstruire, mais au moins faire rayonner les gens qui travaillent derrière ça, aussi. »

JL : À qui ce salon s'adresse-t-il exactement?

PV : « Je vous dirais que ce serait vraiment autour des 35 ans et plus. Mais c'est surtout quand on a la venue d'un premier bébé, d'un enfant, qu'on change notre façon de voir les choses et qu'on planifie différemment. Qu'est-ce qu'on va leur laisser s'il nous arrive quelque chose? Et tout ceux qui accompagnement leurs proches ou les parents vers la perte d'autonomie, ils ont besoin de savoir où ils s'en vont et de savoir quels sont les services qui leur sont offerts, aussi. »

JL : À quoi les visiteurs doivent-ils s'attendre?

PV : « Il y aura plus de 80 exposants, des gens qui sont des artisans, des professionnels qui ont vraiment une autre vision de la mort, qui ont envie d'aborder ça différemment. On a par exemple une exposante qui va proposer de la réalité virtuelle. Une autre va présenter un service en lien avec des applications mobiles. Je pense que les gens vont pouvoir regarder, découvrir, et puis ça va leur permettre d'avoir des réflexions peut-être différentes face à ça, parce qu'il y aura différentes approches pour eux, justement. »

Le Salon de la mort se tiendra les 3 et 4 novembre prochains, de 10 h à 17 h 30 le samedi et de 10 h à 17 h le dimanche. Une dizaine de conférenciers prendront la parole durant ces deux jours, dont le Dr Alain Vadboncoeur et Isabelle Gaston, qui a perdu ses deux enfants dans des circonstances tragiques en février 2009. Les droits d'entrée ont été fixés à 12 $ pour un billet régulier et à 10 $ pour les personnes âgées de 65 ans et plus. L'entrée pour les enfants de 12 ans et moins est gratuite.

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