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Un transport adapté... inadapté dans la région de Soulanges

Dans la région de Soulanges, en Montérégie, des personnes ayant une déficience intellectuelle sont incapables de se rendre à des activités ou des plateaux de travail à Vaudreuil-Dorion, faute de transport adapté.

Un texte de Marie-Ève Cousineau

C’est le combat de Pierrette Gamelin depuis près de 15 ans : permettre à son fils de 40 ans, atteint d’une déficience intellectuelle, d’avoir accès à du transport adapté pour socialiser et fréquenter des organismes de Vaudreuil-Dorion, à une trentaine de kilomètres de chez eux.

Pierrette Gamelin réside avec son garçon à Saint-Zotique, une municipalité de quelque 8500 habitants, située dans la région de Vaudreuil-Soulanges. Jusqu’à l’âge de 18 ans, son fils Ian-Éric a étudié au pavillon Lionel-Groulx de la Cité-des-Jeunes, à Vaudreuil-Dorion. La Commission scolaire des Trois-Lacs lui fournissait alors du transport adapté. Une fois que son garçon a complété ses études, l’enseignante retraitée a toutefois dû faire le taxi. Impossible pour Ian-Éric de se rendre à ses ateliers des Services de réadaptation du Sud-Ouest et du renfort (SRSOR), à Vaudreuil-Dorion, à bord d’un service de transport adapté.

C'est que la municipalité de Saint-Zotique relève de la Ville de Salaberry-de-Valleyfield – et non de Vaudreuil-Dorion – en matière de transport adapté. Elle lui verse une quote-part d’environ 15 000 $ par année. « Le transport adapté de Valleyfield ne peut pas aller à Vaudreuil, parce que ce n’est pas son territoire, explique Pierrette Gamelin. Et celui de Vaudreuil ne peut pas venir à Soulanges [région dont fait partie Saint-Zotique], parce qu’elle ne reçoit pas de quote-part » Résultat : Soulanges demeure orphelin.

Un non-sens, selon Pierrette Gamelin, puisque les citoyens de sa région, en plus de relever de la Commission scolaire des Trois-Lacs, sont desservis par le CSSS de Vaudreuil-Soulanges. « Tous les services qui sont donnés au niveau santé, scolaire, insertion sociale sont donnés à Vaudreuil », souligne-t-elle.

Propriétaire d’une résidence de groupe à Saint-Zotique, Ginette Ouellet dénonce aussi la situation. Elle héberge neuf personnes ayant une déficience intellectuelle et des problèmes de santé mentale. « Ce qui est difficile pour notre clientèle, c’est qu’ils vont à l’école jusqu’à 21 ans dans Vaudreuil-Soulanges, puis après 21 ans, ils ne peuvent plus aller voir leurs amis, au centre d’activités de Vaudreuil, parce que notre transport ne nous amène pas là », dit-elle.

Ses résidents n’ont pas les moyens de se payer un taxi au coût de 100 $ pour un aller-retour entre Saint-Zotique et Vaudreuil-Dorion. « Ils ont [seulement] 200 $ par mois pour leurs dépenses », explique Mme Ouellet. Ses résidents n’ont d’autres choix de se tourner vers un organisme à Salaberry-de-Valleyfield. « Ça les affecte, dit-elle. On le voit. On va avoir plus de crises. C’est normal, ils ne sont plus dans le même environnement! »

Une étude pour changer les choses

Pierrette Gamelin croit que le service de transport adapté doit s’adapter à la réalité des usagers. Pour y parvenir, elle tente de rallier les municipalités de Soulanges à sa cause. Elle veut les convaincre de mener une étude, au coût d’environ 50 000 $, pour déterminer les besoins et les attentes des utilisateurs, ce qui pourrait mener à une révision des trajets dans la région. L'Office des personnes handicapées du Québec encourage les parties à se concerter.

La municipalité de Saint-Zotique l’appuie dans sa démarche. « Les municipalités actuellement sont mal outillées pour poser des diagnostics, dit son directeur général, Jean-François Messier. On n’a pas de données. C’est pour ça que l’étude est importante. »

D’autant qu’avec le vieillissement de la population, le nombre de personnes à mobilité réduite pourrait augmenter, remarque Jean-François Messier.

La région de Vaudreuil-Dorion a aussi pris de l’expansion au cours des dernières années. « Les ressources sont de plus en plus là-bas », observe M. Messier.

Le gouvernement du Québec a aussi annoncé en 2016 l'imposition d'une réserve foncière pour construire un hôpital à Vaudreuil-Dorion.

Pour Pierrette Gamelin, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Mais elle garde le cap. Cette mère monoparentale veut éviter aux parents d’enfants ayant une déficience intellectuelle de vivre ce qu’elle a vécu. Il lui a fallu une dizaine d’années de démarches pour obtenir un transport adapté afin que son fils puisse se rendre, quatre demi-journées par semaine, à son atelier de travail supervisé, dans un supermarché à Saint-Zotique – un emploi qu’il adore et qu'il occupe maintenant depuis 18 ans.

« Je connais des personnes à Saint-Télesphore qui ont des besoins, dit Pierrette Gamelin. Ils n’ont aucun service [de transport adapté]. Qu’est-ce qu'ils vont se faire quand la scolarisation va être terminée. Ils vont déménager? Ils vont placer leur jeune dans une maison intermédiaire? »

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